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Face à face avec Judith Joy Ross au BAL

Face à face avec Judith Joy Ross au BAL

15 juillet 2022 | PAR Rachel Rudloff

A deux pas de la place de Clichy, Le BAL vous présente les photographies de Judith Joy Ross réalisées entre 1978 et 2015, mêlant intime et politique. Profitez-en, jusqu’au 31 juillet, pour un billet acheté on vous en offre un deuxième ! 

 

Photographier l’empreinte de la perte  

Sans filtre dans son discours, peu à l’aise à l’oral, la photographie représente pour l’artiste un moyen de communication et d’expression privilégié. La mort de son père à 20 ans déclenche en elle l’envie de travailler sur cette perte et ce qu’elle provoque, d’abord chez elle, puis chez les autres, ce qui sera le fil conducteur de son travail. L’exposition s’ouvre sur des clichés du magasin de son père en Pennsylvanie. Ce seront les seules photographies, avec celles plus tard de son ancienne école, qui ne seront pas des portraits, mais des instants capturés dans des lieux vides, comme pour dire le temps qui s’arrête. En déroulant ce fil conducteur de la perte, elle va s’intéresser petit à petit à la jeunesse de sa région d’origine. 

Sa technique photographique – elle travaille à partir d’une chambre noire -, développant ses photos avec une fine pellicule d’or, donne à chaque série une couleur plus ou moins sépia, leur attribuant ainsi un aspect unique. Judith Joy Ross privilégie la forme du portrait : elle regarde dans les yeux celui ou celle qu’elle photographie, rendant compte de l’atmosphère qui traverse le corps, le visage, lui donne une couleur et une sensibilité essayant de retrouver sa propre jeunesse perdue. 

En s’intéressant ainsi aux autres, elle va petit à petit se tourner vers d’autres histoires, d’autres pertes, cette fois beaucoup plus politiques. Travaillant toujours à partir de son intuition, sans jamais avancer de grandes théories, elle va se mettre à poser des questions morales et philosophiques à travers ses portraits. « Ces photographies racontent quelque chose qui fait écho à nos propres vies, pourtant ce sont bien des portraits d’inconnus. La frontière entre eux et nous se brouille. Finalement, de qui cette photographie est-elle l’histoire ? La nôtre. » Ainsi, progressivement, elle va photographier non plus l’empreinte des pertes individuelles, mais celle des grands événements historiques et des décisions politiques entre la fin du XXe et le début du XXIe siècle. 

 

Faire face : une photographie politique 

Des familles se recueillant sur le mémorial des anciens combattants au lendemain de la guerre du Vietnam, aux personnes vivant à Eagle Rock en face des tours jumelles après le 11 septembre en passant par des citoyens manifestants contre la guerre en Afghanistan, Judith Joy Ross compose avec son temps, cherche dans les regards l’impact immédiat de ces tragédies sur ses concitoyens. 

Dans ces thèmes qui reviennent régulièrement, la guerre, le conflit et ses conséquences, la pratique photographique de l’artiste n’est jamais dénuée de nuances : elle prend autant de clichés des familles se recueillant sur le mémorial des combattants du Vietnam, que des hommes et femmes politiques responsables de ces combats. Avec cette démarche, elle dérange, interroge : que nous reste-t-il de commun ? Des postures, des regards ? Qu’est-ce qui nous rend humain ? 

Cette réflexion autour de l’humanité et son avenir va parcourir son travail photographique, sans jamais devenir une considération pompeuse. Bien au contraire, Judith Joy Ross s’intéresse au réel. A travers les portraits des jeunes de son quartier à Philadelphia par exemple, ou encore sa série dans le XVIIIe arrondissement parisien, elle relève ce que notre traitement de la jeunesse dit de nous : les jeunes sont tous statiques, figés dans ses portraits, immobilité forcée, mais tous prêts au mouvement (sur des terrains de sports, un ballon à la main, sur un vélo, au skate-park).

Ainsi, cette photographie politique va lui permettre de donner une complexité, une sensibilité à celles et ceux déshumanisés : les personnes noires, les jeunes de quartiers populaires, la classe ouvrière. A travers ses clichés en noir et blanc, elle permet aux photographiés d’incarner une époque, un moment, de donner une matérialité aux événements et à des concepts abstraits – la guerre, la démocratie, la jeunesse. En somme, elle nous permet de voir le monde comme on ne l’a jamais vu : « voir c’est arriver à déceler le sens profond, la poésie de ce que l’on voit »

 

Visuel : affiche officielle de l’exposition. 

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