Danse
Aberration, l’enfer blanc d’Emmanuel Eggermont

Aberration, l’enfer blanc d’Emmanuel Eggermont

19 mai 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le danseur qui fut l’une des muses de Raimund Hoghe, immense chorégraphe au corps blessé mort en 2021, livre enfin son solo tout blanc sur ses idées noires. Graphique et hypnotique.

En attendant de voir Emmanuel Eggermont dans son All Over Nymphéas au prochain Festival d’Avignon, c’est dans un monochrome que nous le retrouvons pour deux soirs au Carreau du Temple. Un peu à la façon de Kerem Gelebek dans Sakinan Göze Çöp Batar, de Christian Rizzo, nous sommes face à un parcours de vie qui commence capuché et chargé d’un sac à dos. Emmanuel y est tout de blanc vêtu, hoodie, short, chaussettes, baskets. Il apparaît en filigrane derrière des stores, semble voler avant de pouvoir avancer.

Le « décor » est fait des lignes de lumières super graphiques d’Alice Dussart. Ces lignes sont l’un des guides de la danse qui se prépare. Tout comme la musique électrique et lyrique de Julien Lepreux. Nous saisissons sans le comprendre que ce solo est un trio, que le corps, la lumière et le son dialoguent, que les uns influent sur les autres.

Le danseur dans son chemin de vie croise des drames, des aberrations nombreuses. Elles sont personnelles ou générales. Elles peuvent être des blessures ou des visions fanatiques. Lui part du bout des doigts, entraîne ses épaules dans des ouvertures profondes. Le reste suit, les hanches creusent les côtes, cela crée des vagues étranges qui peuvent se parer de pointes.

Emmanuel Eggermont semble danser librement mais la pièce est très écrite. Le mouvement est lié à lui, et à sa vie de danseur. On y retrouve sa passion pour l’architecture, comprise dans Vorspiel, et des objets déposés ici et là, comme dans les pièces de Raimund Hoghe avec qui il a travaillé pendant une décennie et qui lui a dédié un spectacle,  Musiques et mots pour Emmanuel.

Aberration peut, si on le lit comme cela, apparaître comme un autoportrait. Cela n’est pas si évident. On y croise surtout un amour fou pour les structures. 

 

Aberration, jeudi 19 mai à 19H30, au Carreau du Temple.

Visuel : ©Jihye Jung

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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