Danse
1/2 plié, l’élégant éloge des structures d’Annabelle Pulcini à l’Etrange Cargo

1/2 plié, l’élégant éloge des structures d’Annabelle Pulcini à l’Etrange Cargo

23 mars 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’Etrange Cargo, le festival de danse de la Ménagerie de Verre cherche toujours à nous montrer autre chose, à nous faire réfléchir sur les corps et la place qu’ils occupent dans l’espace. Annabelle Pulcini et Audrey Gaisan Doncel plient et déplient avec minutie en rappelant, l’air de rien, que tout part de là.

Au commencement, il y a un tas de grandes feuilles posées au milieu de la scène. Un grand carré orange, un gris, en dessous un vert et un beige. Elles entrent, en pantalon chic et chemisier pour Annabelle, et gilet de costume masculin porté à même la peau pour Audrey. Elles vont amener d’autres pans de feuilles, puis, s’installer au sol et commencer leur ouvrage. 

Le mouvement le plus basique de tous en danse classique est le plié. Pour ces deux danseuses aux carrières immenses, mais contemporaines (Annabelle Pulcini danse depuis 1990 avec notamment Dominique Bagouet, Olivia Grandville, Catherine Legrand et Audrey Gaisan Doncel chez Boris Charmatz, Mark Tompkins, Barbara Manzetti ou Loïc Touzé ), c’est l’occasion de revenir à la fondation ultime. Yvette Chauviré, considérée comme la plus grande danseuse du XXe siècle disait « la danse c’est le plié ». Quand on y pense, sans plié, il n’y a pas d’atterrissage, pas de pirouette, et finalement pas de danse. Et cela déborde du classique. Chez Bagouet justement, ou chez Cunningham les genoux descendent souvent.

Mais 1/2 plié n’est pas un cours de barre classique, c’est un spectacle. Et un beau spectacle, qui reste et infuse. Elles vont donc plier des grandes feuilles pour en faire des origamis grands comme des meubles. Le spectacle tient autant de l’installation que de la chorégraphie, il aurait toute sa place dans les collections du Centre Pompidou face à des Mondrian. Cette sensation de post-modernisme du passé est augmentée par la musique de Himiko Paganotti qui nous amène dans des sons de cathédrales comme abandonnées.

Dans la construction de la pièce, qui souffre encore de quelques maladresses, vient résonner l’objet réalisé avec le mouvement du corps. Cela donne des bras pliés à l’horizontale, avant-bras vers le bas, et jambes pliées en seconde. (oui dans cet article il y a beaucoup le verbe plier, on sait !). Les gestes sont volontairement raides, le dos est souvent droit et les chevilles sont fléchies fortement. Cela leur donne l’allure de pantins articulés.

Au fur et à mesure de leurs expériences, elles finissent par se faire dépasser par leurs formes à réaliser, au point de virer à l’obsession, voire à la disparition ! L’ensemble est super élégant, très intelligent et délicieusement doux.

1/2 plié, le 23 mars à 20H30.

Le Festival Etrange Cargo se poursuit jusqu’au 9 avril.

Visuel : © Vincent Alaphilippe

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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