Musique

Victoires de la Musique Classique 2013: une cérémonie clichée

Victoires de la Musique Classique 2013: une cérémonie clichée

27 février 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

 

 

Ce lundi avait lieu dans le tout nouvel auditorium de Bordeaux, la 20ème cérémonie des Victoires de la musique classique 2013. Sous la baguette de Kwamé Ryan, les musiciens de l’Orchestre national Bordeaux-Aquitaine, ont accompagné les différents artistes invités et nominés.

 

Louis Laforge&Frederic Lodeon, ©Charlotte Schousboe_FTV

Si les deux présentateurs, Frédéric Lodéon et Louis Laforge évoquaient cette cérémonie comme une véritable fête de la musique classique, il n’en résultât malheureusement que pur cliché. En effet, si la soirée permit d’entendre et de mettre en avant les plus grands et meilleurs artistes de la sphère classique actuelle, point de vue répertoire, il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un balayage plus qu’expéditif des classiques 1001 fois entendus. De bout en bout, l’impression d’assister à la promotion de la désormais célèbre compilation « Je n’aime pas la musique classique mais ça j’aime bien », ou sont regroupés les principaux airs connus du grand public notamment par la publicité et le cinéma, ne nous a pas quitté. En outre, de cet enchaînement brusque et empressé naissait pour les spectateurs une impression de suffocation, d’asphyxie, mais surtout la frustration de ne pouvoir se délecter véritablement des prestations. Ainsi, à vouloir trop en faire et surtout trop en mettre, la cérémonie des Victoires en devint une maladroite accumulation boulimique, inspirant le sentiment que le spectateur était pris pour une oie qu’il fallait gaver le temps d’une soirée.

Autre désappointement de taille, les hommages rendus respectivement à Rostropovitch, mais surtout à Maurice André et Brigitte Engerer décédés l’année dernière. Pour chacun d’eux , des reportages étaient consacrés. Des reportages tellement succintcs que les présentateurs eux-mêmes furent surpris lorsqu’après la diffusion du tout premier hommage, censé mettre en lumière la carrière de Maurice André, ils revinrent à l’antenne sans même s’en apercevoir. Ainsi, l’hommage à ces artistes exceptionnels et populaires, dont la carrière, l’humanité, le talent ont marqué bien plus que les mélomanes avertis s’est vu transformé en une sorte de banale obligation de convenance. Enfin, le rythme de la soirée fut à tel point serré et la programmation bien trop importante que les artistes récompensés eurent à peine le temps de s’exprimer, de même Frédéric Lodéon d’apporter quelques précisions sur les œuvres.

 

Sabine Devhieilhe/c afp/nicolas tucat

Pour ce qui est du palmarès, le baryton Ludovic Tézier remporte la Victoire de l’Artiste lyrique, la jeune soprano Sabine Devieilhe (qui nous a ravi du magnifique air de la Reine de la nuit de Mozart, interprété avec aisance, incarnation et fougue) la Victoire de la Révélation Artiste Lyrique. Côté instrumental, le pianiste Nicholas Angelich a remporté la Victoire du Soliste Instrumental de l’année, le jeune violoncelliste Edgar Moreau très ému s’est vu remettre à seulement 19 ans, celle de la Révélation Soliste Instrumental. Le compositeur Karol Beffa nominé cinq fois lors des années passées obtint enfin la Victoire du Compositeur de l’année pour son concerto pour piano et orchestre. Enfin Alexandre Tharaud, a vu son Bœuf sur le toit récompensé de la Victoire du Meilleur Enregistrement. En outre, une Victoire d’Honneur a également été remise pour Vladimir Nemtanu (premier violon de l’orchestre Bordeaux Aquitaine), et ses filles Sarah et Deborah (respectivement soliste à l’orchestre national de France et violon super-soliste à l’Orchestre de chambre de Paris), tous trois violonistes solo.

