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Les Suds à Arles : Gilberto Gil ouvre en beauté métisse

Les Suds à Arles : Gilberto Gil ouvre en beauté métisse

11 juillet 2018 | PAR Thomas Gayrard

Le grand capitaine du tropicalisme brésilien, un temps Ministre de la Culture sous Lula, nous emmène en excursion aux Suds d’Arles, dans le sillage d’un de ses albums fondateurs, à travers un archipel de sons afro-brésiliens et de talents singuliers.

Dès sa première nuit tombée, le Festival des Suds à Arles aura commencé en fanfare, dans un vent du soir comme venu de loin et chargé d’euphorie : à mesure qu’on passe sous la grande tour de son théâtre antique, le concert des klaxons qui retentit dans la ville pour célébrer l’équipe de France, se charge de percussions et de cuivres plus exotiques. Car le monument ce soir, plus encore que les deux colonnes héritées des Romains, c’est le quasi octogénaire Gilberto Gil. Il débarque ici en chef de file – avec son compagnon de route Caetano Veloso, il incarne le mouvement tropicaliste brésilien, ce courant né dans les sixties, hippie et syncrétique ; en chef de tribu – il arrive accompagné d’une impressionnante formation foisonnante d’instruments ; et même en chef de famille – il côtoie sur scène son guitariste de fils Bem, et en guise de chorus, son aînée Maria, sa belle-fille et jusqu’à sa petite-fille, une choupinette qu’on s’étonne de voir debout à cette heure !

Quoi de plus normal que de s’entourer de ses proches quand on fête un anniversaire : les 40 ans de Refavela, album culte tout résonnant d’Afrique, retentissant même du balafon, sorti dix ans après le disque manifeste Tropicàlia ou Panis et circencis. Et pourtant, plus que les standards d’alors, ce sont les pas de côté qui éblouissent le plus, qui émeuvent aussi parfois : la voix velours made in Cap Vert de la splendide Mayra Andrade, l’accordéon doux et fou de Mestrinho, l’énergie rock que font soudain exploser les cordes électriques du fiston sur le titre Sandra, ou encore un Everything’s Gonna Be All Right « refavellisé » en hommage au grand Bob.

La machine à chalouper vogue vite et bien, presque trop parfois

En maître Loyal de ce cirque tropical, officie le charmeur Gilberto Gil, beau sourire ridé et jolie voix lézardée, éraillée par l’âge – il nous a fait penser au marbre deux fois millénaire dressé derrière lui. Le patriarche orchestre baiaos du Nordeste, bossas novas et sambas funk avec la sûreté d’une partition sans fausse note, jusqu’aux rappels millimétrés. La machine à chalouper vogue vite et bien, presque trop parfois, pas aussi ouverte à la rencontre avec le public que pourrait faire espérer tant de moiteur (on aura tout de même eu confirmation que le futbol rend tout à fait fous les Brésiliens, quand Gilberto félicite les Bleus pour la performance du jour et déclenche l’hystérie d’une compatriote, secouant le drapeau national et hurlant « Brasi’ ! Brasi’ ! »).

Mais quand la musique s’arrête, il nous vient comme un mal de terre, tant deux heures durant on a tangué sur cette houle, tantôt bercé par une saudade de hamac, tantôt balancé d’un roulis de carnaval. Ainsi échoué sur la plage du théâtre antique quand la dernière vague fait ressac, chaud pour un dernier DJ set dans le bien nommé lieu Croisière, on ne peut qu’être reconnaissant au capitaine d’un tel voyage : muito obrigado Gilberto !

Visuels : Thomas Gayrard

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