Musique

Interview : Twin Twin ou la symbiose des talents

27 mai 2010 | PAR Claire Linda


François Djemel à la basse, Lorant Idir au chant et le beat boxer Patrick Biyik forment le groupe Twin Twin dont la musique sonne électro-clash, mais dont l’identité reste inclassable. Créatifs, créateurs et agitateurs de rimes, chacun de leur concert est un happening scénique, sonore et festif.
Lauréats du concours Ricard S.A Live, Les Twin Twin raflent une tournée nationale aux côtés des BB Brunes et de VV Brown. Sur les railles, la production d’un EP (en écoute ici ) et une campagne promotionnelle sur Deezer sous forme de capsules vidéos, préparez vous à découvrir la Twin Twin.tv.
JD Beauvallet des Inrocks adore et voit une universalité dans leur musique, Julien Bassouls des Trois Baudets soutien le groupe français Twin Twin « sorte de Hip Hop Dance revival années 80 mais comme ci les années 80 avaient été joyeuses »
Est-ce que le groupe garde les pieds sur terre ? Plus que jamais ! Hommes d’action, bosseurs, carrés, cadrés et la tête bien plantée sur les épaules, au fil des rencontres, des discussions et des projets les Twin Twin ont construit des amitiés professionnelles et dessiné un univers singulier en prise avec leur époque et en proie à une belle imagination. Une tension du texte et de la musique alliée à une identité scénique assumée permettent au groupe Twin Twin de créer une synthèse de l’electro-clash et du Street art.

Photos François Farellacci

Le Groupe

En une année et demie d’existence, ils ont été programmés au Tremplin Chorus, au festival de Bourges, et prépare la tournée Ricard S.A. Live du 27 mai au 16 juin. Comment appréhendent-ils cette accélération ?

Lorant Idir : On appréhende au jour le jour, pleins de trucs à faire ; photos, graphisme… On essaie de produire nous mêmes un max de choses. On s’est entouré de Marie Audigier de ODJ Music en éditions, et Dans la Boîte le tourneur du groupe Moriarty.
François Djemel : On aime bien faire nos images et on a toujours fait nos trucs au niveau de l’image.

Le 6 mai dernier ils ont été invités au cinéma Max Linder pour présenter leur court métrage Vitrine produit par Why Not Productions, connue pour avoir soutenue tous les films d’Audiard.

Lorant Idir : C’est l’histoire d’un adolescent qui rêve d’être beau et aimé par la fille qu’il aime et tout ça c’est du rêve mais il arrive par son rêve à accéder à quelque chose et … j’en dis pas plus.
François Djemel : On a filmé en 35 mm cinémascope, le court métrage a été écrit et réalisé avec les moyens du bord. Il n’y pas de dialogue c’est que de la musique et des textes et de la danse, c’est une comédie musicale. On aime bien développer nos images et puis j’ai fait une fac de ciné et collaboré avec les compagnies de danse Choream et ETHA-DAM, qui déclinent danses Break , danse debout, bougaloo.

Chaque concert du groupe est un événement, une fête avec comme particularité, le mélange de la danse, d’une gestuelle hip hop, une interprétation et une présence qui imposent sur scène.

Le Style Twin Twin

De leurs débuts où Lorent Idir et François Djemel jouaient en concert en formation basse voix, ils ont retenu l’aspect minimal dans leur musique. Mais pas dans leur style. Ils composent sur scène trois personnages, Patrick Biyik attire particulièrement l’attention avec des peintures de guerre et un leggings fluo. Quelle est l’identité Twin Twin sur scène ?
François Djemel : C’est un mélange avec le carnaval, la BD Little Némo, qui elle, mélange la féerie, le rêve, et dans laquelle des personnages apparaissent et ressemblent a des clowns ou alors viennent d’une jungle mystérieuse qui n’existe pas vraiment. Notre style c’est un peu le mélange de tout ça : Little Némo   et puis aussi la musique électro actuelle, les couleurs fluo, les couleurs de la rue, les casquettes, et le côté fête du carnaval.
Lorant Idir : La bd de Little Némo est hallucinante et hyper belle avec des gros volumes. Elle date des années 1910 et a posé les bases de la bd moderne. Le carnaval à la base, c’est une transgression sociale et un dépassement de soi. Le peuple singe les maîtres et s’amusent le temps d’une journée.
Il n’y a pas de côté clownesque dans ce que vous proposez sur scène, c’est davantage l’aspect transgressif dans la musique et les textes :
Lorent Idir : C’est de cet aspect là que l’on s’inspire et le côté coloré, et le déguisement viennent de cette envie de relier notre démarche à l’esprit du carnaval, qui est hautement politique en réalité.
François Djemel : Le côté stylisme c’est plus un truc que j’ai dans le groupe, un jour je suis allé voir Andrea Crew, j’ai fouillé dans les leggings et j’ai dit ce serait génial que Pat’ ait un leggings et du maquillage.

