Danse

Chaillot invite le Nederlands Dans Theater, une virtuosité de beauté

Chaillot invite le Nederlands Dans Theater, une virtuosité de beauté

16 mai 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 19 mai, la jeune troupe du Nederlands Dans Theater, le NDT2, est dans les mains de quatre chorégraphes, Alexander Ekman,  Marco Goecke et le duo Sol León et Paul Lightfoot, directeurs artistiques de la compagnie.

Sur le papier, cela s’annonce classique, il est question de ballet, mais sur scène, c’est un autre refrain.  Le NDT a des sections. Le NDT 1 et le NDT 2.  « La première compagnie offre aux danseurs une opportunité de développer davantage leur personnalité artistique ». La seconde, et la programmation de Chaillot le prouve, vient « offrir aux danseurs un lexique des différents langages de la danse ».

La très très jeune troupe (ils ont entre 17 et 23 ans) semble totalement connectée avec l’air du temps. Ils ont techniquement toutes les bases de toutes les danses, et le triptyque de chorégraphies permet d’exposer leur virtuosité et leur vélocité. Le programme, va, c’est peut-être là le seul bémol,  du plus contemporain au plus classique.

De loin l’écriture d’Alexander Ekman, très ludique (on se souvient de son Play à l’Opéra de Paris) survole la soirée. A moins de 40 ans, le chorégraphe suédois a déjà un sérieux pedigree. Pour le NDT 2 il propose FIT, une pièce vraiment sur-mesure où 18 danseurs évoluent sur une scène comme un cirque où la servante nous éclaire suspendue à un long arc. Une machine délivre de la fumée et un pas de deux se met en place, ultra déhanché et collé. Dans un jeu d’exclusion et d’inclusion, un danseur contre tous va jouer de la notion d’ensemble. Tutu long pour tout le monde, blazer noir, Dr. Martens…il y a du look ici. La danse flamboie, elle explose dans une accumulation de poses proches du voguing. A regarder, c’est éblouissant et le mouvement est perpétuel dans une grammaire qui mixe autant les références à Pina et à Jan Fabre.

La seconde partie, pensée par Marco Goecke se déroule sur un plateau vide,  bientôt occupé par 11 danseurs. Là encore, la danse se saccade, elle tremble. Le chorégraphe s’amuse en alternant Placebo et Schubert pour Wir sagen uns Dunkles, une pièce qui met en corps la rupture amoureuse. « A song to say goodbay » chante Brian Molko et sur le plateau les bras se font lyriques et les têtes se jettent en arrière. Les appuis sont souvent bas, dans des expansions magnifiques. Mais cette proposition est un peu trop littérale pour nous séduire.

Enfin, climax de beauté indéniable, Sol León et Paul Lightfoot, directeurs artistiques de la compagnie, proposent de faire évoluer six danseurs sur le Concerto pour violon et orchestre 1&2 de  Bach, par Philip Glass dans Signing Off.

Alors ok, ce n’est pas une révolution chorégraphique, c’est même une pièce qui passe en revue tous les grands gestes, notamment des portés majestueux. La fluidité des pas, les ouvertures de hanches, les plexus déployés… tout cela donne à ce va et vient sur le plateau qui se découvre et se recouvre de pendrillons puis de grands tissus en soie une teinte de beauté pure.

A ce moment-là, la jeunesse des interprètes est gommées par leur musicalité et leur profondeur d’exécution.  La pièce agit comme un ressac où chaque geste en ouvre un autre. Un solo aux pieds vissés va accéder à un duo tout en hauteur, et cela dans un cycle qui pourrait être éternel.

Une très belle soirée qui prouve une nouvelle fois que le NDT est la compagnie la plus formée et la plus actuelle du moment.

 

Visuels : 

FIT ©Rahi Rezvani 2018

WIR SAGEN UNS DUNKLES_NDT © Rahi Rezvani

SIGNING OFF ©Rahi Rezvani 

 

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
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