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Audrey Ardiet, Secrétaire générale de La Rose des Vents, nous parle de la 3e édition du Festival DIRE 

Audrey Ardiet, Secrétaire générale de La Rose des Vents, nous parle de la 3e édition du Festival DIRE 

22 décembre 2021 | PAR Yaël Hirsch

Du 11 au 16 janvier, à Lille, alors que La Rose des Vents est en travaux, le Festival DIRE battra son plein à la Maison Folie Wazemmes. Audrey Ardiet, Secrétaire générale de La Rose des Vents, nous parle d’une programmation entre texte et scène, co-réalisée avec l’association Littérature, etc., où Jan Lauwers et Viviane De Muynck côtoient Rébecca Chaillon, Corinne Masiero et Oona Doherty…

Informations et réservations.

Pour lire notre reporting d’une partie de la 2e édition, c’est ici.

Quel est le contexte de création de cette nouvelle édition ?

La deuxième édition était particulière parce que nous avons réussi à maintenir en plein confinement deux temps professionnels en mars 2021. Pour cette 3e édition, le Festival retrouve ses dates en janvier. Ainsi, certains spectacles à côté desquels on ne pouvait pas passer sont des reports, comme Molly Bloom de Jan Lauwers et Viviane De Muynck. C’est d’ailleurs un spectacle assez emblématique pour DIRE, qui célèbre le mariage entre la littérature et les arts de la scène. Un mariage entre ce que l’on sait faire à La Rose des Vents, c’est-à-dire une programmation de spectacles vivants, et la spécificité de Littérature, etc. : proposer des œuvres littéraires innovantes. Aurélie Olivier de Littérature, etc. a fait de nombreuses propositions dont un travail magnifique avec les Lettres aux jeunes poétesses. Elle a contacté des poétesses francophones de tous âges et leur a posé une question simple : qu’est-ce que vous écririez à une jeune poétesse aujourd’hui ? Le résultat, ce sont 21 lettres intenses, parfois drôles, parfois plus caustiques, chacune avec un style très différent. Dans certaines missives, les poétesses s’écrivent à elles-mêmes quand elles étaient plus jeunes. D’autres lettres sont des conseils, voire des avertissements. Le message principal est que, quoi qu’il en coûte, si l’on a le désir d’écrire, il faut le suivre. Pendant le festival, 6 des 21 poétesses mobilisées pour le projet seront présentes pour lire leurs lettres. Ce sera aussi l’un des moments emblématiques du festival. 

Le festival a lieu à la Maison Folie Wazemmes, pourquoi ce choix ? 

La Rose des Vents est en travaux de rénovation, c’est la raison pour laquelle nous nous essayons au nomadisme durant cette saison, avec une quinzaine de lieux différents dans la métropole de Lille. Pour le festival DIRE ce sera la Maison Folie Wazemmes, qui est un lieu magnifique. Il y a plusieurs espaces possibles : la salle de spectacle, un très grand salon dans lequel se tiendra la scène ouverte, une auberge qui permet des temps de respiration et où aura lieu la vente des livres du festival par la librairie L’Affranchie. Nous avons beaucoup de chance d’être accueillis là-bas. 

Le thème des femmes, qui ressortait beaucoup l’an dernier, est de nouveau présent, notamment avec Rébecca Chaillon ?

Si ce n’est pas un mot d’ordre conscient à la conception de la programmation, il est vrai que les femmes et leur prise de parole sont très présentes. Rébecca Chaillon pose la question de ce que c’est d’être une femme noire aujourd’hui en France. Elle rassemble ainsi sur le plateau une distribution de femmes artistes afro-descendantes. Ce spectacle exprime ainsi la volonté du Festival de montrer la diversité, de faire entendre des voix qu’on n’entend pas assez.

