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Au Centre (Bénin), la photographe Sophie Négrier revient sur ses 10 ans de carrière !

Au Centre (Bénin), la photographe Sophie Négrier revient sur ses 10 ans de carrière !

06 février 2022 | PAR Chloé Coppalle

Ce mercredi 2 février, la photographe Sophie Négrier venait présenter son travail dans le cadre d’une rencontre-discussion organisée au Centre, espace transdisciplinaire situé à Abomey-Calavi, au Bénin ! L’occasion de revenir sur une œuvre aux multiples thématiques, conduit par un fil rouge : le corps, et la photographie en noir et blanc.

La première reconnaissance de l’œuvre de Sophie Négrier : une réflexion sur les coiffures béninoises.

Sophie Négrier se fait d’abord connaître pour ses photographies visant à mettre en lumière la forme sculpturale des coiffures béninoises. Elle commence à étudier la question de la coiffe durant ses études, en France. Arrivée au Bénin il y a dix ans, elle présente dès 2012 un première grande série photographique intitulé Dabibla, mettant en avant différentes techniques capillaires, qu’elle demande construites comme des monuments sur la tête des modèles. Cette série donnera lieu à une exposition en duo avec le sculpteur Marius Dansou, qui réalise des sculptures en métal interrogeant également l’aspect sculptural de la coiffe. Intitulée « Dabibla », du nom éponyme de la série de Sophie Négrier, et organisée à l’Institut Français de Cotonou, c’est en salon de coiffure que les deux artistes eurent l’idée d’aménager la salle d’exposition !

Plus tard, c’est sur le crâne rasé que Sophie Négrier développe son travail. En 2017, l’artiste propose, entre autre, trois photographies représentant trois femmes, de dos : une enfant, une adulte, et une personne âgée, sur la tête desquelles nous pouvons imaginer des coiffures. Ces travaux seront exposés lors de l’événement « Reflets. Qui êtes-vous ? », au Centre, une nouvelle fois en duo avec le sculpteur Marius Dansou.

En 2017, l’Institut Français de Cotonou organise son premier solo show, intitulé « Juste un peu petit pour ne pas être trop grand », qui résultait de toutes ses réflexions, et notamment de celle de l’accrochage ! En effet, alors que la photographie est une histoire de lumière, l’artiste proposa d’exposer une salle dans le noir. Les clichés étaient simplement éclairés par un néon bleu, pour que seuls les blancs des photographies ne ressortent.

Les Icamiabas : le travail de Sophie Négrier sur les Amazones.

En 2017-2018, Sophie Négrier participe à l’exposition « Amazones », au Centre d’Abomey-Calavi. L’événement vise à mettre en lumière ce régiment exclusivement féminin mal connu, créé par la reine Tassi Hangbé (1708-1711). En s’intéressant à leur histoire, la photographe se rend compte qu’il y a un intérêt pour leur poitrine, porté par différents mythes, comme celui disant qu’elles auraient la poitrine coupée. Cet intérêt provient notamment du fait que les descriptions qui nous sont parvenus sont des descriptions d’hommes. Pour interroger cette histoire, Sophie Négrier expose alors un mur de photographies de seins provenant de différents modèles intitulé Icamiabas. Parallèlement, elle réalise des cartes d’identités sans noms de famille, car il est souvent le nom du mari. La photographie d’identité est celle de la poitrine exposée sur le mur, et les trois nationalités représentées sont le Brésil, le Bénin et la France, car ce sont dans ces trois pays que l’on parle des Amazones. Cette question sur la place des figures féminines se poursuit en 2017 quand elle participe à l’exposition collective « [In]visibles » à l’Institut Français, entourée des artistes Moufouli Bello, Sènami Donoumassou, Joannès Mawuna, et Ishola Akpo.

La question du format : entre nombre d’or et nombre Pi.

 

Un autre grand point soulevé lors de la rencontre a été l’importance du grand format, qu’elle calcule souvent autour du nombre d’or (environ égal à 1.618), et quelques fois autour du nombre Pi (environ égal à 3,141). Pourquoi ce choix ? Car le nombre d’or est partout. Sur les carapaces des tortues, ou en architecture, le nombre d’or est un des nombres les plus présents autour de nous. C’est pour capter cette échelle du réel que Sophie Négrier a trouvé sa propre formule : en divisant la longueur avec la largeur de ses photographies, elle doit obtenir 1,618. Alors que la dimension 1.618 ancre profondément son travail dans le réel, le grand format permet d’en amener une autre perception. De la même manière en découle le choix exclusif du noir et blanc, unique répertoire chromatique de Sophie Négrier, qui met en lumière d’autres « vibrations », selon les mots de l’artiste.

En somme, la rencontre-discussion organisée au Centre a été particulièrement intéressante pour découvrir la pertinence de son propos et la qualité de ses images. Le public nombreux présent ce soir a ainsi pu connaître, ou mieux connaître, une artiste dont le travail est encore malheureusement peu diffusé en France, et surtout sur lequel il manque des écrits.

Visuel : ©Le Centre

Lieu : Le Centre

Adresse postale : Rue du Collège la Plénitude (zone PK14), Abomey-Calavi (Bénin)

Le Centre est un espace composé d’une bibliothèque, d’un espace d’exposition temporaire, d’un espace scénique, d’un bar, d’ateliers, de résidences, et du Petit Musée de la Récade (espace muséal consacré à la récade, bâton royal datant de l’ancien Royaume du Danxomè (XVIème siècle – 1894), dont la production se poursuit de l’époque coloniale (Colonie du Dahomey, 1894-1960) à nos jours).

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