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[Interview] Joe & Sékou : « Notre chemin, c’est la musique » (Fr/En)

[Interview] Joe & Sékou : « Notre chemin, c’est la musique » (Fr/En)

08 avril 2013 | PAR Idir Benard

For English, please check in the second part of the article.

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En regardant votre histoire, cette espèce de collaboration qui sort de nulle part paraît trop belle pour etre vraie. Est-ce que vous croyez au hasard?

Joe : oui, je crois aux coïncidences et au destin. Je crois en la bonne étoile qui provoque les événements incroyables dans la vie. Dans la musique, les surprises sont souvent les meilleurs moments, et notre collaboration y ressemble. J’étais censé faire une tournée d’un mois en Italie qui a été finalement annulée, et je me suis donc retrouvé sur Marseille, où j’ai rencontré Sékou. Un des nombreux signes qui se présentent sur le chemin.

Sékou : C’est ce qui est bien dans ce projet. A la base on n’avait pas prévu de faire un album. Quand on s’est vu la première fois, on a joué, et on a beaucoup jammé,  c’était pas parti pour tout ça, et l’album est arrivé de lui-même.

Est-ce que la musique est votre vocation ?

Joe : la musique, c’est toute ma vie. A l’âge de 6 ans, j’ai dit à ma mère que c’est ce que je voulais faire de ma vie. Et je n’ai jamais douté ou voulu changer depuis. C’est pourquoi cela paraît aussi naturel de faire ce genre de mélanges, parce que j’ai été élevé dans un univers folk et mon frère m’a fait découvrir le hip-hop. J’écoutais donc dans la même journée du folklore irlandais et De la Soul. Ce que je fais maintenant est juste une continuation.

Sékou : je viens d’une famille de griots à la base (les griots sont dépositaires d’une tradition ancestrale de conte en Afrique de l’ouest ndlr). On est des transmetteurs d’histoires, au coeur de la culture et la musique est bien sûr partout.

Que pensez-vous des dernières découvertes en physique quantique qui défendent l’idée que tout fait d’énergie vibrationnelle, et qu’ainsi trouver la bonne harmonie permet une connexion ?

Joe : j’y crois absolument. Vous pouvez le sentir quand vous marchez dans la rue, les voitures, les passants émettent des tonalités que vous pouvez harmoniser. Quand vous voyez le pouvoir de la musique, il doit y avoir quelque chose de spécial à son propos. Les vibrations et l’harmonie que les gens sont capables de sentir transcendent le language. Ce sont les ondes qui mènent la danse.

Sékou : Ouais je crois à ça. Car sur scène, quand tu joues de la musique, il faut être positif pour dégager quelque chose de positif. C’est un échange.

Quelles attentes avez-vous concernant votre musique ?

Joe : J’organise des rencontres d’artistes, pour les encourager à se mélanger. C’est très intéressant de regrouper des gens de styles différents et de faire une musique qui a son style propre. J’ai adoré la rencontre avec Sékou, on aime jouer ensemble, et on continuera aussi longtemps qu’on le pourra. Inch’allah un autre album, et encore plus de tournées. Mais on verra ce qui se présente, on improvisera, comme d’habitude.

Sékou : Je ne fais pas que jouer de la musique. Je vis la musique et je l’aime. C’est ma passion. J’ai quitté l’école à cause de la musique. Mon projet ce n’était pas d’être ministre et d’être dans un bureau. C’est la musique. Je ne sais pas ce qui vient demain, mais ma route, c’est la musique.

Est-ce que vous pensez que les artistes peuvent changer le monde, et si oui, comment ?

