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Festival Afropunk le 15 et 16 juillet — Interview de Mathew Morgan, son directeur et fondateur

Festival Afropunk le 15 et 16 juillet — Interview de Mathew Morgan, son directeur et fondateur

03 juillet 2017 | PAR Vincent Fournout

Créé en 2005 à Brooklyn, ce festival a pris son envol international avec des concerts à Londres et Johannesburg. A Paris, on fête cette année la troisième édition, les 15 et 16 juillet à la Villette.

 

Cinq éditions de l’Afropunk Festival dans le monde cette année?! Comment les fils et les filles des Bad Brains [un groupe afro punk ultra hardcore des années 70/80] ont-ils pu toucher un si vaste public?

Mathew Morgan  : la musique est globale. Ce sont les intermédiaires du business de la musique (maison de disques, agents, etc…) ceux que j’appelle les «gate keepers» qui freinent sa propagation. Afropunk lève ces freins et noue un contact direct via Internet. Si le réseau avait été au niveau actuel il y a 10 ans, Afropunk serait certainement encore plus connu.

L’Afropunk Festival serait-il devenu grand public ? «Mainstream» ?

Mathew Morgan  : Pas du tout. Nous sommes une petite organisation et nous ne remplissons pas des salles immenses. Nous ne sommes pas devenus «mainstream» même si nous n’avons rien contre ce concept.  Un jour peut-être.

Est-ce que la «Black music» signifie encore quelque chose dans cet univers globalisé?

Mathew Morgan  : La black music rend toujours et plus que jamais les gens heureux. Elle s’exprime différemment si elle vient d’Afrique, d’Amérique ou bien de Paris, mais elle est là vivace, prolifique, unique. Le sentiment qu’elle pourrait disparaître dans une sorte de grand mix indifférencié est plutôt le fait des « gate keeper » que j’évoquais. C’est eux qui œuvrent à cet affadissement, parfois sans même s’en apercevoir.

Comment est décidée la programmation dans chaque ville?   Et pourquoi Paris après Brooklyn?

Mathew Morgan  : Afropunk a eu ses premiers bureaux à Paris?! Il était logique que ce soit la première ville après Brooklyn.  Tout est décidé localement?! Notre objectif est de promouvoir les kids du coin, les plus innovants, les plus stimulants, tout en jonglant avec d’énormes contraintes de budget et d’agenda des artistes.   

Nous avons été secoués par par la qualité de la programmation de l’édition 2016 à Paris, l’ambiance ultra bienveillante et l’énergie positive du public. Quelle est la philosophie derrière l’Afropunk Festival?

Mathew Morgan : Nous voulons participer à la diffusion d’une culture afro et de sa démocratisation auprès de tous. Le message clef est toujours le même. No sexism, no racism, no ableism, no ageism, no homophobia, no fatphobia, no transphobia, no hatefulness, …  Ce message irrigue toutes nos pensées ainsi que notre combat pour la fierté du peuple noir. Nous ne sommes pas «?contre?».  Dans nos modes de décision, dans notre politique de prix, nous essayons de donner accès au plus grand nombre au meilleur de la culture afro.

Quel feeling musical ressens-tu à Paris comparé à Londres par exemple?

Mathew Morgan : Londres est sous influence du garage, du drum & bass du grime. Paris est ouvert sur le monde avec des artistes très éclectiques. Paris est la seule ville où l’on peut enchainer facilement du jazz rap, du hardcore et de la musique saharienne devant le même public. Notre programmation est imprégnée de cet esprit d’ouverture à toutes les tendances musicales mondiales [voir notre sélection ci-dessous]

Quel lien cette année entre musique et politique à Paris?

Mathew Morgan : Plus que jamais nous sommes très investis avec des associations comme Amnesty International.  Par ailleurs en février lors de la campagne présidentielle en France nous avons rajouté No Lepenism à nos slogans de paix habituels. Nous laissons aussi une grande place aux artistes visuels et plasticiens qui sont les formes d’art que je considère comme les plus porteuses de messages politiques aujourd’hui, bien plus que la musique d’ailleurs. C’est pour ça qu’Afropunk leur ouvre grand ses portes.   

ENCADRE

Le 15, le 16 juillet ou les deux jours?

L’Afropunk est un festival généreux : huit artistes performent quotidiennement, mais sont aussi proposés des rencontres, des débats, un village associatif, un marché artisanal présentant les créations de jeunes designers venus de toute l’Europe, des food trucks (l’année dernière, c’était très bon) et même un skate park?!

Chaque jour apportera son lot de grosses pointures avec FFF le 15 juillet et Robert Glasper Experiment le 16. Du hardcore décoiffant avec HO9909 et les Nova Twins, du neo groove cosmique avec Faada Freddy et Laura Mvula, du rap bouillant avec Baloji et Disiz la Peste, de la soul habitée avec Macy Gray et Sir The Baptist, du roots africain avec Songhoy Blues. Et si ces styles sont des cases, nombreux seront les artistes qui sauteront de l’une à l’autre.

Le programme est ici

Crédit photo : Afropunk Festival Paros

Infos pratiques

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