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« Actes IV » des Planches de l’ICART : rencontre avec deux finalistes !

« Actes IV » des Planches de l’ICART : rencontre avec deux finalistes !

02 mars 2021 | PAR Manon Bonnenfant

A l’aube de la finale du concours des Planches de l’ICART, nous sommes allés à la rencontre de deux finalistes talentueuses : Marie Mahé, comédienne, et Capucine Gourmelon, humoriste. 

Fortes de son troisième acte, les Planches de l’ICART sont de retour, toujours dans l’optique d’apporter un coup de pouce aux jeunes talents dans le spectacle vivant. Pour la première fois, un thème a été pensé pour les artistes : l’héroïsme. Et comme chaque année, les finalistes auront 7 minutes pour convaincre le jury qui décernera un des deux prix prévus, le deuxième étant remis par le Public – Artistik Rezo. Ils sont désormais 10, 10 finalistes tous aussi talentueux les uns que les autres, en attente de la représentation finale prévue pour le 8 mars au Théâtre du Gymnase Marie Bell.

 

Bonjour Marie, bonjour Capucine. Tout d’abord, comment vous sentez-vous à l’approche de la remise du prix ? Qu’en attendez-vous ? 

Marie : Bien. Je me sens bien. J’ai hâte que ça arrive. C’est un évènement qu’on attend tous, et le contexte fait qu’on a – je pense – très envie de monter sur scène et dire des choses en rapport avec l’héroïsme. L’ambiance dans laquelle on est, le contexte fait qu’on a tous très hâte – je me permets de parler au nom de mes camarades. En tout cas en ce qui me concerne, j’ai très hâte. Pour ce que ça m’apporterait, c’est plus difficile à dire… Sans vous mentir, cela m’apporterait de la joie. Je me dirais que le prix est fait pour un sujet, j’en ai choisi un particulier, et que le fait d’avoir embrayé dessus me donnerait envie de l’approfondir encore plus. 

Capucine : Là actuellement, je suis dans le déni ! J’ai eu mon coaching il y a deux jours avec une comédienne, c’était très intéressant. Ensemble, on a travaillé sur mon texte et je commence à réaliser que ça arrive, qu’il faut que je travaille. Le stress est là mais je suis de tout de même très enthousiaste et j’ai vraiment hâte d’y être ! Quant aux attentes, je ne préfère pas forcément en avoir et me projeter, juste être contente de m’éclater sur les planches du Théâtre du Gymnase, revoir mes camarades, un semblant de public et rencontrer de nouvelles personnes. Restons dans le moment présent. 

Après avoir visionné vos performances, ce thème de l’héroïsme évoque chez vous des ressentis différents : les « petits actes du quotidien » pour Marie et les « modèles » familiaux durant l’enfance chez Capucine. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ? S’il y avait eu quelques minutes fictives de plus ?

Marie : Je pense que je l’ai dit en l’écrivant. On m’a posé beaucoup de questions par rapport à pourquoi est-ce que j’ai écrit ce texte. Sans m’épancher dessus – car ce que je dis se suffit à lui-même – je pense qu’on est tous concernés de près ou de loin par ce qu’il s’est passé. Pour moi, c’est un sujet qui me touche beaucoup. Je pense que c’est triste bien sûr et que ça ne devrait plus exister à notre époque. Quand j’ai écrit ce texte, en partant des 7 minutes réglementaires, je l’ai écrit en ne sachant pas trop combien de temps ça allait mettre, en me disant que je couperai éventuellement des choses, ou au contraire en rajouterai. Et quand je l’ai joué, cela faisait pile 7 minutes : tout ce que j’avais voulu dire tombait parfaitement dans les temps, sans avoir fait de détour. C’est vrai que je n’ai pas pensé à comment je développerai davantage le sujet s’il y avait eu des minutes supplémentaires. J’en suis à là : au présent, à ce que je dis le 8 mars.  