Joe : je pense que oui, il suffit de regarder à des artistes comme Bob Marley ou Fela Kuti. Dans l’Histoire, les artistes ont toujours eu quelque chose à dire sur l’état du monde. Moins aujourd’hui, et c’est vrai que la musique devient un simple divertissement, mais j’y crois tout de même. Par exemple, quand j’étais en CM2, j’ai écouté la chanson ‘War’ sur l’album ‘Rastaman Vibration’ de Bob Marley à propos des italiens qui envahissaient l’Ethiopie. Et j’étais un enfant italien qui chantait une chanson à propos de mes ancêtres envahissant le pays de ses ancêtres, et n’en avait pas la moindre idée. Et j’ai appris tous ces événements grâce à cette chanson. Comme Bob Dylan qui écrit ‘The Hurricane’, les artistes offrent une autre vision des choses. Peut-être que c’est débile et que les artistes ne peuvent rien changer du tout, mais de ce que j’ai vu, je pense que oui.

Sékou : oui, les artistes peuvent changer le monde en apportant un côté positif, en dénonçant certaines choses, comme le font pas mal d’artistes engagés, du genre Tiken Jah Fakoly et Alpha Blondi. Espérons que cela change quelque chose, mais au moins cela permet de changer les mentalités.

La barrière linguistique est souvent vue comme handicapante. Dans votre cas, était-ce un avantage ?

Joe : c’était les 2. Mais en général, le fait de ne pas parler la même langue nous a offert l’opportunité d’apprendre plus l’un de l’autre. On a juste dû travailler plus dur. La musique est le seul langage dans lequel vous ne pouvez pas dire quelque chose de méchant ou de sarcastique. C’est plus simple de se parler en musique. C’était parfois frustrant de ne pas se comprendre, mais en général, c’était super drôle. On a beaucoup rit.

Sékou : mélanger ma musique avec la sienne, la rencontre de 2 cultures qui communiquent, c’était très enrichissant.

Quels sont les plus grands noms de la musique?

Joe : Bob Marley, Fela Kuti, Paul Simon, De la Soul, Tribe called Quest, The Roots, il y en a tellement. Les Beattles, MF Doom, le meilleur en hip hop selon moi, il est incroyable. Beaucoup de Beethoven aussi, du Bach, Mozart bien sûr, il y a en trop. En fait, j’ai écouté tellement de musique qu’il y en a peu qui ne m’a pas influencé. Que tu l’aimes ou pas, la musique t’influence.

Sékou : je suis très éclectique. Jazz, flamenco … Tout me plaît et je prends des choses dans chaque style.

Vous parlez de jazz, et Armstrong disait qu’il n’y a que 2 types de musique, la bonne et la mauvaise. Qu’est ce qui fait que la musique soit bonne ou mauvaise?

Joe : c’est comme parler de cuisine. Pour moi, la bonne musique est faite de rythmes qui me donnent envie de bouger et qui véhiculent des émotions et des pensées. Si je ressens quelque chose alors c’est gagné. Donc c’est vraiment une question de goût. Mais certains ne sont pas sincères quand ils jouent de la musique, parce-qu’ils veulent impressionner une fille, ou devenir riche. De nos jours, avec la culture facebook qui consiste à s’afficher en public, plein de gens font de la musique pour les mauvaises raisons. La bonne musique vient du coeur.

Sékou : c’est chacun ses propres critères. Mais par exemple, Richard Bona fait de la bonne musique. Il arrive à sortir des sons hallucinants, c’est un bon exemple de bonne musique selon moi.

Est-ce que votre musique est la musique de demain ?

Joe : je ne sais pas si c’est la musique de demain, mais c’est celle d’aujourd’hui en tout cas. Le monde change et cela se ressent sur la musique. Si par exemple vous étiez un lituanien, vous n’écoutiez probablement que de la musique lituannienne. Mais aujourd’hui, avec internet et la culture contemporaine, les enfants vont être de plus en plus exposés à du hip hop, du country, reagge, jazz… De plus en plus de gens commencent à réaliser que chacun est le voisin de l’autre. De plus en plus de points communs sont identifiés chaque jour entre les cultures, et nous, nous les mixons.

Sékou : je pense qu’on donne une couleur assez nouvelle à la musique en général. Être la musique de demain, pourquoi pas?

Vous êtes amis maintenant ?

