Danse
Brigitte Lefèvre, un au revoir mais pas un adieu

Brigitte Lefèvre, un au revoir mais pas un adieu

26 octobre 2014 | PAR Marie Boëda

Brigitte Lefèvre a marqué la fin de sa présence à l’Opéra de Paris samedi 4 octobre à Garnier. Après vingt ans de bons et loyaux services, la danseuse et chorégraphe tire sa révérence. Mais elle n’a pas dit son dernier mot, toujours présidente de l’Orchestre de Chambre de Paris, elle va diriger pour novembre 2015 le festival de danse de Cannes. Portrait d’une femme qui a laissé sa marque dans l’univers de la direction de l’Opéra, univers où les femmes ont rarement leur place.

Des qualités de pédagogue et un réel désir d’encourager les rencontres

Brigitte Lefèvre le dit, elle aime les rencontres et son parcours à l’Opéra en est ponctué. Découverte d’abord de danseurs, Michael Denard et Jacques Garnier, puis de chorégraphes Maurice Béjart, Roland Petit, Twyla Tharp et Merce Cunningham par exemple. Il semble cependant que ce soit avec la chorégraphe allemande Pina Bausch qu’un lien très particulier ait été soudé. Brigitte Lefèvre fera entrer au répertoire de l’Opéra de Paris « Le Sacre du printemps » en 1997 et l’opéra ballet « Orphée et Eurydice » en 2004.  Une réelle stratégie de programmation surtout lorsque l’on sait que Pina Bausch n’a donné ses pièces qu’à la compagnie parisienne !

Entrée à l’Opéra à l’âge de 8 ans, Brigitte Lefèvre baignait déjà dans cet univers avec une mère pianiste du ballet. A l’époque, l’école n’était pas encore à Nanterre, elle a donc appris l’art de la danse, la technique classique, la rivalité autant que la complicité dans les salles historiques, les greniers, les recoins du Palais Garnier. Mais la pratique de la danse n’est pas tout. Très impliquée politiquement à gauche, elle s’ouvre d’autres horizons en 1968. C’est ensuite en 1972, qu’elle prend le large et quitte l’Opéra pour fonder avec Jacques Garnier une troupe de danse indépendante au Théâtre du Silence. Première compagnie « implantée » en France, elle accueille des chorégraphes contemporains comme Maurice Béjart, Merce Cunningham.

Presque 20 ans après mai 68, la politique revient dans les parages et Brigitte Lefèvre est engagée en 1985 comme Inspecteur principal de la Danse au ministère de la Culture puis en 1987 elle est nommée Inspecteur Général et première « déléguée à la danse ». Puis Hugues Gall, directeur de l’Opéra de Paris lui donne le poste de directrice de la danse en 1995. Elle restera donc sous trois mandats différents de direction : Hugues Gall, Gérard Mortier et Nicolas Joël, c’est dire si son implication était primordiale pour moderniser et bouger certains piliers de la danse classique pendant que les directeurs s’attelaient à la lourde tâche de la programmation lyrique.

Insatiable de découverte, elle continue d’explorer

A-t-elle grincé des dents en apprenant la nomination du très médiatique, ex vedette du New York City Ballet, Benjamin Millepied ? Non, mais surprise avoue-t-elle, surtout quand son successeur affirme vouloir « moderniser » l’opéra comme si ce chemin n’avait pas déjà été tracé avant. Une bonne initiative de la part du nouveau directeur de la danse certes, mais un coup difficile pour Brigitte Lefèvre. On a pu lui reprocher le choix de certains danseurs. Une belle technique mais un manque de sens artistique dans l’ensemble des ballets contemporains pourtant bien mis en avant. En attendant, soyons reconnaissants envers la danseuse et chorégraphe qui a fait vivre la tradition et la création pendant 20 ans dans l’institution. Un risque qu’elle a pris et qu’il faut continuer à prendre. Sur ce point on peut faire confiance à Benjamin Millepied au nouveau directeur de l’Opéra Stéphane Lissner.

Aujourd’hui, fière de prendre la suite de directrice du festival de danse de Cannes en novembre 2015, l’insatiable porteuse du mouvement cherchera à donner une autre sensibilité au festival en impliquant peut-être plus de femmes, en rassemblant. Elle évoque dans une interview des Echos, un projet ambitieux, celui de retracer « Le journal de Nijinsky », les mémoires du danseur russe qui a sombré dans la folie. Il est surtout le chorégraphe sensuel et provocateur de « l’après-midi d’un faune » et du « Sacre du printemps ». Cette œuvre lui permettra de prôner une forme qu’elle semble défendre, le mélange de genres en associant les metteurs en scène Clément Hervieu-Leger et Daniel San Pedro avec une ancienne étoile Jean-Christophe Guerri. Mais la danse ne vit pas seule, c’est pourquoi la danseuse a été élue en 2013 présidente de l’Orchestre de chambre de Paris. Ça tombe bien,  la musique est au cœur de ses préoccupations, déjà par son lien avec la danse évident, mais aussi étant fille de musicienne, elle a été bercée très jeune dans le milieu de la musique et des concerts.

Loin d’en avoir fini avec la scène et le spectacle vivant, Brigitte Lefèvre a déjà fait preuve de témérité en faisant entrer dans le répertoire de l’Opéra des œuvres de Trisha Brown Mats Ek, William Forsythe Jiri Kylian Blanca Li Wayne MC Gregor B Millepied John Neumeier Roland Petit, Preljocaj, Sasha Waltz…Parfois trop classique pour les modernes et trop moderne pour les classiques, elle a cultivé son propre style qui bouscule en douceur tout en faisant évoluer une tradition (grâce à l’héritage de son prédécesseur Rudolph Noureev). Il est évident que les danseurs et le public se souviendront de la place qu’elle a su conquérir dans l’enceinte de la « grande machine ».

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Marie Boëda

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