Musique

Une mise en scène pas vraiment révolutionnaire

08 décembre 2009 | PAR Christophe Candoni

Andrea Chénier à la Bastille est un double événement : d’abord parce que l’opéra d’Umberto Giordano créé en 1896 entre enfin au répertoire de l’Opéra de Paris et parce qu’il permet au ténor argentin Marcelo Alvarez de faire une très belle prise de rôle. La nouvelle production était attendue et déçoit. Si elle repose sur une distribution exceptionnelle, la mise en scène insignifiante de Giancarlo del Monaco fait défaut.

andrea-chenier-opera-bastille-3L’action se déroule pendant la révolution française à laquelle le personnage principal, poète révolté, a participé. Mais celui-ci sera exécuté pour avoir dénoncé les outrances de la terreur de Robespierre, Le contexte historique d’Andrea Chénier est omniprésent ce qui ne permet pas de modernisation ou d’abondantes interprétations. Même si l’intrigue est simple, le livret de Luigi Illica comporte de beaux moments dramatiques et lyriques (comme le sacrifice de l’aristocrate Maddalena au nom de l’amour) et exige du metteur en scène qu’il risque un réel point de vue sur l’œuvre et une direction d’acteurs poussée, ce qui n’est pas le cas dans cette production.

On regrette le manque d’unité et l’incohérence dans les choix de mise en scène et de décors qui ont été faits. Le travail scénographique proposé par Carlo Centolavigna n’est qu’illustratif et esthétisant. Les deux premiers tableaux exhibent des décors opulents alors qu’à l’acte III la scène se vide et laisse place à un minimalisme rudimentaire. La seule bonne idée est d’avoir transposé la scène du procès dans les ruines d’un vieux théâtre incendié. Les tableaux manquent de vie et de caractère, confère la scène de bal au début de l’opéra. Les convives aristocratiques sont représentés tout en noir avec le visage peint en blanc ; on pense à des silhouettes macabres qui restent figées, peut-être pour souligner la fin de leur puissance. Le manque d’engagement physique des chanteurs décrédibilise et affadit le propos.

Pourtant, l’excellent chef Daniel Oren galvanise l’orchestre qu’il dirige avec fougue et passion. Il fait preuve de théâtralité en renforçant l’intensité dramatique de la partition même si ça joue un peu fort. Vocalement, le casting est parfait. Le baryton Serguei Murzaev campe un Gérard sombre, déploie des moyens vocaux d’une ampleur incroyable. Les débuts de la soprano Micaela Carosi dans le rôle de Maddalena à l’Opéra de Paris resteront en mémoire. Le chant est somptueux et elle est bouleversante dans son air « La mamma morta ». Dès le célèbre Improvisio « Un di, all’azzuro spazio », Marcello Alvarez séduit par la beauté de son timbre chaud, sa voix claire et colorée à la fois vaillante et douce. Tous les trois impressionnent par la puissance de leur chant.

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Après le mandat chahuté mais passionnant de Gérard Mortier à l’Opéra de Paris, le nouveau directeur de l’institution Nicolas Joel semble commencer une vaste opération de séduction auprès des spectateurs en leur proposant du grand spectacle de divertissement. Ce genre de production passéiste séduit un public majoritairement conservateur et vieillissant. Le problème est que cette démarche démagogique cherche simplement à conforter le public dans ses certitudes plutôt qu’à le surprendre. Il est urgent d’envisager l’opéra comme un « art vivant » et non comme un musée, penser au renouvellement du public et des formes de mise en scène d’opéra. Ce retour en arrière inquiète pour l’avenir.

Andrea Chénier, à l’Opéra Bastille, Place de la Bastille, rue de Lyon, les 9, 12, 15, 18, 21, 24 décembre 2009.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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