Comédie musicale

[Londres] David Byrne et Fatboy slim font tourner Imelda Marcos à 360 degrés au National Theatre

[Londres] David Byrne et Fatboy slim font tourner Imelda Marcos à 360 degrés au National Theatre

28 décembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

La southbank de Londres vit depuis quelques semaines au rythme endiablé du Manille des années 1970. Après un passage par New York, Here lies love, l’album rock composé par David Bryne et Fatboy slim sur la « Evita » des Philippines, Imelda Marcos, a pris vie dans une comédie musicale à 360 degrés imaginée par Axel Timbers pour la partie restaurée du National Theatre : le Dorfman Theater. Une expérience où le spectateur danse, tourne et joue, tout en se replongeant dans les relations entre les Philippines et des Etats-Unis des années 1960 aux années 1980. 

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On entre dans le Dorfman Theatre mené par des entraîneurs habillés délicieusement psyché. Une partie du public restera debout et bougera avec la scène qui se déploie et de redéploie à 360 degrés. Perché au-dessus du public, le Dj charismatique nous rappelle que le karaoké est une invention et un sport national venu des philippines et l’on a déjà envie de danser.

C’est comme un coup de tonnerre que la belle Imelda apparaît, jeune, innocente et ambitieuse dans sa province de Leyte au sein d’une bonne famille appauvrie. Elle gagne tous les concours de beauté; et même si son amoureux, Ninoy Aquino (le futur principal opposant des Marcos) la  trouve trop grande et la quitte, elle finit par se hisser jusqu’à Manille, où elle rencontre le Sénateur Ferdinando Marcos en 1953 qui lui fait une cour de tous les diables. Même si elle ne recherche que l’amour (selon le « tube » principal de la comédie musicale, l’ironique « Here lies love »), elle l’épouse immédiatement et forme avec lui un des couples les plus glamours de la planète, abondamment mis en scène et médiatisé.

Malgré un petit passage à vide, elle le seconde lorsqu’il se présente aux présidentielles que le couple remporte en 1965. Si les Marcos sont incroyablement populaires, la comédie musicale met en scène sa montée en dictature, la corruption rampante, la loi Martiale de 1972 qui dura presque dix ans, les scandales (une affaire du président avec une actrice, des révélations sur l’enfance pauvre de Imelda) et le meurtre de l’opposant Ninoy Aquino, qui mène (sur une superbe chanson interprété par le personnage de la mère de Aquino) à la révolte du peuple philippin et à l’exil des Marcos en 1985.

Alors qu’Imelda Marcos est de retour en politique depuis 2010, Here lies love parvient à jouer sur l’icone pop sans jamais oublier les enjeux politiques et ce que la dictature représente encore aux yeux des philippins. Rendu actif et engagé comme audience de la belle Imelda, le public danse, s’amuse et suit de toutes parts le déroulement d’une vie incroyable dans des décors résolument psychédéliques et des costumes à couper le souffle (que la formidable Christine Allado enfile les uns sur les autres pour mieux nous étonner à chaque changement sur scène).

Mais si les sonos invitent à la danse, les écrans à la Nam June Paik de cette mise en scène endiablée rappellent photos, extraits de nouvelles et archives d’époque. En final, que l’hyperactif DJ, Martin Sarreal, prenne sa guitare pour un air authentique de la libération du peuple philippin du couple des dictateurs Marcos, est une respiration touchante qui permet au public propulsé sur sur l’une des scènes de mieux repartir pour danser une reprise finale de « here lies love » et communier dans le charme jamais discret des icônes pops du passé.

Here lies love est à voir au Dorfman Theater jusqu’au 8 janvier 2014. Le spectacle est complet, mais chaque vendredi à 12h, des places de dernière minute peuvent s’acheter pour 20 £ sur le site du national Theater.

Here lies love de David Byrne et Fatboy Slim, mise en scène Alex Timbers, avec Christine Allado, Mark Bautista, Natalie Mendoza, Renée Abulario, Martin sarreal, 1h30.

visuel : affiche officielle du spectacle

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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