Danse
A. Semu tutti devoti tutti ? Toute l’Italie sur un plateau au Théâtre de la Ville

A. Semu tutti devoti tutti ? Toute l’Italie sur un plateau au Théâtre de la Ville

13 juin 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le festival Chantier d’Europe est le rendez-vous théâtral  de fin de saison se déroulant au Théâtre de la Ville. En 2011, il avait accueilli le si beau I am the Wind de Patrice Chéreau ou Le Théâtre animé de « The animals&children took to the streets » aux Abbesses. En 2012, pas de coup de cœur pour le moment, bien déçus par l’ennuyeux A. Semu tutti devoti tutti ?

Ça aurait dû être génial. C’est bien la seule chose que l’on peut se dire en sortant de ce spectacle où tous les ingrédients sont réunis pour faire un coup de cœur intégral. La pièce commence par une image forte, celle d’un cardinal écarlate patinant sur le plateau entouré de rideaux faits en soutiens-gorge. Il reviendra ensuite pour se contrir à en devenir rouge. La danse viendra offrant des gestes propres, un peu attendus. Nous sommes face à des héritiers de Merce Cunningham et de Martha Graham mais l’absolue symbiose chorégraphique redondante nous fait glisser vers l’ennui. La performance est là, dans l’allégorie d’une pietà, femme nue, ballottée, roulée, corps vide que les danseurs maintenant vêtus en prêtres noirs exhibent dans une ambiance ultra violette. La musique se fait irritative, guitare électriques en avant.

Les images sont belles, incontestablement et elles resteront.

Qu’ en est-il du fond ?

Nous sommes dans l’Italie confrontée à ses névroses. Un monde d’homme où la mafia et l’Eglise se confondent. Le fil du spectacle    tient dans le nom d’une sainte, Agathe, le « A » du titre. Le « A. ». Elle est la sainte patronne de la ville de Catane. « La sainte martyre à qui on arracha les seins pour la punir d’avoir refusé les avances du proconsul. Une fête religieuse lui est vouée, qui figure parmi les plus importantes du monde catholique. Ce jour-là, la ville s’emplit d’une seule clameur, martelée par tous : « Semu tutti devoti ! Tutti ! » (nous sommes tous des dévots, tous !). »Le comédien demande alors en italien : Qui le sait ? Qui le sait ? Dieu le sait, Dieu le sait ! Répétez avec moi: Dieu le sait.Ce n’est pas écrit, peut-être ? Ma maison sera considérée comme une maison de prière pour tous. Qui en a fait un taudis rempli de voleurs ? Qui le sait ? Qui le sait ? Dieu le sait, Dieu le sait ! Répétez avec moi : Dieu le sait.Répétez  :Qui le sait, Dieu le sait, qui le sait, Dieu le sait. »

Le chorégraphe Roberto Zappalà dénonce cette overdose de connivence à l’aide de propositions qui semblent pertinentes : les danseurs offrent des gestes violents, tout en luttes. Ils entrent sur le plateau en groupe avant de s’accrocher les uns aux autres. La critique sociétale est là, ouverte. Les vecteurs de dénonciation sont justes.

Et pourtant les scènes s’enchaînent, et malgré de belles ruptures, deviennent redondantes. Peut-être pour signifier la mainmise permanente de la mafia sur la population. Reste une sensation mitigée d’un rendez-vous raté. N’est pas Roméo Castellucci qui veut.

visuel (c) Torino Danza et Compagnie Roberto Zappalà

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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