Capucine : Ce thème n’était pas facile, il favorisait la prise de directions multiples. J’ai tout de suite pensé à l’enfance, et c’est ce que je raconte : tout est fou lorsqu’on est petit, tout est incroyable, et beaucoup d’anecdotes avec mes frères et sœurs me sont venues. C’est vrai qu’ils s’amusaient à tout et n’importe quoi, et je les idéalisais quelque peu. Durant des années, j’ai cru que ma sœur était championne du monde de badminton, elle qui n’a littéralement jamais fait de sport, et j’y ai pourtant cru jusqu’à mes 10 ans ! Puis le temps est passé et aujourd’hui, je suis loin d’être une héroïne, je préfère parler de choses ordinaires. 

Question toute bête en apparence mais intemporelle : quelles seraient vos plus grandes inspirations ? Pas seulement dans le stand-up ou le théâtre, mais aussi et surtout dans ce thème ?

Marie : C’est une question politique ! Tout ce que j’ai envie de faire, tout ce que j’écris et défends sur scène – quand je suis comédienne – dépend de mon metteur en scène. Si l’on parle des diverses étapes et interactions dans mon métier, c’est encore autre chose. Si je suis uniquement comédienne, sans écrire le texte ni le mettre en scène, ce qu’il se passe souvent c’est que je me la boucle ! (rires) Je peux avoir un fort tempérament. Je viens tout juste de sortir de l’Ecole Nationale et j’y ai travaillé avec un metteur en scène qui m’a vu jouer, donc il me connait un peu. La plupart du temps, les sujets me plaisent par chance, je vais prendre en exemple la pièce Don Juan de Molière. La place de la femme y est très importante, c’est une des rares pièces classiques où la femme est un personnage, un genre mis en valeur et défendu et cette pièce m’intéressait pour cette raison-là. Je prends part à ce projet-là – politique comme je le disais – en incarnant Dame Elvire. Participer à ce que le metteur en scène veut défendre est très important pour moi. A partir de là, il a sa vision du spectacle, de la femme et je pense qu’à partir du moment où il m’a choisie, il aura une idée en accord avec ma propre vision de ce combat où j’y ai presque quartier libre. Pour ce personnage, on s’est vraiment mis d’accord dès le départ : j’arrive sur scène et ne me laisse pas du tout abattre, le côté « pleureuse », stéréotypé de la femme trompée est balayé pour montrer ma défense de cette femme corps et âme. 

Capucine : Je ne sais pas si je vais donner une bonne raison (rires). Ce qui m’inspire finalement, je dirais que c’est notre quotidien tel que nous le connaissons. Que ce soit des scènes de vie, des souvenirs qui peuvent parler à tout le monde. Et c’est précisément ça que j’ai envie de retranscrire et transmettre un peu. Je reste sur des choses assez simples. 

Capucine, j’ai lu que vous vous étiez présentée au concours d’éloquence de l’Audencia Business School en 2017. Vous racontiez qu’un tel évènement avait considérablement aidé à prendre confiance en vous. Au regard de votre parcours, quels conseils clés donneriez-vous aux jeunes filles, en particulier qui peinent à « s’imposer » ?

Il est vrai que parler devant tout un public n’est jamais facile ! Lorsque j’en parle avec les gens autour de moi, beaucoup me disent « je ne suis pas capable de faire ceci ou cela », alors qu’en réalité je pense que tout le monde peut le faire, tout le monde a un potentiel au fond de soi. Il y a simplement des personnes qui se posent moins de questions que d’autres et qui foncent sans trop réfléchir. D’autres peuvent aussi être dans le déni en évitant d’y penser, mais ils se lancent quand même. Il faut sortir de sa zone de confort, c’est très important. Se lancer des défis, des petits challenges et être fier de soi, quelle que soit l’étape franchie, de la plus minime à la plus importante. Je crois qu’il faut tenter. Avec notre situation actuelle, c’est encore plus dommage de ne pas tenter des choses et presque se retenir de « vivre ». Il ne faut pas croire que c’est simple ! Je n’avais jamais fait de concours avant celui de l’Audencia. Quand ils ont appelé mon nom et que je me suis retrouvée au pupitre, devant près de 500 personnes, je n’étais pas à l’aise. Et au final, c’était très intéressant et j’en suis ressortie en me sentant « libre », libre d’être sortie de ma zone de confort et que tout se soit bien déroulé. 

