Cirque

Avec « Inbox », le duo de circassiens Soralino se met le public dans la poche

Avec « Inbox », le duo de circassiens Soralino se met le public dans la poche

19 avril 2018 | PAR Mathieu Dochtermann

La programmation des ApéRoches mérite toujours d’être suivie : on y découvre souvent des pépites, comme cet Inbox de la compagnie Soralino. Spectacle intense pour duo jongleur-équilibriste très clownesque, il utilise comme principal agrès et comme décor des cartons de déménagement qui tantôt s’empilent ou tantôt s’envoient en l’air. Tordant, malicieux, accessible, généreux, c’est un spectacle qui invite au délire avec beaucoup d’efficacité. Très recommandé !
[rating=5]

Sur la scène, ils sont deux à faire leur entrée, avec quelque chose de Laurel et Hardy. Si leur accoutrement les rapproche, l’imperméable beige qui leur donne une dégaine inquiétante de pervers patentés, ils ne le portent pas de la même façon : trop grand pour le petit brun nerveux, il est au contraire trop court pour le grand blond nonchalant. On flaire immédiatement le duo comique, alors qu’on nous avait promis du cirque. Alors on attend la suite, curieux de voir ce que vont faire ces drôles de déménageurs en imper’.

Alentour, des cartons de déménagement sont empilés par petits tas en bord de scène. Ils en ont apporté deux en plus, juchés en équilibre sur leur tête. Ces cartons, c’est leur décor, c’est aussi presque leur seul agrès : de lancers en jeux d’équilibre, c’est cet objet si commun qui va occuper la place centrale jusqu’au grand empilement final. Faire spectacle en détournant un objet familier que l’on n’aurait jamais imaginé dans ce rôle : on ne peut nier qu’il y a de la poésie à cela. Tout de même, parce qu’il est difficile de faire spectacle uniquement sur cette base, quelques accessoires seront adjoints au parallélépipèdes beigeasses : des massues de jonglage, pour un intermède un peu plus classique, une échelle pour de périlleux équilibres qui auront pour but de faire monter plus haut les tours de cartons, et un accordéon, pour un accompagnement musical bienvenu.

La maîtrise des différents agrès est tout à fait bonne, et on peut même ajouter que les ratés sont assumés avec beaucoup d’élégance. C’est que les deux artistes ne manquent pas de présence scénique, et encore moins d’humour. Au-delà de l’inventivité et de la maîtrise technique, la grande force de ce spectacle est d’être très drôle. Comme on l’avait deviné dès l’entrée en scène, le duo est clownesque, avec un jeu blanc-rouge bien travaillé et un grand lâcher-prise dans la fantaisie. L’engagement au service des personnages et du spectacle est rendu très sensible dans la capacité à improviser à tout bout de champ, et à jouer beaucoup avec le public. L’aplomb dont les deux circassiens font montre est habituellement l’apanage des artistes de rue qui ont de la bouteille : il semblerait ici que la valeur n’ait pas attendu le nombre des années.

Quand les deux zigotos tirent finalement leur révérence, disparaissant au lointain tels deux cowboys solitaires dans le couchant, la totalité du public est conquise, large sourire affiché aux lèvres. Il faut dire que le bilan est bon : la partie jonglerie était plutôt bien tenue, les rires ont fusé tout du long, et aucun enfant n’a été blessé pendant le spectacle (même si certains d’entre eux ont peut-être été – gentiment – traumatisés, comme cette fillette qui faillit être lancée en remplacement d’un carton).

Alors oui, il arrive qu’une massue retombe mal, qu’une pile de carton offre trop de prise au vent et s’écroule au mauvais moment, mais le défi principal est tenu : tout spectacle de clown est une chose fragile, qui tient à une relation de complicité instaurée avec le public, et à une grande sincérité des acteurs. Et ce défi, ce jour-là, était admirablement relevé.

La compagnie Soralino sera cet été à Aurillac avec Inbox, mais aussi avant cela à Anglet (64), Neuilly sur Marne (93) et à l’Académie Fratellini à Saint-Denis (93).

Concepton et interprétaton: Clément Malin et Caio Sorana
Production: cie Soralino

Visuels: (c) Mathieu Dochtermann

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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