Danse

Achterland, le concentré d’Anne Teresa de Keersmaeker au Festival d’Automne

Achterland, le concentré d’Anne Teresa de Keersmaeker au Festival d’Automne

16 octobre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dépêchez-vous, cette reprise hallucinante et hallucinée ne joue que jusqu’au 18 octobre, à la Mac, et le 20 décembre au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines.

Achterland a été créée en 1990, un moment où la chorégraphe a déjà imposé la musique contemporaine de Reich comme fusion à sa danse déphasée. C’est le moment aussi où le théâtre pointe avec Rosas Danst Rosa (1983) et ses célèbres chaises.
Et arrive Achterland, comme une évidence du tout. Dans la première scène on hallucine (oui on se répète !) car la vivacité du danseur associée au violon (Juan Marìa Braceras) semble être la maman de Partita 2 qu’elle offrira bien longtemps après à la Cour d’Honneur du Festival d’Avignon.
On découvre ici une nouvelle façon pour elle de questionner les lignes forcément géométriques avec, non pas des traces à la craie, mais des traits et des carrés de lumière. Des chaises comme des fauteuils et des carrés en bois comme des praticables. Forsythe n’est pas loin.

On hallucine encore quand les garçons se mettent à vriller, comme dans l’immense A Love Supreme (2017). C’est la première fois qu’elle intègre des hommes à sa troupe et la confrontation avec les danseuses est jubilatoire. On sourit souvent dans ce spectacle face à ce jeu de rôle très bien pensé où les filles jouent les filles en talons hauts et chemise en guise de robe et les mecs font les mecs. Ils chutent, sautent haut, et comme cela ne suffit pas, ils tentent de déhancher. Pina n’est pas loin.

On retrouve les courses folles et les mouvements suspendus. La technique qui offre aux dos des flexions superbes. Le talent qui donne l’illusion que tout cela est facile.

Les danseurs ( (en alternance) Laura Bachman, Lav Crnevi, Léa Dubois, José Paulo dos Santos, Anika Edström Kawaji, Bilal El Had, Frank Gizycki, Robin Haghi, Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti, Soa Ratsifandrihana, Luka Švajda) sont le silence, les airs d’Eugène Ysaÿe et au piano, ceux très arides de György Ligeti joués avec une impressionnante dilettante par Whilhem Lachtoumia.

Magnifique reprise donc, chef d’œuvre total où chaque mouvement est une idée, où bien avant le #metoo les filles s’autorisent à dire non, et à dire oui aussi. Une archive dingue pour les amoureux de la plus grande chorégraphe actuelle, qui permet de comprendre ce que le mot transition veut dire dans une carrière.

Tout le portrait Anne Teresa de Keersmaeker vaut de se battre pour avoir des places. N’hésitez pas !

Visuel : Anne Teresa De Keersmaeker / Achterland © Anne Van Aerschot

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