Comment tu as réagi Patrick à cette proposition ?
Patrick Biyik (rires) : au départ je me suis dis dans quoi je me suis embarqué ! Mais aujourd’hui ça va, le jour où j’ai vraiment compris l’impact c’était à la fête des vendanges aux trois Baudets, je me suis habillé avec le costume actuel et tout le monde a fait wouah !
François Djemel : dans les backstages tout le monde passait en hallucinant devant la loge. Et quand ils ont annoncé le groupe, Patrick est entrée en premier sur scène et les gens se sont mis à applaudir deux fois plus quand ils ont vu la dégaine de Patrick.
Patrick Biyik : De voir les gens heureux de voir un truc décalée, le plus souvent les gens disent ça nous a fait du bien de voir des gens décalés, vous l’assumé et vous foncez, nous on fonce et ça se passe bien moi j’aime bien mon legging c’est un legging unique Andréa Crews. ( boutique 10 rue Frochot, à Pigalle.)

Le Son Twin Twin


Lorent Idir : François Djemel joue de la basse 6 cordes. En plus des basses il peut donc jouer l’harmonie.
François Djemel : Sur une basse 6 cordes, il y a une corde de basse et une aiguë permettent de jouer une tonalité violoncelle électrique présente dans le Latin Jazz mais pas dans la Pop.»
La rencontre avec Patrick Biyik s’est faite au détour d’une scène,
François Djemel : Son beat box, et sa façon d’être l’ont fait et la formation Twin Twin a été au complet.

Le son Twin Twin est un savant mélange entre son organique et électro ? Comment travaillez-vous ?
Lorent Idir : Nos chansons sont minimales et tournent autour d’une mélodie et d’un texte. On voulait que ce soit assez efficace au niveau du texte et de la musicalité, l’idée est que le texte et la musique fusionnent.
François Djemel : Mélanger beat box avec machine c’est notre idée du son. Au début on jouait avec une mpc 500, là on est passé à une mpc 3000, la même que Dr. Dre ! Elle a de bons composants, avec une bonne définition, et donnent de bons détails.
Lorant Idir : Après on a recherché à faire du son de plus en plus gros, sur une mpc 3000 les sorties sont séparées et ça permet d’envoyer à l’ingé son une sortie basse, une voix et l’ingé son met les fréquences qu’il veut.

Les Textes

Lorent Idir écrit des textes ciselés et impeccables. Sur scène il scande avec un imparable flow sa poésie proche du slam et du rap.Pourquoi avoir voulu privilégier l’efficacité de la fusion texte musique ?

Lorant Idir : D’une part pour qu’il rentre dans la musique. D’où By My Side, c’est répétitif, presque toujours pareil, d’autre part, j’aime bien la mécanique lancinante devenant un élément rythmique. Et les refrains sont toujours hyper simples No Fun, By My Side, Go Fast, Vive la Vie, c’est presque des slogans ! Une sorte d’urgence, j’ai envie de dire les choses le plus simplement possible. Le rap privilégie les mots et les formes longues. J’ai développé cet aspect ailleurs notamment dans un roman (Un Nageur en plein Ciel aux éditions Rivages /noir).

Vos chansons sont présentées comme des hymnes générationnels, tu peux nous parler de Génération Go Fast ?
Lorant Idir : Cette chanson parle du moment où tu passes d’enfants à grands. Dans notre quartier à Montreuil, des gamins sont devenus grands et ont changé de vie, de l’école à un peu la rue, à vendre un peu de shit, petites cailleras de banlieues qui suivent un parcours quasiment défini politiquement écrit. Ces jeunes s’en foutent d’écouter ce qu’on leur dit mais ils ont une violence de poésie de la vie de l’instant, sans essayer de faire des plans d’avenir. Quand ils parlent, quand ils vivent c’est sincère. Ils représentent une génération un peu sacrifiée. Sacrifiée parce que tout le monde s’en fou, tout le monde les instrumentalise.

François Djemel : quand on a commencé les gens nous disaient : « c’est année 80 », mais nous cette musique on la connaît pas tant que ça…
Influences
François Djemel : Booty Collins Funkadelic, Maceo Parker, le rock des années 70, Jimmy Hendricks.
Patrick Biyik : Black Music Soul Funk, Jay Z, Nas, et beaucoup d’autres influences.
Lorent Idir : Rita Mitsuko, Suicide, Beru, NTM, Lunatic, Tonton David avec son titre le Blues des Racailles

A écouter :
Premier EP disponible le 24 mai
Les Twin Twin sur DEEZER

A voir :
29 Mai Les Instants Chavirés, 7 rue Richard Lenoir à Montreuil

Du 27 mai au 16 juin en tournée avec le Ricard SA Live
13 au 15 août Festival rire et rock ( Cognac)

Twin Twin en concert : Samedi 29 mai aux Instants Chavirés à Montreuil
Ce week-end, lancement du festival Still in Motion à la Cartonnerie !
Claire Linda

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