Danse

APACHES & WILD CAT en ouverture du festival Jet Lag

13 mai 2019 | PAR Bénédicte Gattère

Pour le lancement du festival Jet Lag consacré à la danse Hip Hop, de la break dance au krump en passant par le voguing, le Théâtre de l’Étoile du nord présentait deux pièces de Saïdo Lehlouh, réactivées et repensées pour l’occasion. Avec Apaches en première partie de soirée, le ton de Jet Lag 10 était donné : la manifestation sera participative ou ne sera pas ! 

Avec sa comparse Johanna Faye, le chorégraphe Saïdo Lehlouh qui a récemment été artiste associé de La Villette tient le haut de l’affiche de cette édition avec plusieurs co-créations au programme. Tous deux ont fondé en 2015 la compagnie Black Sheep qui depuis n’a de cesse  de développer de nouveaux projets. Au fil des années, ils évoluent et prennent de l’ampleur. La compagnie est actuellement en résidence à L’étoile du nord, ce qui explique par ailleurs sa mise à l’honneur au sein de Jet Lag. Les deux chorégraphes ont toujours eu à cœur d’élargir le cercle des traditionnelles battles de breakdance, – dont ils sont issus. Avec la mise en place de projets au long terme, ils incluent un public plus varié, et pas nécessairement d’initié.e.s, afin que le Hip Hop ne soit pas une niche mais conserve bien l’esprit démocratique de ses origines.

Ainsi, leurs pièces sont en constante évolution, sujettes à de bienheureuses variations. Apaches en était l’exemple parfait puisqu’après avoir été montée à plusieurs reprises en divers lieux, la pièce a été jouée « en extérieur » par des amateurs de tous âges pour Jet Lag. La part belle était laissée aux tout jeunes, dont le bonheur d’être là faisait plaisir à voir ! Leurs visages rayonnants suffisaient à communiquer de la joie à l’assistance, elle aussi mise à contribution, dans une jolie ronde improvisée. Les corps étaient invités à être sans cesse en mouvement car les spectateurs devaient suivre les danseurs dans tout le théâtre, devant le bar, dans l’entrée… Au détour d’un espace, un autre s’ouvrait : une jeune fille faisait la preuve de sa virtuosité en b-girl inspirée, une autre, en sweat gris, se laissait « couler » le long d’un mur, à côté de vous, dans un moment troublant de poésie et de grâce.

L’investissement de Black Sheep dans les actions culturelles de nombreuses institutions amène chorégraphes et danseurs de la compagnie à ouvrir le champ de leur pratique. Ainsi du projet Résonance, qui a réunit des collégien.ne.s de Montreuil et le CENTQUATRE autour d’un prolongement de la pièce Wild Cat, présentée quant à elle en deuxième partie de soirée, en salle, à la suite d’Apaches. Plus classique, cette pièce avait pour ambition de battre en brèche les clichés longtemps associés au Hip Hop, entre esprit de compétition des cyphers (cercles formés pour les battles) et violence des gangs de rue… Pour finalement donner à voir au public un spectacle relativement attendu.

Malgré la belle énergie des danseurs, tous issus des milieux amateurs et underground, Wild Cat qui se voulait un hommage au « toucher français » de la scène française de breakdance laissait un peu sur sa faim. Conçu comme un véritable espace d’improvisation pour ses interprètes, Wild Cat demeure un bel exercice de b-boying, un style qui n’a pas fini d’irriguer la scène Hip Hop. Du milieu à la fin des années 90, ce style a fait l’objet d’une réappropriation spécifique en France, avec une gestuelle minutieuse et délicate qui rappelait les mouvements du chat  – d’où le titre de la pièce – et qui « a fait la réputation de la scène b-boying parisienne dans laquelle j’ai évolué « , précise Saïdo Lehlouh. Une façon de payer tribut à la scène où il a fait ses débuts.

Si jusqu’ici Jet Lag a toujours misé sur la jeune création en danse : on se souvient d’Ana  Pi et de François Chaignaud avec Le tour du monde des danses urbaines en 10 villes pour Jet Lag 7, pour sa dixième édition, le festival invite les danses urbaines dans un esprit plus participatif. Cette année, le Théâtre de l’Étoile du Nord, situé dans le 18ème arrondissement de Paris, non loin de la Porte de Saint-Ouen, invite son public, les scolaires et les jeunes du quartier à participer et à co-construire cette manifestation, dans une belle énergie fondée sur l’échange et le partage. L’accent sera mis  sur les ateliers et les moments de rencontre avec les artistes et les interprètes.

Visuel : © Stefani_original

Informations pratiques :

Festival Jet Lag du 11 au 25 mai 2019
L’étoile du nord
16, rue Georgette Agutte (Paris, 18ème)

Toute la programmation sur le site de L’étoile du nord.

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Bénédicte Gattère
Étudiante en histoire de l'art et en études de genre, j'ai pu rencontrer l'équipe de Toute la culture à la faveur d'un stage. L'esprit d'ouverture et la transdisciplinarité revendiquée de la ligne éditoriale ont fait que depuis, j'ai continué à écrire avec joie et enthousiasme dans les domaines variés de la danse, de la performance, du théâtre (des arts vivants en général) et des arts visuels (expositions ...) aussi bien que dans celui de la musique classique (musique baroque en particulier), bref tout ce qui me passionne !

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