Danse

Au Sadler’s Wells, Akram Khan danse un Bangladesh à la fois réaliste et rêvé

05 octobre 2011 | PAR Soline Pillet

Desh - projection animation

 

 

Après la première mondiale de DESH en septembre dernier, la nouvelle pièce du chorégraphe et danseur britannique mondialement acclamé se joue actuellement  à Londres. Un solo de 80 minutes faisant appel aux arts visuels, qui explore la terre d’origine (« Desh » en bengali) de cet artiste d’exception.


Natif de Londres où il crée sa compagnie en 2000, Akram Khan, à l’instar de sa danse, s’inscrit entre tradition et modernité. Son style marie la rencontre fructueuse de l’Orient et de l’Occident : il a commencé le Kathak à l’âge de 7 ans avant d’être formé au contemporain par, entre autres, Anne Teresa de Keersmaeker. De cette formation éclectique a éclos un danseur chorégraphe virtuose qui se réinvente sans cesse, multipliant les collaborations inattendues, de Peter Brooke à Sidi Larbi Cherkaoui en passant par Juliette Binoche et Kylie Minogue. C’est dans un exercice périlleux qu’il nous surprend encore, avec un solo de presque une heure et demie, dans lequel Akram Kahn dépeint sa vision du Bangladesh.

 

Un modèle chorégraphique, scénographique et narratif

 

C’est à travers une galerie de personnages, tous interprétés par le danseur qui multiplie les trouvailles visuelles pour se métamorphoser, qu’Akram Kahn déploie la captivante histoire du pays de ses parents. Peignant sur le dessus de son crâne lisse un visage rudimentaire, il campe un petit vieillard des plus crédibles, qui s’adresse au public avec des attitudes comiques savamment étudiées. Une voix préenregistrée le fait dialoguer avec une fillette à qui il raconte contes et légendes, mimant l’interaction avec tant de talent et de précision que l’on croit voir l’enfant à ses côtés. Difficile de réaliser que l’artiste est seul en scène tant les personnages défilent, occupant tout l’espace scénique et imaginaire dans un tourbillon espace-temps où le spectateur se trouve plongé. Une ingéniosité remarquable permet à l’artiste de se réinventer à chaque scène : langage corporel, énergie, narration, son, lumières, procédés visuels – ombres chinoises, contre-jour, projection vidéo…

 

Un voyage sensoriel

 

DESH est un ravissement pour les yeux et les oreilles, où Akram Khan déroule comme un ruban les merveilles et les réalités d’un pays qu’il connait surtout à travers le prisme de l’Occident et de sa famille émigrée en Angleterre. Un habillage visuel somptueux, signé par l’artiste chinois Tim Yip, tantôt épuré, tantôt riche et luxuriant, dialogue véritablement avec l’interprète, soutenant sa danse et son propos comme un partenaire humain. Une scène d’une pure poésie, devenue denrée rare sur les scènes de danse contemporaine, montre une projection de dessins d’animation avec lesquels Akram Khan danse un duo d’une précision et d’un raffinement extrêmes. Autour du danseur, dans un jardin d’Eden bangladeshi, un arbre sort de terre, un nuage de papillons s’envole, un éléphant grandeur nature apparaît…

 

Humour et drame humain

 

La trompe de l’éléphant virtuel rencontré dans cette jungle idyllique se transforme en canon de tank. C’est aussi le visage d’un Bangladesh en lutte que dépeint Akram Kahn, notamment dans une scène de manifestation où la musique rythmée s’associe à l’énergie percussive du danseur, dont le crescendo l’amène jusqu’à un état quasi-transcendantal. Violences sociales et catastrophes naturelles sont abordées, mais la grâce et l’humour sont tels – notamment dans la scène où son père l’engueule parce qu’Akram veut encore danser alors qu’il est l’heure de passer à table – qu’on n’éprouve qu’admiration et attirance pour le « Desh » fascinant et humain dansé par Akram Kahn. Un superbe hommage au pays de ses origines et à la danse.

 

akram khan - desh

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Soline Pillet
A 18 ans, Soline part étudier la danse contemporaine au Québec puis complétera sa formation par les arts visuels à l’Université de Brighton. Au cours de son apprentissage, elle participe à des projets éclectiques en tant que danseuse. Également passionnée par l’écriture, elle rejoint les bancs de la fac en 2007 afin d’étudier la médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle. C’est par ce biais qu’elle s’ouvre au théâtre, au journalisme, et à toutes les formes d’art. Aujourd’hui, Soline rédige un mémoire sur la réception critique de la danse contemporaine tout en poursuivant sa passion pour la danse et l’écriture. Après avoir fait ses premiers pas de critique d’art pour le site Evene, elle rejoint l’équipe de la Boîte à Sorties en septembre 2009.

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