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Sombre, post-punk, jouissif, sauvage: STEAM ou le meilleur du Cirque Electrique

Sombre, post-punk, jouissif, sauvage: STEAM ou le meilleur du Cirque Electrique

11 novembre 2016 | PAR Mathieu Dochtermann

STEAM c’est un sas de décompression poétique et apocalyptique. Un tour de force musical et circassien qui réussit à suspendre la réalité extérieure au chapiteau le temps d’un spectacle, pour immerger le spectateur dans un univers dystopique et sensuel, sombre et magnifique. STEAM c’est une ambiance, un état d’esprit, une esthétique, une prise de risque, une invitation et une menace. Et c’est jusqu’au 27 novembre au Cirque Electrique.

STEAM, la vapeur. C’est le brouillard qui noie le monde post-apocalyptique et cru qui est mis en scène durant plus d’une heure. C’est aussi la moiteur étouffante des corps qui se débattent, aux prises avec le désir sauvage de vivre, malgré tout. C’est le nom du spectacle le plus réussi du Cirque Electrique.

Inspiré par les vers du poète Alain Bosquet, cette performance mêle avec une efficacité jouissive numéros de cirque, musique et scénographie soignée. La singularité de ce spectacle est dans son ambiance crépusculaire, prenante, tenue de bout en bout. Le décor, particulièrement réussi, sombre, froid, métallique, cauchemar désabusé d’un esprit qui plonge son regard dans l’abîme et en reste fasciné. La musique, définitivement rock, qui oscille entre une rage très punk, des compositions new-wave très froides, des nappes électroniques qui répondent aux écrans de télévision qui diffusent une pâle lueur. La présence inquiétante, prédatrice, des interprètes qui se meuvent dans les ombres et jaillissent là où on ne les attend pas, dans un balai bien réglé qui pourtant laisse sentir que tout serait possible. Que le danger est présent et réel. Les deux poèmes lus par Hervé Vallée sonnent comme des claques, grésillent aux oreilles, griffent la mollesse du monde pour installer l’intranquillité.

Des performances des artistes-interprètes, on pourrait se contenter de dire qu’elles sont impeccables. Hervé Vallée alias TapMan mène la danse à un rythme d’enfer. Tarzana Fourès, au trapèze et à la corde lisse, est la muse vénéneuse qui se tient au centre de tout, la force de ses passages laissant presque sentir que le spectacle est construit autour d’elle. Alba Faivre est fantastique au mât chinois, comme toujours. On pourrait multiplier les compliments sur chaque artiste, mais, au-delà de la performance individuelle, ce qui importe est que tous sont au diapason de l’énergie sombre et tumultueuse qui traverse ce spectacle pareil à nul autre.

Une poésie visuelle nihiliste, qui offre une voie de résistance quand le monde s’effondre. STEAM montre qu’il peut y avoir beauté, sensualité et jouissance au milieu du chaos, que l’énergie née de la rage de vivre peut dynamiter la froideur du désespoir. C’est un message de résilience, brut et sans fioritures, un message qui s’adresse (puissamment) aux tripes et non à la tête. Pour un spectacle dont la première se déroulait le jour de l’élection de Donald Trump, on ne pouvait rêver mieux.

STEAM se tient à l’endroit où le monde s’effondre, et nous invite à danser toute la nuit sur ses ruines.

Du mercredi au samedi a? 21h et le dimanche a? 17h au Cirque Electrique.


Mise en scène: Hervé Vallée
Interprètes: Hervé Vallée, Tarzana Fourès, Alba Faivre, Séverine Bellini, Jean-Baptiste Véry, Lalla Morte, Loup
Lumières/Régie générale: Jérôme Chaleix

Visuels: (C) Hervé PHOTOGRAFF, Paolo SC Campanella et C.Cile

Infos pratiques

La Scène Watteau
Musée d’Orsay
cirque electrique

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