Danse

« La Levée des Conflits », Boris Charmatz entre suspension du temps et confrontation

28 novembre 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Dans le cadre du Festival d’Automne, le Théâtre de la Ville invite le chorégraphe Boris Charmatz à présenter sa dernière création, Levée des conflits. Sur scène, vingt-quatre danseurs exécutent vingt-cinq mouvements en canon, tentant de construire « quelque chose » à l’intérieur d’un apparent chaos. Entre exposition chorégraphique et performance, Boris Charmatz met en mouvement un nirvana de la danse, au travers de corps en transe.

La forme de Levée des conflits nécessite d’inventer les mouvements les uns par rapport aux autres. Ainsi, les « mouvements » proprement dits n’existent pas sans leur capacité à se transformer dans le suivant, comme s’il suffisait de répéter suffisamment un des mouvements pour que, en dérivant, il fasse advenir le suivant. La matière de la création de Boris Charmatz est donnée, désormais, c’est aux danseurs de parvenir à transmettre au public leur état de transe.

Selon les mots du chorégraphe, Levée des conflits est une « forme », une chorégraphie mentale qui est pratiquée pendant la durée de son exposition. Tel un work in progress, la danse se déploie sous les yeux du spectateur, sorte de construction évolutive où l’improvisation et le hasard sont au cœur du mouvement. Danse expérimentale serait le mot juste pour caractériser ce travail, où les danseurs sont le fruit des expériences qu’ils ont traversées.

Corps-marionnettes, jeux d’articulations, courses effrénées, immobilités, chutes, les danseurs laissent transparaitre leurs peurs et leurs angoisses dans un flux continu et incessant, sans début ni fin. Le décor est inexistant et les échos sonores qui parviennent sur scène mêlent à des bribes de rap américain des airs de cornemuse. Jouant sur des contrastes de tempo, alternant crescendos et decrescendos, le chorégraphe explore le sens de la danse. L’essentiel de son travail consiste ainsi à organiser, dans l’instant, le produit de ses expériences et des croyances, de la façon la plus libre possible. Les improvisations de Boris Charmatz s’écartent de la composition gestuelle en temps réel, s’assignant une liberté plus vaste que celle du mouvement.

La mise en doute ronge la structure du spectacle, bâti sur des transgressions et mises en danger. Il s’agit là d’aller au-delà des limites de la danse, de braver les interdits de la structure d’une création, d’un lieu, d’un temps et d’être totalement libre avec ce que le mouvement offre à voir et à danser. Boris Charmatz propose une danse convulsive où le corps dicte à son danseur de composer un mouvement, une danse à tâtons, où le danseur est en perpétuelle quête de sens. L’animalité voire la bestialité des danseurs est ici mise à nu, et le spectateur est libre d’apprécier une danse où seul le corps est matériau d’une création sans support, sans code et sans limite. Un chaos habite la scène, au milieu duquel le public est invité à percevoir le talent de l’improvisateur qui déconstruit les topos d’un art pour mieux les interroger.

Crédits dessins: Nicolas Couturier

Crédits photos: Caroline Ablain

Levée des conflits, Boris Charmatz

Théâtre de la Ville, 2, place du Châtelet, 75004 Paris,

Métro Châtelet (lignes 1, 4, 7, 11 et 14)

Tarif plein, 1ère catégorie : 33 euros, 2ème catégorie : 27 euros, Tarif jeune : 24 euros

Plus d’informations sur www.theatredelaville-paris.com ou au 01 42 74 22 77

Infos pratiques

Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil : J-3
Rencontre avec Kcfix, l’authentique
Alienor de Foucaud

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