Joe : c’est mon pote c’est sûr. On est sur la route pendant des heures dans le van à rigoler, et même si on est parfois bougons, Sékou est un ami, sans aucun doute.

Sékou : Joe fait partie de la famille, c’est sûr. C’est plus qu’un collègue.

Pour finir, pouvez-vous partager une citation qui résume votre vision de la vie ?

Joe : J’ai vu à New York un truc qui disait “ se pourrait-il qu’on se rende compte après des siècles que tout n’est qu’une énergie?”. Tout provient d’une même racine, d’une même source. Le genre humain, la musique. Un MC disait aussi “peu importe le Dieu auquel tu crois, on vient tous du même”. C’est le genre de pensées qui guident ma vie. Bien sûr qu’il y a des différences entre les choses. Mais focaliser sur les différences ou les points communs, c’est juste un choix. Je suis du genre à regarder le verre à moitié plein.

Sékou : même si ta question me plaît, je n’y réponderai pas.

ENGLISH. Joe and Sékou : ‘We’re both improvisers’

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I have been looking to your story and this kind of out the blue collaboration seems too beautiful to be true. Do you believe in chance?

Joe : Yeah, very much so, I believe in being guided by coincidences and fate. I believe in the good chance, the crazy stuff that happens. In music as well the surprises are sometimes the best part, so it’s one of those kind of things. I was supposed to go on a tour in Italy for one month just before I met Sékou, finally it was cancelled and I ended up hanging around in Marseilles. Another of many chances and signs on the way. I think it was all about a higher power.

Sékou : that’s what’s great about that project. Initially we didn’t plan anything like doing an album. We played, actually we jammed a lot when we first met, and the album just bloomed on its own.

Is music your calling?

Joe : yeah, music is ‘toute ma vie’. It’s everything from my life. I think I told my mother when I was 6 that’s what I was wanting to do with my life. And I never had since a feeling of quiting or doing something else. That’s why it’s so natural for us to do this kind of mixed stuff, because I was raised listening folk and my brother introduced me to hip-hop. So I was listening to Irish folk music and De la Soul in the same day. What I am doing is just a continuation.

Sékou : I come from a griot family, who are story-tellers in western Africa. They are really present in social life, for resolvig problems or marrying people, and of course music is everywhere.

What do you think about the latest breakthroughs in quantic physics, which advocate that everything is vibrationnal, and therefore finding the right harmonics enables connexion?

Joe : yeah I do absolutely believe in that. You can hear it when walking in the street, with some noises of cars, people passing by, and you can find an harmony even in those tones. I totally believe in that. When you see the power of music, there should be something else to it. Vibrations and harmonies that every one is able to feel, it can transcend language. I think it’s the vibration that leads us through.

Sékou : yeah, I believe as well. When you play music, you have to pe positive to radiate something positive to the public. It’s about sharing vibrations.

What expectations do you have for your music?

Joe : I run a collective of artists, it’s all about encouraging musicians to jump together. It’s really interesting to gather people from different styles and make one kind of music. I loved the meeting with Sékou, we like to play together, so we continue as long as we can, another album, inch’allah, and after that, more touring. We’re both improvisers, so we’ll see what’s coming next.

Sékou : I am not only playing music. I live music and I love it. I quitted school for music. My project wasn’t becoming a politician and working in an office. It’s music, really. I don’t know what tomorrow will be made of, but music is my path.

Do you think that artists can change the world, and if yes, how?

Joe : oh, I think they can, there is no denying, you look at artists like Bob Marley or Fella Kuti. If you look in history, artists have something to say on the current state of the world. Less now than before, even if now we’re trying to make music strictly entertainement, but that’s why I do what I do. For example when I was in 5th grade, I had a little tape and I heard Bob’s song ‘War’, in the album ‘Rastaman Vibrations’, which is about the Italians invading Ethiopia. I was an Italian kid singing a song about my ancestors invading his ancestors’ homeland, and I had no idea. And I learnt those events with that song rather than a book. I think it’s the ultimate power of artists to rewrite history, like Bob Dylan who wrote ‘the Hurricane’. You get another side of the story. Maybe it’s foolish, maybe they can’t change the world, but from what I have seen, I think artists can change people’s view and the world as well.

