Danse

Le black out en huis clos de Philippe Saire

Le black out en huis clos de Philippe Saire

16 mai 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 25 mai, le Centre Culturel Suisse accueille Dispositifs, une série d’œuvres chorégraphiques et plastiques de Philippe Saire. Et pour commencer, il fallait entrer dans la black box de Black Out

Philippe Chosson, Maëlle Desclaux et Benjamin Kahn nous attendent sous un soleil de plomb,  en maillots de bain, chacun est allongé prés d’une serviette. Ils sont à 2 mètres en dessous de nous et nous les regardons en voyeurs par dessus bord. Le public, une quarantaine de spectateurs, est placé tout autour de cette scène carrée aux hauts murs.

L’installation est dingue car elle est rare. Black Out date de 2011 et a été joué 180 fois, c’est à la fois beaucoup et rien. Plus de 7000 personnes ont assisté à cette pièce, tout de même.

Ces corps avec vue sont au commencement presque calmes. Mais leurs déplacements, à ce moment seulement au sol, sont trop nerveux pour que l’affaire ne tourne pas mal. Une fille, deux mecs, rien de sexuel. Cette boite noire n’est pas une blackroom, nous sommes plutôt dans tous les thrillers qui enferment les acteurs à ciel ouvert sans option possible de sortie.

Extrêmement graphique, la pièce devient un tableau sur-lequel des lignes noires créées à partir de granules qui ont envahi le petit plateau imposent leur forme. Le trio est désormais traqué et la danse se déploie, cogne, attrape.  Les corps se jettent sur les parois comme des mouches enfermées dans un bocal.  On accède aux gestes par les épaules et le sommet du crâne, ce qui donne un point de vue inédit sur les torsions des bustes. Les empreintes jouent la carte du noir et blanc, charriant dans la violence du mouvement toute la symbolique forte de ces deux opposés.  Au sol se dessine des labyrinthes, à moins que ne soient des scènes de crime, ou juste, la trace du pas.

La position de surplomb du regardant provoque un déplacement de l’objet. Art ou danse, les deux se mêlent pour un geste d’une forme plastique absolument éblouissante d’intélligence et de rareté.

A voir :

Au Centre Culturel Suisse

Neons+ Vacuum : jeudi 17 et vendredi 18

Ether du mardi 22 au vendredi 25

Visuel : ©PhilippeWeissbrodt

Cannes 2018, Quinzaine des réalisateurs : « En liberté », Salvadori s’offre une comédie allumée
Cannes 2018 – Non, Solo n’est pas une Star Wars Story
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *