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L’interview stroboscopique : June et Jim

L’interview stroboscopique : June et Jim

15 octobre 2013 | PAR Bastien Stisi

juneetjim_coverCrépitements lumineux, rugissements scintillants, et coup de strobo sur la pop folk envoûtante et mystique de June et Jim, qui nous parlent de leur second album incantateur et poétique Noche Primera

Votre album a beau s’appeler Noche Primera, il ne s’agit pas de votre tout premier album…

Marion : Noche Primera est notre deuxième album, après Les Forts, qui est paru en 2012. Les Fortsa été enregistré au terme de six ans de composition et de concerts, il venait clore une période de création.Noche Primera ouvre une nouvelle voie, dont on ne sait quand elle bifurquera, peut-être déjà avec le troisième album, peut-être plus tard.

J’ai lu que le projet était né à Barcelone. Pourquoi ne pas avoir choisi d’interpréter certains de vos morceaux en langage catalan ?

Marion Cousin : Nous chantons en français et en espagnol qui sont nos deux langues maternelles. Borja est espagnol, et a appris le français très jeune, je suis française, et parle espagnol depuis longtemps. Aucun de nous deux n’est catalan ni ne manie suffisamment bien cette langue pour écrire des textes en catalan. Mais c’est une langue que nous aimons beaucoup, des textes en catalan surgiront donc peut-être un jour, peut-être à la faveur d’un collage textuel comme ceux qui font les chansons de « Tendre Jeudi » ou « Valente ».

Culturellement, on sent que votre projet est extrêmement riche, entre références aux collages de Man Ray et autres Prévert sur la pochette, le clin d’œil à Truffaut dans votre nom, et l’apparition de Pongo des 101 Dalmatien en quatrième de couverture… June et Jim, ce n’est pas uniquement une aventure sonore ?

Marion Cousin : Borja vient aussi des arts plastiques, il est l’auteur de collages (dont ceux de l’album). Renaud, mon frère et notre percussionniste, pratique la photographie et réalise des courts-métrages (notamment le clip de « Tendre Jeudi », qui sortira le 23 octobre). Et je viens quant à moi du théâtre, de la mise en scène. La dimension visuelle est donc au cœur de notre travail, et s’infiltre dans la musique elle-même. En discutant avec les auditeurs et spectateurs de nos concerts, on découvre que les perceptions sonores génèrent souvent des sensations visuelles. Elles créent aussi des espaces dans lesquels l’auditeur avance les yeux fermés.

Êtes-vous profondément inspiré par la pensée surréaliste, où est-ce juste une impression parfaitement infondée ?

Marion Cousin : Plus largement, nous nous sommes longtemps nourris d’une partie de l’art moderne qui s’intéresse à une perception non consciente ou à une conscience altérée, le surréalisme donc, et Dada, mais aussi l’absurde, et avant cela le symbolisme. Avant même que nous nous rencontrions, c’est ce langage du rêve ou d’une perception troublée qui nous a toujours intéressé et touché l’un et l’autre, dans nos expériences plastiques, musicales ou théâtrales.

Vos morceaux sont parfois semblables à des incantations hérétiques…vous avez chacun fait quinze années de catéchisme pour être taquins comme ça ?

Marion Cousin : C’est le cas de Borja, mais pas le mien. N’ayant pas reçu d’éducation religieuse, je nourris à l’égard de la religion une fascination doublée d’une incrédulité absolue. Une fascination pour les rituels, et pour l’art religieux bien sûr, dans la musique, l’architecture, ou la peinture. Et des sentiments très contradictoires à l’égard de la ferveur religieuse, qui est saisissante de beauté lorsqu’on assiste aux processions de la Semaine sainte espagnole par exemple, et bien sûr effrayante en même temps.

Comment en vient-on à mélanger sur le même disque de la pop acoustique, des cantates de Bach, des chansons médiévales espagnoles, des chants traditionnels subsahariens et du folklore d’Amérique latine ?

Marion Cousin : De manière très naturelle. Ce sont les choses que nous aimons et que nous écoutions beaucoup en composant cet album, et qui ont sans doute laissé des traces sur celui-ci, plus ou moins perceptibles. Mais ce n’est pas à nous d’en faire l’archéologie, et peut-être pas à l’auditeur non plus d’ailleurs.

Je suis en recherche de sons pour remplir mon iPod…quelque chose à me conseiller ?

Marion Cousin : Des tas de choses bien sûr, mais que nous n’avons pas fini d’explorer nous-mêmes, et qui, pour nombre d’entre elles, auraient besoin de plusieurs manipulations techniques pour pouvoir entrer dans un iPod. Les enregistrements de musiques du monde édités par la collection Ocora-Radio France, ou la collection Musée de l’Homme sont une source considérable. Les Chants du blé et Cornemuses de bergers du Portugal, la Musique des Indiens Q’eros au Pérou, la Musique Toma de Guinée, le Gamelan de Bali… c’est infini ! Une chose, oui, pour commencer, écouter les quatre volumes, et ceux à venir, de Toute la petite table, l’émission du label et collectif d’artistes Le Saule, dont nous faisons partie. Nous y intégrons lectures de textes, paroles recueillies, musiques européennes baroque, classique, contemporaine, et musiques du monde.

http://www.youtube.com/watch?v=oo2nUJSjOms

Visuel : (c) pochette de Noche Primera de June et Jim

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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