Sékou : yeah, they can change the world by bringing positivity, and criticize bad stuff just like committed artists Tiken Jah Fakoly and Alpha Blondy are doing. Let’s hope for the change, but at least it changes mentality.

Languages barriers are often regarded as a burden. In your case, was it an advantage?

Joe : actually it was both. But globally, not being able to speak the same language offered opportunities to learn more of each other. We had to work harder. Music is the only language in which you cannot say a mean or sarcastic thing. It’s easier to speak this way. And it’s great to have music as the primary way to communicate. It was sometimes frustrating not to understand each other, but gerenally speaking, it was a lot of laughter. It was really funny.

Sékou : mixing our music and culture was really enriching.

What are the greatest names of music in History?

Joe : Bob Marley, Fela Kuti, Paul Simon, De la Soul, Tribe called Quest, The Roots, so many… The Beattles, MF Doom, the greatest in hip hop for me, he’s amazing. A lot of Beethoven as well, Bach, of course Mozart, but so many names to mention. In fact there is so much I have listen to that didn’t influenced me. Whether you enjoy it or not, music influences you.

Sékou : I am listening pretty much stuff as well, Jazz, flamenco … I enjoy every style and I pick up what I like.

You speak about jazz, and Armstrong was saying there is only 2 kinds of music : bad and good. What makes music whether good or bad?

Joe :  it’s just like saying what makes good food and bad food. Some people are unconfortable with beef tartare, just I am (he laughs), and others like it. For me, it’s rhythm that makes me wanna move, brings emotions. It’s a way to convey thoughts and emotions. If you make me feel something while playing, then you succeeded. It’s a matter of taste isn’t it? But sometimes people are insincere when they are doing music, because they want to impress a girl, or to be rich. Specially nowadays, with the culture of putting your-self upon facebook, so many people are doing it for the wrong reason. Good music comes from the heart.

Sékou : it’s matter of tastes. For me, Richard Bona makes great music. He can create exceptional tunes, that’s a great example of good music.

Is your music the future of music?

Joe : I don’t know if it’s the future, but it’s definitely the present. The way the world is changing and this impacts on music. If you were living in Lithuania, you only were listening to Lithuanian music. But now, with the Internet and the modern culture, every child is going to be exposed to hip hop, country, reagge, jazz… More and more people are starting to realize that they are each other’s neighboors. More and more people are finding common ground between cultures and we mix them.

Sékou : I think we give a new face to music, so why not being tomorrow’s music?

Are you friends now?

Joe (very cheerful): Yeah, he’s my bro’. We drive hours in the van, we laugh a lot, even if we get grumpy sometimes, he is definitely my bro’.

Sékou : Joe is more than a friend, he is kinda family now, for sure.

To end, can you share a quotation that sums up your vision of life?

Joe : I saw in New York a stuff that was saying : ‘could it be that after centuries, we’ll see it’s only one energy?’ All things come from one root, one source. Humanity, music. An MC said also : ‘It doesn’t matter in which God you believe in, we all come from the same one’. This kind of thoughts guide my life. Of courses there are differences between things. But it’s just a choice, whether to look at diffrences or common points. I’d rather consider the glass half full.

Sékou : Even if I like your question, I won’t answer it.

Image/Picture : Idir BENARD

 

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Idir Benard
Passionné par les nouvelles technologies, la cyberculture et les visionnaires de tout poil, il écrit un mémoire à l'EHESS sur le transhumanisme et la science fiction. Interrogateur du genre humain, en chemin hors de la caverne de Platon. Bon vivant, ne se prive pas de couvrir des évènements sympas en tout genre, qu'il y ait du vin, du dupstep ou de l'art. Fan des dessins animés des années 90 (Tintin, Dragon Ball Z) et des jeux old school (mégadrive en particulier)

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