A la suite de cette cérémonie, le débat demeure quant à la place de la musique classique à la télévision: doit-elle pour exister sur nos petits écrans être simplement réduite à ces quelques tubes familiers qui peuplent nos publicités pour le jambon, les pizzas, sauces bolognaises, les banques et compagnies d’assurance? Cette programmation stéréotypée résulte-t-elle de l’idée que le spectateur lambda, non initié ne pourrait s’épanouir, se divertir autrement, et que pour l’accrocher il vaut mieux lui servir ce qu’il connait, plutôt que tenter de l’amener à découvrir autre chose? Certes, interpréter les oeuvres les plus populaires du répertoire peut être une porte d’entrée, toutefois il apparaît certain que ce n’est pas en ressortant sans cesse les mêmes rengaines que l’on ôtera cet a-priori qui veut que la musique classique soit ringarde, poussiéreuse et ennuyeuse, car ressortir toujours les mêmes tubes (qu’ils soient issus du classique ou non) n’est-il pas propice à susciter également ennui et lassitude? Néanmoins, si l’on regrette le peu d’innovation quant au répertoire ainsi que le rythme effréné de l’émission, il faut reconnaître cependant que cette cérémonie a au moins eu le mérite de mettre en avant l’orchestre Bordeaux-Aquitaine qui a effectué tout au long de la soirée une très belle prestation, mettant en lumière par la même tout le talent  des orchestres régionaux.

Play-list complète de la soirée:

– « Bolero » de Ravel en ouverture

– Renaud Capuçon (violon) : Danse hongroise N°5 de Brahms

– Vittorio Grigolo (ténor) : « Una furtiva lagrima », air de Nemorino, extrait de « L’Elixir d’amour » de Donizetti

– Nicholas Angelich (piano) : « Rhapsodie sur un thème de Paganini », de Rachmaninov

– Sabine Devieilhe (soprano) : l’air de la Reine de la Nuit, extrait de « La Flûte enchantée », de Mozart

-Hommage des trompettistes à Maurice André : Marche triomphale de l’opéra « Aïda », de Verdi (avec entre autres Ibrahim Maalouf et David Guerrier)

– Joyce Didonato (mezzo-soprano) : « Una voce poco fa », air de Rosine, extrait du « Barbier de Séville » de Rossini

– Sarah et Deborah Nemtanu (violons) : extrait du Concerto pour 2 violons et orchestre (BWV1043) de Bach

– Frank Braley (piano) et l’Orchestre de Bordeaux : « Rhapsody in Blue », de George Gershwin

– Nathalie Stutzmann, au chant et à la direction de son orchestre Orfeo 55 : « Ombra mai fu », extrait de l’opéra « Serse » de Haendel

– Emmanuel Pahud (flûte) et l’ensemble Orfeo 55 : Badinerie de la 2e Suite pour orchestre de Bach

– Antoine Tamestit (alto) : prélude en sol de la Suite N°1 de Bach pour violoncelle

– Orchestre de Bordeaux Aquitaine : « Dans l’antre du roi de la montagne », extrait de « Peer Gynt » de Grieg

– Ludovic Tézier (baryton) : « Voilà donc la terrible cité », air d’Athanael, extrait de l’opéra « Thaïs » de Massenet

– Alexandre Tharaud (piano) : variations sur « The man I love » de Gershwin, tiré de son album « Le boeuf sur le toit »

– Julien Behr (ténor) et Florian Sempey (baryton) : « Au fond du temple saint », extrait de l’opéra « Les Pêcheurs de perles », de Bizet

– Renaud Capuçon et l’ensemble Orfeo 55 : « L’été », extrait des « Quatre saisons » de Vivaldi

– Victor-Julien Laferrière et Edgar Moreau (violoncelles) : extrait du double Concerto de Vivaldi pour violoncelle et orchestre en sol mineur, avec l’Orchestre de Bordeaux

– Choeur de l’Opéra national de Bordeaux et Orchestre de Bordeaux Aquitaine : le Choeur des forgerons, extrait du « Trouvère » de Verdi

– Milos Karadaglic (guitare) : extrait du « Concerto d’Aranjuez » (Joaquin Rodrigo)

– Emilie Gastaud (harpe) : « Tango », de Jean-Michel Damase

– Philippe Bianconi : « Clair de Lune », extrait de la suite Bergamasque de Debussy

– Renaud Capuçon (violon), Edgar Moreau (violoncelle), Adrien La Marca (alto), David Kadouch (piano) : 1er Quatuor avec Piano, en sol mineur, de Brahms

– Création : « Synapse » pour violon et orchestre, de Philippe Manoury, sacré compositeur de l’année en 2012, avec la violoniste Hae-Sun Kang et l’Orchestre de Bordeaux

– « Trish Trash Polka », de Johann Strauss fils, par l’Orchestre national de Bordeaux.

 

 

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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