Spectacles

Avignon : A quand une responsabilité sociale du Festival Off ?

29 juin 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

À  J – une semaine de l’ouverture du « Off », la programmation 2010 se prépare sur les héritages de l’édition close dans la joie et l’allégresse le 31 juillet dernier. Si des merveilles comme « Vous plaisantez Mr Tanner », « Sarkophonie » ou encore « Le Mot Progrès Dans La Bouche De Ma Mère Sonnait Terriblement Faux », ont eu un succès bien mérité en 2009, les  conditions d’accès à la gloire laissent à désirer.

Affichage, tractage, racolage : mode d’emploi destiné à tous ceux qui veulent « Faire Avignon »

Trouver un théâtre

Pour donner du rêve à un public nombreux, il faut un théâtre. Comme par enchantement, cours d’immeubles et garages se transforment en salles de fortune, louant pour trois semaines des créneaux horaires à des prix exorbitants : jusqu’à 15 000 euros pour avoir le luxe de se produire, dans des conditions professionnelles, une heure, chaque jour, dans la grande et belle chapelle du collège de la Salle qui a présenté la superbe « Histoire du communisme racontée par des débiles mentaux » de Matei Visniec.

Dormir

Une compagnie qui joue est une compagnie qui dort. Avant même de poser un pied à Avignon, les compagnies sont toutes à la recherche d’un toit. La magie du festival opère à plein : les loyers de la petite ville bourgeoise de province prennent l’allure de ceux des plus chers arrondissements de Paris.

Un beau spectacle, de beaux décors…

Jouer, mais jouer joli, avec un beau décor… qui, encore un tour de magie dans la cité du spectacle, se déplace, sur les autoroutes de France, sans facture ni garantie. Les 980 décors des 980 spectacles ont comme chaque année voyagé en voitures surchargées, en squattant les porte-bagages du TGV, où grâce à des routiers sympas qui se font des extras en vendant 80 euros sous le manteau le mètre cube de camion, sans assurance casse et annulation à l’arrivée.
« Faire Avignon »: oui. Se ruiner : non. Alors, pour se payer les billets retours, les compagnies doivent résoudre l’équation de la rentabilité et venir à Avignon avec des valeurs sûres : une pièce de boulevard jouée des milliers de fois à Paris comme « Du Rififi à la Morgue ». Rivaliser d’ingéniosité, de titres alléchants – « Ma voisine ne suce pas que de la glace » – d’affiches évocatrices – « Faites l’amour avec un belge » et son affiche rébus où le sexe de madame est associé au cornet de frites. D’autres, dans un style différent, viennent à Avignon avec un texte d’auteur célèbre ou une tête d’affiche. La brèche est étroite pour ceux qui osent encore défendre une jeune création, comme par exemple « As the flames rose we danced to the sirens, the sirens » au Garage international  ou encore « Ne jugez pas un homme avant d’avoir marché deux lunes dans ses mocassins » au Collège de la Salle.

Jouer c’est bien, communiquer c’est mieux

Une empreinte écologique délaissée

Une compagnie une fois bien installée, doit se faire connaître et communiquer. Le Off a pour cela demandé en 2009 aux compagnies des 980 spectacles d’éditer 20 000 tracts : au total vingt millions en ont recouvert la vieille cité. Le papier est-t-il recyclable ? L’encre est-elle nocive ? Peut-on minimiser l’empreinte carbone du transport ? La compagnie qui « fait Avignon » n’a ni le temps ni le luxe de se poser de tels problèmes. Qu’importe si le tract est imprimé en Allemagne, livré à Paris puis transporté en voiture jusqu’à Avignon, tant qu’il entre dans un budget minimaliste.

Le festival off est-il le TF1 du théâtre?

Pendant ce temps, le Off se fixe comme seul critère le nombre de spectateurs. En 2009, il s’est vendu 35 240 cartes off : un record qui laisse supposer aussi un nombre record de spectateurs. En s’enfermant dans une logique d’audience, « Le plus grand théâtre du monde » du regretté André Benedetto serait-il devenu le TF1 du théâtre ? Il serait temps que le Festival Off devienne mature, et mesure son succès selon des critères plus responsables, qui ne l’entraîne pas loin des motivations de sa genèse.
Les critères du succès du festival off doivent englober les problèmes structurels qui dépassent de loin les frêles épaules d’une compagnie de théâtre. C’est bien au Festival Off qu’il appartient de penser le transport, le logement, d’affronter ces questions, d’anticiper les problèmes : accords avec des imprimeurs locaux, réservations de résidences étudiantes vides en juillet, conclusion de contrats avec des transporteurs etc.
Il est peut-être temps que l’organisation du Off dépasse son statut de Gentil Organisateur, et prenne conscience de sa responsabilité sociale et environnementale, face aux compagnies, à la ville d’Avignon et à l’environnement.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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