Cirque

« Dystonie » : rencontre de jonglage à six mains de la compagnie DeFracto

« Dystonie » : rencontre de jonglage à six mains de la compagnie DeFracto

21 avril 2018 | PAR Mathieu Dochtermann

Spectacle présenté dans le cadre du Second Square Jonplopolis et du festival Rencontre des Jonglages de la Maison des Jonglages, Dystonie est une pièce de la cie DeFracto à l’intersection des univers de trois jongleurs. Fortement chorégraphiée et appuyée sur la musique, cette oeuvre creuse une recherche sur l’engagement du corps du jongleur, autant qu’elle explore la façon dont ses paysages intérieurs peuvent colorer sa pratique. Beau, joueur jusqu’à être facétieux, et finalement plutôt fascinant. A voir.

[rating=4]

La compagnie De Fracto avait signé le très beau Flaque, spectacle sous-titré avec beaucoup d’à-propos « jonglage expérimental mais drôle ». Dystonie, le spectacle suivant, qui ne garde de la distribution de Flaque que Guillaume Martinet, était donc attendu au tournant.

Pour être à la hauteur de son devancier, Dystonie devait être intelligent, drôle, transgressif, rythmé, surpenant, tout ces choses là au moins autant que spectaculaire. Peut-être le compte n’y est-il pas tout-à-fait, seule la maturation de ce spectacle très jeune lui permettra de révéler tout son potentiel. Mais, si on est honnête et objectif, on DeFracto tient déjà là un très bon spectacle, de jonglage, évidemment, d’expérimentation, encore, et pas avare d’humour ou de malice, qui plus est.

Le long d’un dispositif bi-frontal longé par deux rampes lumineuses, trois jongleurs évoluent. D’emblée, l’un, Joseph Viatte, se situe à l’écart du duo formé par les deux autres: déjà plongé dans une sorte de transe dansée avant l’entrée du public, dans un coin de la salle, on le quittera dans le même état à la fin du spectacle. Personnage singulier, nu-pied et vêtu d’une jupe, il s’affirme clairement comme évoluant dans son propre univers, menant sa propre procession, au ralenti. Face à lui, un duo dynamique et sympathique, tout en vivacité. C’est lui qui jongle d’entrée de jeu, solo ou duo. Chacun des deux, Guillaume Martinet ou André Hidalgo, révélera sa propre personnalité à mesure du spectacle.

Une grande partie de ce qui se joue tient à cela: la rencontre de trois sensibilités intérieures différentes, qui produisent autant de manières de jongler, de rapports à la balle. L’un semble trouver son plaisir dans l’engagement du corps et la danse, l’autre dans l’intensité du lancer et de l’attrape, tandis que le dernier est dans un rapport étiré au temps et à l’espace. Un trio finit par se former. Des jeux s’enchaînent: se renvoyer la balle sans qu’elle ne tombe jamais, ou au contraire l’esquiver, renoncer à l’attrape pour tirer des feux d’artifices de balles blanches, faire circuler la balle autour de ce camarade si lent… Autant de situations de jeu, autant de chances d’expérimenter différemment l’environnement, comme une manière de réaffirmer que c’est aussi, et fondamentalement, l’un des endroits où se situe l’art du jongleur: un rapport à l’espace.

Mais la recherche ne s’arrête pas au geste. Comme un prolongement de Flaque, Dystonie explore également l’engagement du corps, le rythme qui relie la jongle à la danse et notamment au hip hop, qui la relie aussi à la musique, à toutes les musiques. Autant dire que les territoires sont vastes, que les trois jongleurs ont de la matière à travailler. Mais ils le font toujours avec un plaisir manifeste, sans (trop) se prendre au sérieux, et en ayant soin que l’humour vienne désarmer ce qui pourrait être aride ou austère dans leur proposition.

C’est globalement beau et drôle, c’est toujours extrêmement dynamique, mais s’il fallait y relever un défaut, ce serait une relative absence de dramaturgie. On ne sait ni ne sent pas très clairement ni d’où l’on part, ni où on va. Le final, d’ailleurs, est à l’image de cette imprécision: André Hidalgo range le plateau en chatonnant, Jospeh continue de danser, la situation n’est pas d’une totale clarté.

Au moment de Flaque, la compagnie demandait: « Qu’avons nous à offrir qui ne soit pas déjà sur YouTube ? ». De très beaux gestes, des corps habités par le rythme et par une vitalité incroyable, une capacité à communier entre eux au travers de ces éléments, et, au final, beaucoup de fraîcheur. La rencontre de l’unviers de l’Autre, c’est quelque chose qui ne peut pas se faire par l’intermédiaire d’un écran d’ordinateur.

Celles et ceux qui ont du temps ce samedi en début de soirée seraient bien inspiré.e.s d’aller les voir à 20h30 au Carreau du Temple.

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Création : Guillaume Martinet, Van Kim Tran, André Hidalgo.
Jonglage : Guillaume Martinet, Joseph Viatte, André Hidalgo.
Musique : Sylvain Quement.
Co-mise en scène : Eric Longequel.
Scénographie : Alrik Reynaud.
Costumes : Eve Ragon.
Technique : Grégory Adoir.
Production : Mathilde Froger, Jérôme Planche (ASIN Production).
Production-diffusion : Camille Talva.
Visuels: (c) P. Morel

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