Cirque
Richard Fournier : « l’enjeu principal pour le cirque contemporain est de rester en phase avec ce qui l’entoure »

Richard Fournier : « l’enjeu principal pour le cirque contemporain est de rester en phase avec ce qui l’entoure »

13 juin 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Richard Fournier  dirige le Plongeoir –Cité du Cirque, Pôle Cirque Le Mans. Il nous parle du Festival Le Mans fait son cirque qui commence demain, mardi 14 juin.

En 2022, la Cité du Cirque devient Le Plongeoir – Cité du Cirque, Pôle Cirque Le Mans en voie de labellisation Pôle national Cirque. Qu’est ce que cela change pour un festival qui a plus de 20 ans ?

Pour le festival et les équipes qui le font vivre c’est une reconnaissance du travail mené en faveur du cirque et de ses multiples écritures. Cette nouvelle dénomination marque également le début d’un nouveau cycle avec l’ouverture d’un équipement – le chapiteau permanent – en faveur de la création et de la diffusion du cirque, la mise en œuvre d’un nouveau projet artistique enraciné dans le quartier des Sablons – Bords de l’Huisne et en contact permanent avec les habitants des territoires. Cette évolution est à la croisée de multiples chemins et le résultat du travail mené depuis vingt ans au Mans en faveur des arts du cirque. C’est aussi un clin d’œil à l’histoire avec l’évocation du plongeoir de l’ancienne piscine des Sablons qui abrite désormais un pôle cirque, très prochainement reconnu d’ampleur nationale, je l’espère. Avec cette nouvelle dénomination, Le Plongeoir – Cité du Cirque officialise sa mue tout en portant une histoire de territoire.

Pour le grand public et les habitués du festival, cela ne change pas grand-chose, même si quelques nouveautés en faveur de l’expérience spectateur seront perceptibles à l’occasion de cette 21e édition.

J’ai la sensation que votre vision du cirque est vaste, qu’elle croise la musique et l’écriture. Pouvez vous me parler de cela ? 

À mon sens le cirque est l’une des esthétiques les plus perméables. Les artistes de cirque n’hésitent pas à partir à la rencontre des autres arts pour s’emparer de leurs langages et mieux refléter les préoccupations sociétales. Le cirque, pour reprendre une expression de l’architecte qui œuvre sur le nouveau chapiteau permanent, est un art gourmand, à tous points de vue. Je ne peux que me réjouir de voir le cirque s’adapter et se transformer pour toujours s’interroger et se remettre en question. C’est à mon sens synonyme de bonne santé pour cet art. 

Cela se traduit au Plongeoir par la promotion d’un cirque actuel, en résonance avec ce qu’il l’entoure. À ce titre, nous aimons créer les conditions et les laboratoires de la rencontre avec la musique, l’écriture, l’art urbain ou encore la danse. 

Ainsi au Mans, le cirque s’allie à la poésie, à l’écriture, l’illustration, la bande dessinée, à la lecture ou encore aux pratiques urbaines. C’est une manière pour le cirque d’exister fortement, profondément et d’être témoin de ce qui nous entoure. Pour le public, ou plutôt les habitants des territoires, cette richesse est synonyme de découvertes et de rencontres qui ne seront jamais routinières. En résumé, le cirque, au Mans, est partout, insolite, inattendu, protéiforme et généreux, pour notre plus grand plaisir.

Pardon pour cette question un peu classique en ce moment. Que gardez-vous de la période Covid, notamment en terme de présence numérique ?

Que garde-t-on du Covid ? Une crise sanitaire d’ampleur mondiale déjà, qui a mis en tension bien des secteurs. En ce qui nous concerne au Plongeoir et compte tenu de l’incertitude qui nous entourait, nous avions fait le choix de maintenir le plus possible les résidences, les soutiens et les spectacles, même sans public. Nous avons ainsi participé à une Nuit du Cirque numérique en partenariat avec Territoires de Cirque. La programmation des cinq spectacles initialement prévue a ainsi pu être maintenue et filmée pendant la semaine de la Nuit du Cirque. Une soirée « live » a été diffusée en direct et a rassemblé plus de 25 000 spectateurs derrière leurs écrans. 

Nous avons également créé des émissions et des spectacles radiophoniques. Nous avons gardé le lien avec les artistes, en étant constamment en recherche de solutions et d’adaptations afin de maintenir une présence artistique. L’équipe du Plongeoir – Cité du Cirque a été particulièrement mobilisée durant cette période très complexe. 