Comment avez-vous donné vie au texte ? 

J’ai essayé de partir d’une problématique et de raisonner comme pour un concours d’éloquence. J’ai ensuite adopté des passages plus stand-up, tout en gardant cette touche de discours. C’est un mélange qui donne un rendu assez fluide. Certains passages ont aussi été travaillés avec ma coach, histoire de les rendre encore plus « punchy ». 

Marie, comment avez-vous travaillé ce texte  relié au thème ?

C’était un travail tout naturel ! L’écriture s’est faite très vite, spontanément. C’est un texte que j’ai écrit pour moi avant tout, donc je le dis avec mon cœur, au présent, à chaque fois que je le fait. Et je peux même dire qu’à partir du moment où je l’ai écrit, c’est comme si je l’avais déjà joué. Tout était déjà dans ma tête, et dès le moment où je l’ai formulé, verbalisé, j’ai senti que ce texte était en accord avec moi-même car je parle avec mon cœur ainsi que la nécessité que j’ai eu d’écrire toutes ces lignes. Chaque interprétation me donnera des sensations différentes car je suis au présent et je parle à un public face à moi. Avant de monter sur les planches, je dois simplement me dire « je dois raconter ça ». Ce n’est définitivement pas un texte que je « travaille » à proprement parler, que je répète en me disant « ça, ça va, ça, ça ne va pas ». L’idée de résultat n’était pas là, juste la spontanéité. L’écriture, l’interprétation de ce texte consistait en une évidence pour moi. Je me suis énormément renseignée sur le sujet et est venu un moment où je me suis tout de même posé la question de la légitimité, était-ce juste ou non ? Mais oui, ça l’est, car c’est mon métier dont le but premier est de donner de la voix – par le biais de ma sensibilité, de défendre le monde – sur scène aux femmes trop peu écoutées, et c’est encore là que ça rejoint la politique. 

Que pensez-vous de la place du numérique grandissante vis-à-vis de vos domaines respectifs, en particulier dans le contexte actuel ?

Marie : Si l’on prend en compte la situation liée au Covid, elle a beaucoup accéléré les choses. Covid à part, je pense que le numérique peut être pratique comme il peut être « fourbe ». Par exemple c’est tout bête, on m’a demandé il y a très peu de temps une captation d’un spectacle que je mets en scène, et cette captation ne rend pas du tout compte de ce spectacle… Le théâtre devant soi et le théâtre sur un écran ne rend absolument pas pareil. Autre exemple : j’ai regardé la captation d’un spectacle à la TV et je me suis dis « si c’était mieux que du théâtre, on ferait tous du théâtre en numérique ! » On ressent le côté pratique en ce moment, et encore, mais mis à part ça, c’est la mort du théâtre en soit ! C’est du spectacle vivant, pas mort. J’espère qu’une fois le secteur culturel dégelé, le public aura envie de revenir nous voir dans les salles.

Capucine : C’est chouette qu’on ait ça, encore plus ces temps-ci, ça crée énormément d’opportunités. On a un réel outil entre nos mains, qui nous permet de nous lier avec des centaines et centaines de personnes, je trouve ça fou. Après, je trouve que rien ne changera, ne remplacera jamais le fait d’être sur scène face à un public, les interactions qui nous lient. Pendant le premier confinement, je me suis amusée à faire des vidéos sur Instagram et c’était top, mais je préfèrerais toujours me produire en physique et avoir du contact. 

La finale sera retransmise en direct sur Twitch (les places sont à réserver, juste ici). Au terme de celle-ci, les gagnants des prix recevront une dotation de 1500€ (pour le prix du Jury), et 1000€ (pour le prix du Public-Artistik Rezo). 

 

Visuel : Affiche officielle réalisée par Chiara Combes (@chiaracombz).

 

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