En ce qui concerne le renouveau cette année, il y a quelque chose d’organique, d’animal et de brut dans les thématiques abordées… 

L’idée de « Bête de scène » ressort en effet dans la 3e édition du festival, entre Viviane De Muynck, Thierry Raynaud, Rébecca Chaillon, Corinne Masiero ou encore la danseuse Santi Veyrunes. Ce sont vraiment des interprètes qui explosent sur scène.

Il y a cette autre vocation du festival qui est de faire découvrir des textes… Il y a notamment la mise en scène d’un premier roman ?

C’est une mise en scène par Hubert Colas de L’été des charognes de Simon Johannin, un tout jeune auteur. C’est en effet une spécificité du festival DIRE de faire connaître des textes d’auteurs peut-être moins référencés. Hubert Colas est d’ailleurs quelqu’un qui œuvre beaucoup pour la mise en lumière de textes contemporains, notamment à travers son festival Actoral. Dans cette lignée, il y a aussi le texte de Jeanne Lazar : elle écrit sur la vie et l’œuvre de Daniel Darc. C’est étonnant car elle plonge régulièrement dans les années 1980, avec cet intérêt pour la culture pop. L’année dernière elle a présenté au Festival DIRE un spectacle sur le thème de l’émission de télé avec Nelly Arcan et Guillaume Dustan. Cette année, elle aborde sous la forme d’une émission de radio la vie de Daniel Darc. Le texte est en cours de finalisation, nous aurons donc droit à la toute première représentation pour le festival DIRE. 

DIRE présente à la fois des têtes d’affiche et des talents moins connus du grand public. L’équilibre est très harmonieux, comment arrivez-vous à l’agencer ?

C’est justement grâce à la collaboration de La Rose des Vents et de Littérature etc. qu’on arrive à créer une programmation unique. Nous n’avons pas le même réseau d’artistes etc… Et en conséquence notre attention se porte de manière différente sur les festivals, les lieux et les rencontres. 

Le fait que tout ça se passe dans le Nord, est-ce particulier ? Je pense à Corinne Masiero, qui est originaire de Douai.

Effectivement, c’est une figure populaire du Nord, bien qu’elle ne soit pas forcément attendue au théâtre. Dans la création Le Parrain IV / Opér’Art Brut, elle n’est pas seule sur scène, mais accompagnée de Dominique Manet, Audrey et Stéphanie Chamot. Il s’agit de témoignages de femmes ayant été violentées, un sujet sensible, traité de façon engagée. Corinne Masiero nous a demandé de pouvoir contacter une association de défense des femmes qui puisse être présente le soir-même, s’il y a des femmes qui souhaitent se renseigner après la représentation. Elle nous a même alertés sur certains textes très durs, qui peuvent heurter la sensibilité de certaines personnes. Ce sera sans concession et ça ne nous laissera pas indifférents ; et c’est ce qu’elle souhaite. Cela correspond à sa personnalité, qui va droit au but.

Qu’en est-il de l’aspect participatif du festival ? L’année dernière, un atelier d’écriture avait été organisé sur Zoom. Cette année il y a de nouveau un atelier d’écriture, et même une scène ouverte !

Effectivement, le public est très friand des ateliers d’écriture. La scène ouverte est une nouveauté pour nous. C’est peut-être quelque chose de plus habituel pour la Maison Folie Wazemmes, un lieu qui s’y prête bien. De notre côté, nous avons fait appel à une artiste qui s’appelle Law, qui est très impliquée dans l’écriture, dans la musique, le slam. Elle sera donc maîtresse de cérémonie. Milady Renoir, qui anime l’atelier d’écriture, sera également présente dans la salle pour gérer les ordres de passage, s’assurer de la variété des textes lus sur scène etc… Quel public sera là pour cette scène ? Les gens vont-ils facilement prendre la parole ? C’est une surprise !

Visuels : Molly Bloom © Maarten Vanden Abeele (couverture), Le Parrain IV © Nikokamera, L’été des charognes © Marc-Antoine Serra, Hope Hunt © Mona Blanchet et affiche du festival

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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