Musique
Zapping musical et culture du single, la mort de l’album est-elle annoncée ?

Zapping musical et culture du single, la mort de l’album est-elle annoncée ?

07 avril 2012 | PAR Francois Colombi

Comment se consomme la musique en 2012 ? Inutile de préciser que les ventes d’albums se cassent la gueule depuis des années, mais ont connu un très léger mieux en 2011. Si les sites de streaming musicaux  battent des records de fréquentation et les iPod se vendent par millions, ils ont très largement modifié la manière de consommer la musique, ainsi que le concept même d’album. Face à un auditeur cliquant et changeant  de morceaux à tout va, la musique à l’image du monde s’est accélérée.

On ne fera pas ici un éloge du support physique. Que ce soit en CD ou en vinyle, la nostalgie et la perte de ces derniers supports fera (peut-être) l’objet d’un autre article. C’est donc la manière de « consommer » (terme étrange qui s’apparente plutôt pour des yaourts ; on préféra donc le mot « écouter ») qui nous importe ici. Les sites de streaming musicaux tel que Deezer et Spotify ont véritablement transformé la manière d’écouter la musique. Avec respectivement 20 et 10 millions d’utilisateurs ils sont depuis 2006 les acteurs de ce bouleversement musical. Afin de rémunérer salariés et artistes, les plages musicales sont entrecoupées de publicités qu’il est impossible de faire passer. La question est, où est le respect de l’œuvre, fruit du travail de l’artiste, des musiciens et du mixeur quand une publicité hache et transforme l’écoute ? Prenons un exemple simple tel que le Dark Side Of The Moon des Pink Floyd. L’album, bien que constitué de plusieurs pistes, n’est à l’oreille qu’une seule et même chanson, un peu comme un petit voyage de 43 minutes. Entrecoupez chaque chapitre d’un film d’une seule publicité et cela devient très vite insupportable. Et il en est de même pour ces sites qui proposent un catalogue musical impressionnant et permettent la découverte d’artistes méconnus, mais contre leur volonté, ils  encouragent à n’écouter qu’une chanson et rien d’autre. La musique a toujours été payante et doit le rester. C’est pourquoi les différentes plateformes proposent un service payant sans publicité. Cependant la part d’argent redistribuée aux artistes par les plateformes de streaming reste toujours un petit peu floue, mais c’est un autre problème…

Apple et son célèbre iPod ont eux aussi transformé la pratique de l’écoute. Pouvant contenir plus de 160 gigas de musique, la tablette de changer perpétuellement de chanson sans vraiment en écouter une jusqu’au bout. Comme tout est numérique, on ne parle plus d’album, mais de « giga » de musique. Tu as combien de gigas de musique toi ? Moi j’en ai 136, ça fait 13 jours de musique non-stop. La notion d’album disparaît ainsi au profit de calculs binaires. Dommage. On revient au débat support physique contre numérique. Le fait de posséder et donc d’acheter un album poussait l’auditeur à écouter le disque. N’importe quel titre étant écoutable gratuitement on ne prend plus la peine de l’exhaustivité. Comme si une chanson perdait de sa valeur.

Accessible partout, la musique depuis le début des années 2000 connait un autre changement. Deux nouveaux acteurs  fragmentent les albums en titre unique . Le premier est l’iTunes Store qui permet d’acheter des titres à l’unité. Vendant une chanson à 99 centimes, elle en  a déjà écoulé 10 milliards. Même si le 45 tours existe depuis 60 ans, il semble que la culture du single soit à son apogée.

Le site Youtube a lui aussi un rôle  important à jouer dans ce phénomène. En effet, le site enregistre ses principaux records de vues grâce à des vidéos musicales et des clips. Les deux « artistes » que sont Justin Bieber et Lady Gaga arrivent en tête avec plus de 2 milliards de vues sur le site. Clip et single semblent donc être le bon moyen de vendre de la musique aujourd’hui.

Ce n’est pas parce que plus personne n’écoute d’album qu’il faut crier au désespoir. Il faudrait juste constater que la musique est peut être descendue d’un échelon. Sacralisée dans les années 1970, elle l’est peut-être moins aujourd’hui, compte tenu de son accessibilité quasi illimitée. Si le concept d’album est né au début des années 1960, peut-être est-il destiné à s’éteindre et à laisser place au single ou autre maxi, comme c’était le cas par le passé.

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Francois Colombi

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