Danse

Ballet de l’Opéra de Paris : trois chorégraphies de Sol Leon et Paul Lightfoot et Hans van Manen

Ballet de l’Opéra de Paris : trois chorégraphies de Sol Leon et Paul Lightfoot et Hans van Manen

22 mai 2019 | PAR Raphaël de Gubernatis

 

Le hasard d’une soirée libre aura permis de découvrir « Sleight of Hand », spectacle chorégraphique de Sol Leon et de Paul Lightfoot datant de 2007 et entré aujourd’hui au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Un bel événement et qui cadre à merveille avec les dispositions techniques des danseurs de l’Opéra qui y sont magnifiques.

 

Un spectacle chorégraphique, plus qu’une chorégraphie, a-t-on envie de dire, tant l’aspect théâtral y est primordial. Le rideau se lève sur un plateau nu fermé en fond de scène par un rideau sombre devant lequel se dressent  deux figures gigantesques, deux danseurs (Stéphane Bullion et Eve Grinsztain) érigés sans doute sur de hauts praticables voilés de tissu noir et dont les mouvements et les expressions sont réduits au buste, aux bras et au visage.  Devant eux, leurs partenaires à taille humaine vont maintes fois surgir de l’obscurité et y replonger mystérieusement. : un couple, Ludmilla Pagliero et Simon Le Borgne, un trio, Francesco Mura, Andrea Sarri, Alexandre Boccara, et un soliste, Marc Moreau. Est-ce son rôle. Est-ce lui ? Toujours est-il que ce dernier brille d’un éclat tout particulièrement lumineux dans cet ouvrage, chose d’autant plus remarquable que ses compagnons de scène remplissenteux aussi magnifiquement leurs rôles. De toute évidence, les deux chorégraphes ont trouvé dans les danseurs de l’Opéra de Paris des interprètes avec qui l’entente semble avoir été parfaite et qui sont ici des plus admirables.   

 

Romantisme sombre

 

C’est évidemment la partition de Phil Glass (le deuxième mouvement de sa Symphonie no 2) qui porte réellement« Sleight of Hand ». Grave, mais aussi fluide, galopante, réellement épique et d’un romantisme sombre, elle engendre un climat tout d’étrangeté, de mystère, de tension, une atmosphère de drame qui rappelle curieusement de belles musiques de film. A cette partition de facture épique répond une chorégraphie d’essence très théâtrale. Elle ne narre rien, par bonheur, mais met en scène des personnages étonnants,induit un climat dramatique où l’esthétique très fouillée voulue par les auteurs, et qui rappelle très fort par moments celle de Carolyn Carlson (mouvements amples, saccadés, répétitifs, secs et nerveux), se double d’une expressivitéexacerbée.

De « Sleight of Hand » demeure donc dans la mémoire une image éblouissante qui rassure en des temps où la création chorégraphique est si défaillante.

 

Vapeur d’eau et volutes de fumée

 

Ce n’est pas vraiment le cas avec « Speak for Yourself », autre chorégraphie de Sol Leon et Paul Lightfoot. Là aussi les interprètes, François Alu, Ludmila Pagliero, Hugo Marchand, Clémence Gross, Daniel Stokes, Silvia Saint-Martin, Simon Le Borgne, Antoine Kirscher, Chun Wing Lam, pour n’en oublier aucun, sont véritablement brillants. Et leur technique comme leur présence scénique sont au-dessus de tout éloge. Mais entre volutes de fumée et vapeur d’eau qui tombe des cintres et rend la danse fort périlleuse, la chorégraphie apparaît bien formelle. Inventive certes, mais quelque peu ennuyeuse. Plombée peut-être par cet Art de la fugue de Jean-Sébastien Bach, ici interprété au piano, qu’on peut sans doute admirer sans frein, mais qui se révèle d’un mortel ennui dans un tel contexte.  

Entre deux, on aura inséré « Trois Gnossiennes », pièce pour deux danseurs de Hans van Manen chorégraphiée en 1982 sur les Gnossiennes no 1, 2 et 3 d’Eric Satie. Entre l’athlétique Florian Magnenet, qui représente, avec certains de ses camarades distribués dans les deux autres pièces, toute une génération de danseurs à la carrure impressionnante qu’on ne connaissait guère il y a dix ou vingt ans de cela sur la scène de l’Opéra, et la toute menue Léonore Baulac, le contraste est saisissant. Mais l’un et l’autre sont à ce point dépourvus delyrisme qu’on ne peut que penser qu’ils obéissent à la volonté d’un chorégraphe qui a voulu éviter tout débordementsentimentalisant, à l’instar de la musique de Satie. Elégamment composée au demeurant, la chorégraphie apparaît bien académique et  assurément sans surprise. Au piano, Elena Bonnay en offre une belle et délicate interprétation qui semble faire corps avec la danse.

 

Raphaël de Gubernatis

 

Trois chorégraphies de Hans van Manen, de Sol Leon et Paul Lightfoot.

Dernière représentation le jeudi 23 mai 2019. Opéra de Paris, place de l’Opéra.

 

visuel : Opera  de Paris 

 

 

 

 

 

 

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