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Les Suds à Arles : Angélique Kidjo, Roberto Fonseca et Tshegué prennent l’espace

Les Suds à Arles : Angélique Kidjo, Roberto Fonseca et Tshegué prennent l’espace

12 juillet 2018 | PAR Thomas Gayrard

Fidèle à sa réputation de mélanger les genres, le festival de musique des Suds  réussit une seconde nuit sous influence afro-caribéenne, illuminée par l’énergie généreuse et métisse d’artistes accomplis.

En première partie de cette seconde soirée des Suds, le ciel d’Arles s’illumine d’une star originaire du Bénin, passée par Paris et installée à New York : Angélique Kidjo en personne, auréolée d’une nuée de moustiques de Camargue en guise d’étoiles. Interprète et compositrice aussi engagée que multiple, tant elle marie bien la soul américaine avec la tradition africaine, secondée ici d’un guitariste et d’un percussionniste, elle impose très vite sur scène sa puissance solaire. Tout irradie : cheveu blond court, silhouette en transe, communion avec le public, et surtout, voix d’une portée et d’une pureté rares, posée sur des rythmes de fête. Après les belles ballades du début, la diva s’évertue en effet à réveiller un public encore sage. Jusqu’à ce final stellaire inauguré par un discours de militante, oeuvrant au plaisir des différences : micro en main, l’astre descend dans la foule de la fosse, éclairée par une poursuite qui n’arrive même plus à suivre sa marche de comète, parmi les spectateurs électrisés qui clappent et chantent en extase.

L’assistance est ainsi prête à accueillir le miracle du jazz moderne cubain, le pianiste Roberto Fonseca, lui que beaucoup ont découvert aux côtés de Ry Cooder révélant le Buena Vista Social Club. A ceux qui prennent encore le jazz pour une musique dépressive et ardue, l’élégant quadra ouvre un coffre aux trésors plein de mille merveilles tropicales, métissant le genre avec les traditions de son île (salsa, mambo, cha-cha-cha…) et de l’Afrique, et nous surprenant sans cesse de sa présence intense et de son clavier virtuose. Il commence par nous faire entendre et voir, convoquée au centre de la piste, chacune des voix singulières dont résonne la polyphonie des cuivres – une trompette et deux saxophones, assistées d’une basse et d’une batterie. Quand il revient à son piano à queue, on se laisse hypnotiser à suivre ses doigts dansant sur les touches, d’autant qu’à chaque seconde, le chemin qu’ils empruntent bifurquent, changent de style, nous emmènent ailleurs… Tantôt Fonseca joue de son instrument d’une main et du public de l’autre, en chef d’orchestre de la clameur qui l’accompagne ; tantôt il emplit le silence d’un bouleversant crescendo ponctué de cris, presque un instant à la Pink Floyd où le théâtre antique dans la nuit d’Arles en rappelle un autre dans l’aube sur Pompéi. Au sein de si riches fulgurances, on croit percevoir le secret de sa musique, son beau mouvement perpétuel, qui est peut-être celui aussi de nos vies : toutes les mélancolies et les méditations ne sont qu’un élan pris avant de folles cavalcades partagées avec tous.

Ceux qui à minuit, avaient encore envie de cavalcades sont allés ruer dans les brancards des Nuits des Forges, les afters buissonnières installées sur le site des anciens ateliers SNCF, connus pour héberger des expos des Rencontres de la Photo, inaugurées la semaine passée. Ces immenses hangars réaménagés sont désormais territoire de la milliardaire Maja Hoffmann, héritière d’un grand laboratoire pharmaceutique, fille du pays revenue à Arles pour en devenir une mécène hors norme, avec sa fondation LUMA et la gigantesque tour qu’elle a fait édifier là-bas par Franck Gehry himself, en proue d’un vaste complexe culturel. On regrettera qu’à la vieille halle sans toit qui toujours accueillaient les Forges, maintenant occupée par les ballets de Benjamin Millepied, on a substitué une scène en extérieur, mais qu’importe. Nous aurons droit à notre chevauchée sauvage : entre deux irrésistibles sets du DJ berlinois Daniel Haaksman, concassant de gros beats houses sur des sonorités afros ou carioca, nous nous sommes laissés emportés par la tempête Tshegue. Syncrétisme afro-prunk de rumba congolaise et de percus tribales, de rages rocks et de trip électro, avec pour prêtresse l’explosive Fati Sy Savanet toute drapée de blanc, la formation aura donné à ce voyage au bout de la nuit un dernier air de course effrénée.

visuels : TG

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Thomas Gayrard

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