Danse
Between, entre Chamberlain et Sylvain Groud

Between, entre Chamberlain et Sylvain Groud

03 avril 2022 | PAR Nicolas Villodre

Un des programmes de Label Danse du Ballet du Nord nous a permis de découvrir à Roubaix, dans le cadre du festival Le Grand bain, un solo du danseur-chorégraphe Sylvain Groud accompagné du pianiste-compositeur Chamberlain, à moins que ce n’ait été l’inverse.

Musicalité

La créativité, que ce soit en danse ou en poésie, consiste à déjouer la contrainte. La Cave aux poètes, où avait lieu la rencontre Groud-Chamberlain, porte bien son nom qui, du fait de sa bassesse de plafond, limite la gesticulation et force un danseur d’une taille supérieure à la moyenne à s’interdire la moindre velléité de saltation. Constatant l’état des lieux, le soulignant on ne peut plus clairement, Sylvain Groud consacre la première partie de sa variation à explorer les limites du plateau s’offrant à lui, en calant son corps d’escogriffe entre la ribambelle de leds éclairant la salle et la petite estrade le mettant en valeur, lui et son partenaire.

Étrangement, comme ce devait l’être dans les caves germanopratines à la Libération, du temps du Tabou, des Zazous, du jazz, du lettrisme et de l’existentialisme, comme l’est aussi de nos jours dans les boîtes noires improbables, également bétonnées, genre New Morning, le son est d’une qualité remarquable. Le piano de Chamberlain, fraîchement accordé, sonne excellemment et permet au musicien d’exécuter son set à la perfection. À ce carillon s’ajoutent peu à peu des boucles sonores, des rythmes électro, des effets d’harmonie, de crescendo, de synthèse obtenus à l’aide d’un mini-clavier d’appoint. Le piano droit devient orchestre, bande-son destinée à la danse ou par elle motivée.

Dance floor

Le danseur, le chorégraphe, l’actuel directeur du Ballet du nord-Centre chorégraphique national Roubaix-Hauts-de-France, se sent à l’étroit sur la scène confinée, plus réduite que celle vouée à l’exhibition des girls du Crazy Horse, espace occupé côté jardin par le pianiste et son matos. Sans condescendance, il descend alors de son piédestal, se mêle à la piétaille, se fond à l’assistance, à la petite foule d’habitués du dancing et de festivaliers en goguette. Il danse pour lui-même et pour ce commun des mortels. Il ne force pas son talent, repéré par les spécialistes dès ses débuts chez Preljocaj.

La variation, il connaît. La prévision mathématique aussi. Par intermittences, celle-ci est brisée de mouvements inattendus, de chutes soudaines, d’acrobaties incongrues. Il motive son public, aimante son regard, le pousse à agir à son tour. Il communique avec aisance, se dépense sans compter, obtient la participation des uns et des autres sans mal. Le plaisir se lit sur les lèvres des spectateurs devenus acteurs. Tout paraît simple. Tout est bon esprit, bon enfant. Sans besoin de toucher l’autre, mais avec tact, il abolit l’espace interstitiel qui d’ordinaire sépare l’artiste du public. Il est ce soir le go-between, l’intermédiaire entre le night-clubber et l’adepte de Terpsichore. 

Visuel, Sylvain Groud dans Between © Nicolas Villodre, 2022.

 

Goryachova et Grigolo électrisent Carmen à l’Opéra de Vienne
Entretien avec Émilie Capliez, co-directrice de la Comédie de Colmar
Nicolas Villodre

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture