Danse
Ballade des simples

Ballade des simples

08 juin 2021 | PAR Nicolas Villodre

 

Latitudes contemporaines a présenté dans le cadre en plein air de la Ferme urbaine Saint Sauveur la Ballade des simples d’Ondine Cloez sous forme de promenade commentée et chantée par l’auteure accompagnée de Clémence Galliard et Anne Langlet.

Hors-scène

Le spectacle dans une friche jardinée aux petits oignons par la population locale, tout un chacun exploitant au mieux sa parcelle allouée au vu et au su de tous, dépaysera le festivalier, l’aérera, le rafraîchira ou l’ensoleillera, le cas échéant. Celui-ci sera sevré de la part de mystère qui découle du rituel théâtral, de l’abstraction qui émane de la nuit mais sera confronté à la chose et non plus à son signe, au réel et non pas qu’au discours. La variante in situ – si tant est que le hic et nunc scénique ne le soit pas – est en l’occurrence celle d’une pièce créée l’an dernier aux Laboratoires d’Aubervilliers, inspirée à Ondine Cloez par le recueil de préceptes d’hygiène et de soins de l’École de Salerne, compilés en latin au XIIIe siècle, dans la traduction en français de Monsieur Levacher de la Feutrie, au XVIIIe siècle.

Cette synthèse de connaissances en matière de médication par les plantes, restée très vivace de l’autre côté des Alpes, moins fameuse sans doute chez nous, fait la part belle aux pratiques des Anciens et à la science d’un Hippocrate ou d’un Galien. Les extraits choisis dans cet ouvrage composé au départ en hexamètres, transformés en alexandrins, sont illustrés on ne peut plus concrètement au cours de la champêtre déambulation. Le titre joue d’ailleurs avec le mot ballade qu’on peut entendre dans des sens différents, nullement opposés en l’occurrence : celui d’une musique à danser, d’une forme poétique et, avec un « l » en moins, d’une flânerie. 

La pensée se fait dans la bouche

Qui dit ballade dit aussi halte. À cette occasion, une des trois guides entonne un couplet correspondant précisément à la plante donnée à voir et à sentir. Les interprètes passent du parler au chanter sans chercher à faire la synthèse des deux registres vocaux – sans se prendre pour des cantatrices de Sprechgesang ou des actrices de Jacques Demy. Elles parlent tout doucement, sans le recours au micro de la conférencière qui passe d’une œuvre d’art à une autre ou d’une quelconque enceinte, bluetooth ou embarquée. Tout est bon esprit, tout est bon enfant. Le trio évite le pédantisme. À l’exception du rappel du titre original de l’ouvrage (Regimen Sanitatis Salernitanum), il ne sera pas fait d’usage de la langue latine.

Les mélodies sont le moyen de mémoriser les vers. Elles sont simples d’apparence, montantes et descendantes façon questions-réponses. Il n’est jamais référence au chant grégorien, connoté « musique ancienne », voire religieuse. Les artistes, formées au conservatoire de danse, ont à s’exprimer par d’autres moyens que les leurs. Deux d’entre elles connaissent la musique, autrement dit le solfège. Les trois s’en sortent bien, captivent leur auditoire, l’intéressent à la question écolo. Elles le touchent aussi lorsque, ensemble, en polyphonie, elles offrent un joli moment de promenade chantée, le public à leurs talons. Aucune allusion aux sujets qui fâchent, à l’usage des plantes comme poison, à l’abus de certaines d’entre elles, transformées en hallucinogènes ou distillées en alcools forts – on pense à l’absinthe chère à Toulouse-Lautrec comme à Verlaine. Les danseuses n’ont rien de sorcières. Il s’agit de garder la santé, non de la perdre.

visuel : Clémence Galliard, Anne Langlet et Ondine Cloez © Nicolas Villodre

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Nicolas Villodre

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