Danse
« Danser sa vie » au Centre Georges Pompidou : une exposition magistrale !

« Danser sa vie » au Centre Georges Pompidou : une exposition magistrale !

22 novembre 2011 | PAR Géraldine Bretault

Bien plus que le récit richement illustré de la genèse de la danse moderne, « Danser sa vie, Art et danse de 1900 à nous jours » nous propose de revisiter la rencontre du corps en mouvement avec l’architecture, la peinture, la sculpture : brillant et… plein de vie !

Dès votre arrivée, vous découvrez un danseur en train d’exécuter une performance de Tino Seghal devant les grands aplats de couleur de La Danse de Paris de Matisse. Le ton est donné : à travers cette exposition foisonnante (450 œuvres présentées), Christine Macel et Emma Lavigne réussissent le pari de retracer pour nous les enjeux politiques et artistiques, les espoirs, même, qu’ont fait naître la redécouverte du corps à travers la danse moderne, le tout en prenant le temps de dresser mille et une passerelles avec la performance et l’art contemporain grâce aux nombreuses vidéos réunies.

L’exposition est scindée en trois parties : La danse comme expression de soi, Danse et abstraction et Danse et performance. Un découpage éclairé, qui permet de revenir aussi bien sur les tentatives de fusion sensuelle du corps avec la nature menées par Laban avant la Première Guerre mondiale que, à l’autre extrémité du spectre, sur les recherches visant à créer une danse mécanique, abstraite, constructiviste à partir des mouvements des ouvriers dans la Russie post-révolutionnaire.

C’est ainsi que, au-delà de certains épisodes déjà connus, comme l’influence des Ballets russes de Diaghilev sur Picasso et les peintres de l’avant-garde, d’autres mises en perspective sont salutaires : quel bel hommage rendu à Pina Bausch, que d’éclairer la tragédie désespérée de son Sacre du printemps comme une entreprise radicale de réappropriation de la danse expressionniste de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, qui s’était un temps égarée dans les affres de l’exaltation du corps sous le régime nazi.

Autre découverte magique, les costumes du visionnaire Ballet triadique d’Oskar Schlemmer, mis en valeur sur un podium animé dans une salle noire, grâce à un prêt de son petit-fils. On découvre là les prémices de tout un autre pan de la danse moderne, celle qui vise par le biais de l’abstraction à modifier les contours du corps humain afin de générer des mouvements inédits. Où l’on apprend que Gropius avait même prévu une scène dans le second Bauhaus de Dessau, afin que Schlemmer et ses élèves puissent y poursuivre ces expérimentations. Decouflé n’est pas loin…

Ce qui traverse l’exposition, et qui se déploie encore davantage dans la troisième partie consacrée à la performance et aux ramifications de la danse dite post-moderne, c’est le formidable pouvoir des corps à créer du collectif : plaisir de (re)découvrir par exemple sur grand écran RainForest, ballet de Cunningham dansé dans des décors d’Andy Warhol, sur une musique de John Cage avec des costumes de Jasper Johns…

Vous l’aurez compris, un parcours jalonné de retrouvailles avec les plus grands, et dans le même temps très instructif sur les plans historique et politique. Sans oublier de réjouissants clins d’œil contemporains comme Movement microscope, réalisé par Olafur Eliasson pour cette exposition : des danseurs se sont mêlés à ses collaborateurs dans son studio de Berlin pour s’essayer au finger connect, danse des mains inspirée du hip-hop.

À voir et à revoir sans modération !

 

« Mon art est précisément un effort pour exprimer en gestes et en mouvements la vérité de mon être. (…) Je n’ai fait que danser ma vie » Isadora Duncan

 

 

Visuels :

Kerzentänzerinnen (Danseuses aux bougies), 1912, Emil Nolde © Nolde Stiftung Seebuell, Allemagne

Costume ‘la sorcière’ de Lizica Codreano pour Gymnopédies d’Erik Satie, 1922, Constantin Brancusi © Adagp, Paris 2011

Performance painting #2, 2005, Nicolas Floc’h, Interprète Rachid Ouramdane © Adagp, Paris 2011

 

 

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

5 thoughts on “« Danser sa vie » au Centre Georges Pompidou : une exposition magistrale !”

Commentaire(s)

  • Je viens d’aller voir « Danser sa vie » au centre Pompidou.
    J’étais pleines d’attentes et je ne fus pas déçue.
    L’espace est divisé en trois parties: La danse comme expression de soi; l’abstraction du corps en mouvement et; le dialogue entre la performance et la vie.
    Il y a énormément de matière, un bon équilibre entre photos, dessins, peintures, et vidéos.
    j’ai décidé d’y dédier un blog, en prenant parti de poster chaque jour une œuvre qui m’a émue, et pourquoi…
    En espérant que mon point de vue de danseuse puisse en intéresser certains.

    novembre 23, 2011 at 17 h 56 min
  • Amelie Blaustein Niddam

    Magnifique ! L’attention porté au 1er Vingtième siècle est vraiment un livre ouvert sur des territoires inconnus. Formidable !

    décembre 10, 2011 at 18 h 25 min

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