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Biennale de la danse 2012 : nocturnes de Maguy Marin

24 septembre 2012 | PAR Géraldine Bretault

Nocturnes est la première création de Maguy Marin depuis son départ du CCN de Rillieux-la-Pape, désormais entre les mains de Yuval Pick. Une pièce attendue, dans le sillage de Salves, qui avait été un des temps forts de la Biennale de 2010. Elle sera reprise au Théâtre de la Bastille à Paris, dans le cadre du Festival d’Automne, du 16 au 27 octobre 2012.

Interrogés pendant les répétitions sur la teneur de leur nouvelle création, Denis Mariotte et Maguy Marin répondaient d’une seule voix : une représentation de la sensibilité nocturne, de cet état de veille particulier qui peut nous saisir de jour comme de nuit. Une réponse énigmatique qui ne laissait rien présager de l’inflexion que le retour à Toulouse allait produire sur le travail exigeant de Maguy Marin.

Dans la salle du TNP de Villeurbanne, ce sont d’abord deux platines placées de part et d’autre de l’avant-scène qui émergent de l’obscurité, produisant un son sourd troublé par des martèlements indéchiffrables. Quand le son s’arrête au bout d’une poignée de secondes, l’éclairage laisse percevoir le dispositif scénique en place : de simples pavés verticaux noirs de part et d’autres de la scène, créant autant de coulisses, et un tableau noir en fond de scène. Chaque fois que la lumière resurgit, depuis une ou plusieurs des coulisses, un ou plusieurs des six danseurs sont déjà en place sur scène, engagés dans une action, simple : contempler un portrait accroché au tableau, rêver devant un portrait en noir et blanc allongé au sol, changer une ampoule perché sur une échelle, alpaguer une prostituée.

Parfois, les protagonistes s’expriment. En italien, en grec, en arabe, éternelle Babel des exilés. Se dessinent peu à peu sur scène, dans une esthétique dérivée de Umwelt et de Salves, autant de saynètes qui nous ramènent à l’histoire personnelle de Maguy Marin, son enfance à Toulouse dans une famille de réfugiés espagnols. Nul pathos ici, ni trace de narration, mais des fragments d’une humanité mue par l’énergie du désespoir, en quête d’un peu de sens et de chaleur dans un monde désenchanté.

Certes, on ne saurait reprocher à Maguy Marin et Mariotte de perdre de leur radicalité avec le temps, de renier la force de leur engagement. Le propos résonne d’ailleurs fortement avec l’actualité : « I am Greece », « I am Tunisia », tracent les personnages sur le tableau d’une main assurée. La souffrance, la violence et la possibilité de l’entraide sont exprimées avec vigueur et présence par des danseurs d’une extrême précision. Ou plutôt faudrait-il parler d’acteurs, la danse ayant quasiment disparu de cette forme théâtrale tournée vers le politique.

Pourtant, sans incarnation du propos par le mouvement, sans ouverture à aucun moment de l’alternance introduite au départ entre un épisode sonore dans le noir et une saynète éclairée, le spectateur se sent peu à peu pris au piège d’un dispositif qui l’étreint et l’éprouve sans autoriser la prise de recul. Comme si le retour en terre natale avait fait resurgir une matrice indélébile et indépassable. Peut-être faudra-t-il attendre la prochaine création pour que la chorégraphe trouve la juste distance avec son héritage.

 

« En fait, il n’y a pas d’élément déclencheur, ça s’est déclenché pour moi il y a très, très longtemps. » Maguy Marin


visuel : nocturnes, Compagnie Maguy Marin, 15e Biennale de la danse, Lyon © Jean-Pierre MAURIN, tous droits réservés

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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