Danse

Carolyn Carlson nous plonge dans l’eau à Chaillot

19 mars 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Deuxième ballet de Carolyn Carlson présenté à Chaillot ce mois-ci, Eau est une pièce entièrement dédiée au thème de prédilection de la Water Lady de San Francisco. Une performance mue par la force vitale de l’élément naturel, sa fluidité et ses vertus sculpturales.

 

Cher à Carolyn Carlson, le thème est déjà présent dans de nombreuses créations comme Still Waters, Writings on Water ou encore Water born, il semblerait que la chorégraphe soit plus proche de cet élément que quiconque. Pour Eau, Carolyn Carlson a collaboré avec le musicien Joby Talbot et le scénographe Alain Fleischer. Tout au long du ballet, les danseurs sont ainsi portés par la projection d’images fragmentées d’eau et une musique symphonique originale.

Elle s’inspire également du poète Gaston Bachelard dont l’Eau et les Rêves a profondément inspiré les cinq parties de la pièce. Selon Bachelard, l’eau est le regard de la terre. Ici, l’eau a trait indéniablement au rêve, au miroir et aux visons, elle est partout, « on the inside and on the outside ».

Sur scène, ils sont 13, hommes et femmes, à danser le cycle de la vie et la métamorphose de l’eau. Le ballet s’ouvre sur les eaux originelles, Primal, dans lesquelles la vie surgit : la mer est l’un des constants symboles maternels ; sensuelle, tiède et féconde, elle nourrit et berce. Apparaissent ensuite les eaux profondes, Deep, qui génèrent la rêverie et le mystère, engageant à une contemplation profonde, libératrice d’une imagination intime. Puis surgissent les eaux violentes, Violent Waters, dont la colère prend une force très masculine, ses vagues dévastatrices et ses cataclysmes naturels sont une forme de manifestation. Suivent les eaux sales, Dirty Waters, qui invitent à réfléchir sur la raréfaction de plus en plus pressante de cet élément précieux. Enfin, la section finale traite de l’eau purifiante, Pure Waters, de la purification et du miracle de la vie, l’eau qui jaillit, coule et rafraîchit.

Carolyn Carlson parvient ainsi à explorer l’eau dans toutes ses dimensions et à exploiter toutes ses composantes. L’eau de la pluie, de la mer, de l’océan ou encore des larmes sont autant de matériaux que la chorégraphe s’approprie. L’eau est dansée dans une gestuelle langoureuse qui ondule suivant le mouvement d’une vague incessante, portant les danseurs dans un mouvement infini, celui d’une eau éternelle, qui se régénère sans fin.

C’est en s’immergeant dans l’eau que l’on renaît, cet élément de la nature détient une densité de vie incommensurable, qui est ici magnifiquement interprétée et dansée. La danse se laisse entièrement habitée par l’eau, elle s’écoule, s’évapore, se cristallise. L’eau a « un destin essentiel qui métamorphose sans cesse la substance de l’être » dit Bachelard, ses corps sont mus par une force de vie et déclinent par la danse les pouvoirs sacrés de l’eau, entre mystère et poésie.

 

Eau, Carolyn Carlson, du 18 au 20 Mars 2010, Théâtre National de Chaillot, 1, place du Trocadéro, 75116, Métro Trocadéro (lignes 9 et 6) : www.theatre-chaillot.fr

 

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