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Concert hommage à Abdel Halim Hafez: sur les traces du rossignol égyptien

Concert hommage à Abdel Halim Hafez: sur les traces du rossignol égyptien

29 avril 2018 | PAR Donia Ismail

Un an après avoir accueilli la diaspora arabe parisienne pour un concert hommage en l’honneur de l’Astre de l’Orient, Oum Kalthoum, les Folies Bergères, sous l’impulsion de la boîte de production libanaise 2U2C, remettent ça avec cette fois-ci celui que l’on appelait le Rossignol du Caire, Abdel Halim Hafez.

Sur la scène internationale, Abdel Halim Hafez, comme tous les chanteurs arabes de l’époque, est dans l’ombre de la grandiose et féroce Oum Kalthoum. Sa voix, la puissance de son chant et son aura, a éclipsé bon nombre d’artistes. Mais à l’échelle locale, les chansons romantiques de l’Égyptien ont résonné dans chaque rue du Caire, au point de faire de lui la figure marquante du romantisme arabe. D’ailleurs, ce mouvement musical meurt lors de la disparition soudaine du chanteur. Il est en l’investigateur, l’élève et le maître.
On comprend alors l’envie de 2U2C de mettre en avant une partie importante du patrimoine musical égyptien. Car Abdel Halim Hafez, autant qu’Oum Kalthoum, a su faire briller l’Égypte, et à faire d’elle la nation arabe par excellence de l’Art aux XXème siècle.

Mais quelle voix pour reprendre le large répertoire — plus de 200 chansons — du Sinatra égyptien? La boîte de production s’est portée sur un talent en devenir libanais, ex-candidat de la version arabe de la Star Academy, Saad Ramadan. Une tessiture de voix différente, un chant aux antipodes de son ancêtre… Et c’est pourtant une bonne nouvelle! On évitera ainsi le fade mimétisme, monnaie courante lors des concerts hommages.

Même rituel que l’année dernière. Un orchestre de musique classique arabe prend place sur la scène. Violons, oud, qanoun, flûte, percussions et violoncelles, un ensemble typique parfait pour jouer les plus grands titres du chanteur égyptien, se tiennent prêts à accompagner les convives lors de la première partie. En arrière plan, ce sont des femmes vêtues de caftans marocains colorés et pailletés, et d’hommes en costard cravate qui chantonnent les grands airs d’Abdel Halim Hafez, histoire de faire patienter la salle.

Les minutes défiles, et la salle se remplit de plus en plus. Les accents arabes s’entre-choquent: Algériens, Syriens, Marocains, Libanais et bien évidemment Égyptiens échangent dans leurs dialectes respectifs, chacun avec leur distinctions linguistiques et tonales. Le tout créant une langue arabe mutante, vivante et si belle. La salle s’impatiente. Heureusement, qu’une voix féminine annonce au micro l’arrivée imminente de Saad Ramadan. Tout le monde applaudit.

Le voilà, un costume noir, impeccablement coiffé. Il se place au centre de la scène. Dos à lui, l’orchestre et la chorale, dirigé par son propre oncle. Un geste de la main, et c’est partie pour deux heures de concert. La soirée commence avec Ala Hesb Wedad, classique intemporel du chanteur.
Les titres s’enchainent avec amour, enthousiasme et cris de la foule. Saad Ramadan chante avec passion le répertoire d’Abdel Halim Hafez. Sa voix, tantôt suave, caresse les violons, résonne dans la salle. On connaissait la tessiture de la voix du chanteur, mais on ne s’attendait pas à cette puissance. Lui qui est un amateur de chanson pop electro à la Amr Diab, est totalement méconnaissable en crooner. Le public est scotché, et comme toute audience arabe, elle clame son amour à coup de « youyou », de « Yallah » et de « AAAAAAAAAH ».

Ana Lak Ala Toul, Ahwak, Toba, Qareat El Fengan et j’en passe: les minutes et les chansons défilent. Saad Ramadan chante à la fois l’amour, la perte et la joie, avec un sourire ravageur. Il donne tout sur scène, et la salle lui rend si bien. Une communion belle à observer: les spectateurs se précipitent au pied de la scène pour admirer de plus près les prouesses du jeune libanais. La musique, quant à elle, resplendit. Exit les formats conventionnels de trois minutes, les longues introductions d’époque sont gardées, pour notre plus grand plaisir!

Au bout de deux heures de musiques, de danses, d’amour, de partage, il est temps de se dire au revoir. C’est un nouveau pari réussi pour 2U2C. Saad Ramadan a été remarquable. Il su faire revivre Abdel Halim Hafez à travers ses reprises. On espère que les festivités reprendront l’année prochaine avec un autre chanteur? Pourquoi pas Fayrouz, Sabah Fakhri ou Warda?

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Donia Ismail

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