Aussi complexe, difficile voir traumatique soit-elle, cette période a permis de questionner nos pratiques et nos habitudes de travail, de les faire évoluer… Ainsi cet épisode a paradoxalement accéléré la mise en œuvre de pratiques vertueuses comme les tournées concertées, les séries et un nouveau lien aux équipes. Pour revenir au numérique, nous poursuivons l’exploration de ce média. Après le documentaire sur le chapiteau, les captations de spectacles, nous nous dirigeons vers la réalité virtuelle et la création de séries documentaires… À suivre

Le Mans fait son cirque se tient dans plusieurs lieux. Comment se passe l’articulation entre les pièces ?

Le festival Le Mans fait son Cirque se déroule désormais principalement promenade Newton, au cœur d’un site arboré, le long de la rivière l’Huisne, à proximité de la Cité du Cirque, du chapiteau permanent (en construction) et de l’espace chapiteau que nous avons aménagé récemment. Ainsi huit chapiteaux « fleurissent » à l’occasion de cette 21e édition du festival, et des partenariats continuent à se mettre en place avec d’autres structures culturelles comme la Scène nationale Les Quinconces et L’Espal, la Scène universitaire EVE ou encore le collège Alain Fournier. Ainsi, à l’occasion du festival, nous traçons un cheminement entre la promenade Newton et les autres quartiers de la Ville du Mans Le festival crée des circulations dans l’espace public et questionne ainsi les notions de vivre ensemble et d’aménagement urbain. Au Mans, le cirque va à la rencontre des habitants et des territoires, et non l’inverse. 

Y a t’il un fil conducteur dans votre programmation ?

En réalité il y en a plusieurs : tout d’abord le circulaire, sous chapiteau ou en extérieur ; ensuite les formes artistiques pour les espaces non dédiés, qu’ils soient en extérieur ou non ; la rencontre des esthétiques bien entendu. Il y a également une grande attention à l’émergence et à la filière avec notamment la présence d’écoles amateurs, de centres de formation et de l’école nationale supérieur des arts du cirque qu’est l’Ésacto’Lido (en attendant que d’autres arrivent pour 2023). Ainsi le festival Le Mans fait son Cirque propose une programmation des plus hétéroclites, promeut la filière de formation des arts du cirque et permet aux spectateurs de découvrir un large panorama d’écritures circassiennes contemporaines. 

Nous attachons aussi une grande attention aux notions d’histoires et de récits avec les artistes. Ainsi plus de la moitié de la programmation du festival est composée d’équipes et de projets ayant été accueillis en résidence et ayant fait l’objet de coproduction. L’objectif de cette démarche est double : accompagner les artistes de cirque sur le long terme et permettre aux spectateurs de suivre l’ensemble du processus de création, de la résidence à la finalité d’un même spectacle en passant par les rencontres avec les artistes. 

Quels sont pour vous les enjeux principaux du cirque contemporain ? Par exemple, est-ce que les questions écologiques sont au cœur des créations ?

À mon sens, l’enjeu principal pour le cirque contemporain est de rester en phase avec ce qui l’entoure et de continuer à être un art vivant, renversant, innovant, dynamique et de proximité. Il doit continuer à faire écho aux préoccupations majeures qui traversent la société. En ce sens, l’écologie en est une, au même titre que le genre ou l’égalité entre individus par exemple. Ces thématiques peuvent se retrouver au cœur des créations bien évidemment mais c’est aux artistes de s’en emparer, et aux acteurs culturels de les accompagner. 

Pour revenir à la notion écologique, nous pouvons, en tant que directeur et directrice, mettre rapidement en œuvre des actions et des modes de travail afin de s’emparer de cet enjeu qui devient, chaque jour, un peu plus préoccupant. En développant des nouveau modes de travail comme les tournées concertées, les séries de représentations ou encore les partenariats entre établissements, nous pouvons agir concrètement sur des modes de diffusion plus harmonieux. Il est nécessaire que les lieux de création et de diffusion continuent à être innovant et à l’écoute de leur environnement au bénéfice des artistes et des publics – que je préfère appeler habitants de territoire. C’est en tout cas le pari que nous faisons au Plongeoir – Cité du Cirque : continuer à innover.

Visuel : Affiche 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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