Cirque
Halka par le groupe acrobatique de Tanger : ce spectacle sera politique ou ne sera pas

Halka par le groupe acrobatique de Tanger : ce spectacle sera politique ou ne sera pas

02 octobre 2016 | PAR Araso

La Villette en Cirques est de retour en force pour cette saison 16-17. L’Espace chapiteaux accueille pour l’occasion la dernière création du Groupe Acrobatique de Tanger : Halka, qui puise aux sources d’un art qui naît, grandit, se transmet et se pratique dans la rue. Un spectacle puissant, granuleux et viril qui enchaîne chants traditionnels et tableaux hautement politiques.

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Habitués à une certaine écriture dans le cirque contemporain, on ne se représente pas bien ce que signifie être acrobate, en 2016, à Tanger. Alors on s’imagine. On se trompe. Puis on voit. On voit des hommes et des femmes (deux, très précisément), de tous âges, certains ont des visages d’adolescents.

L’entrée en matière est forte : des hommes pieds nus en chemises et pantalons rustiques marchent en cercle, tenus en laisse à la taille par des bureaucrates. Ils s’en libèrent par l’acrobatie. Une femme entre en scène, cheveux longs et lâches, robe fourreau fendue à la hanche. Un homme entre, lui ouvre les jambes jusqu’au grand écart. Elle l’emprisonne avec ses cuisses. Plus tard, un autre tentera de lui dérober le plateau qu’elle tient : elle le bloquera à la gorge avec son pied. Camouflée sous un plateau, l’autre femme traverse le tableau. Elle est la plus petite de tous. En tailleur, on la retrouve jonchée sur des talons et perchée sur un monticule en petit tyran menant la danse d’une main de fer. Une tyrannie de courte durée : elle sera renversée.

On retrouve les codes de la rue : l’esquive, la ruse, l’humour. La rapidité et la fuite s’encastrent comme les corps compacts et trapus qui courent et sautent, aussi aériens que maladroits. La testostérone règne en maître, les femmes rivalisent de force avec les hommes. Les chants et musiques folkloriques sont d’une poésie troublante. Une partie est traduite sur la feuille de salle, on regrette de ne pas en comprendre le reste tant ils nous prennent les tripes et la gorge :

 « Dans les problèmes, la vague t’a emporté,
Par quel miracle tu survis ?
La vague te submerge, la vague t’emporte,
(…)
Et nous, dans l’eau, nous nageons dans une vague inconstante,
Dans la douleur et la tristesse, le froid et la sécheresse. »

C’est le regard embué et perçant que la bande enjouée dépose à nos pieds une pluie de grains dorés. Du sable ? Des graines ? Seuls importent à ce moment l’intensité du geste et le poids de tout ce qui n’est pas dit.

Une ombre au tableau donne un arrière-goût amer à cette ode à la liberté où la joie et l’engouement sont des invités de marque. La femme qui joue le tyran détache ses cheveux, geste invalidant de facto l’allégorie du despote renversé. Les hommes s’emparent d’elle, la font virevolter en l’air, se la passent de main en main et finissent par se la disputer comme le bouquet de la mariée. Echappée de cette tournante, elle crie et se cache le visage, déshonorée. On ne sait que voir dans cette image dont l’intérêt n’est pas dans la prouesse technique, mais bien dans l’écriture. On doute qu’elle été glissée là par hasard.

Il est difficile de ne pas se laisser embarquer par l’énergie contagieuse de ce groupe uni, authentique et touchant. Dans le public, les enfants jubilent. Les adultes contemplent. On regarde ce spectacle comme on lit le Petit Prince, avec ses multiples degrés.

Visuel © Christian Ganet

Halka, du Groupe Acrobatique de Tanger, création 2016
La Villette en Cirques, Espace Chapiteaux de la Villette, dès 6 ans
Jusqu’au 16 Octobre 2016

Infos pratiques

Autodrome Linas-Montlhéry
BNF-Site François-Mitterrand
Alexander Mora-Mir

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