Musique

Sziget, point d’étape #1 : So far, so good

10 août 2011 | PAR Mikaël Faujour

« Alors voilà, ça fait deux jours que t’es arrivé, coco, et tu n’as toujours pas acquitté la rançon de ton accréditation ». Ainsi ânonne et psalmodie la bonne conscience professionnelle du journaleux pris par ycelle en délit de flânerie para-touristique à Budapest, capitale révolutionnaire du XIXe siècle et capitale du porno de la fin du XXe.

A décharge, ledit journaliste bredouille : « Hé, doucement, la Conscience, le Sziget, c’est bigger than life, c’est colossal – et y’a pas d’autre mot : Autant dire qu’on n’en fait pas le tour en deux heures ». Pas question de la jouer à la Guillaume Durand (ou l’art de parler de livres sans les avoir lus) et empoigner son ordi sans avoir approché vraiment le festif objet d’étude, lequel passe par une immersion anthropologique obligée.

Or donc, voici le journaliste dans la baraque à journaille posée au cul de la Main Stage (où, soit dit en passant, Rise Against défouraille bruyamment), flanqué d’un type qui, pour des raisons nébuleusement professionnelles, joue à quelque jeu vidéo de fouteballe et consulte son Fasbouque.

Alors, que les choses soient claires : le Sziget, c’est d’une ampleur et d’une diversité d’activités telles que même sans la prog musicale il justifie totalement de traverser la moitié de l’Europe – même, comme votre serviteur, s’il en coûte 24 heures de bus, un dîner halleumand avec eine große saucisse sur quelque grise aire d’autoroute, et les chants d’une cohorte juvénile fleurant bon le Biactol et la joie alcoolisée.

Colossal, donc : une île entière avec des dizaines de stands, dont certains tout à fait improbables : vous aurez plus de détails dans les prochains épisodes), 400 000 festivaliers, des bracelets d’accès à gogo (à l’heure où je vous écris, je tiens pour tiers du journaliste, tiers du touriste bronzé à tongs et pour tiers du sapin de Noël, le poignet enguirlandé de 2… 3… 4… 5 bracelets).

Les choses ont commencé voilà deux jours. De cagnard magyar en averse de pure formalité, il a d’abord fallu pénétrer le festival après une fouille molle (imaginez les vigiles d’aéroport se contentant de tâter votre sac fermé), courir à gauche, à droite, planter la tente, retrouver la compagnie, sympathiser avec des Zollandais, faire un état des lieux, s’offrir une tournée dans la ville avec le CityPass, rater l’entrée des thermes Séchenyi, vider quelques litres, prendre la (dé)mesure de tout ceci…

Lundi, c’était le « J-1 » du Sziget, le « Geztivál ». Référence à Péter Geszti, que j’entends en cours d’après-midi lors de la balance. Je crois à une sorte de plaisanterie, ne réalise pas tout à fait qu’il s’agit d’une balance, m’amuse de voir quelque indifférents passer devant la Main Stage et s’en aller dans la même course… Pourtant, le soir, cette vedette hongroise, qu’une rencontre me présente comme « un mélange de Will Smith, ABBA et Dany Brillant », fait un tabac, la magyare foule reprenant de bon c(h)œur ses tubes… Des concerts de-ci, de-là, animent toute l’île d’Óbudai, les stands innombrables répandent leurs lumières, leurs odeurs de bouffe thaï, grecque, yougoslave, hongroise – grasses, surtout. Et partout, procession de gais buveurs. On rencontre des Néerlandais, des Belges, et des gens des quatre coins du continent ; on se couche avec un vague ronron de chants paillards (ô le « Paye ta chatte » au sens sybillin, ô la féminine poésie du « Mets ta bite sur mon épaule » trouant le sommeil vers 4h du matin) ; on se réveille avec des feulements death metal ou des cocoricos humains.

Au « J0 » (hier soir, donc), Prince offre une performance de très haut niveau : quelque 2h30 de concert, une foule compacte et enchantée, mon sac fouillé (dommage pour le curieux, y’avait rien à y pêcher), un solo de basse bluffant, des soli de guitare ébouriffants, une danse hautement stylée et des musicien(ne)s impeccables et canon, pluie de confetti, et tutti quanti. Très beau concert. Ca commence fort.

Il est maintenant temps de filer : y’a ce soir une ribambelle de choses à voir (dont Pulp, Motörhead, Within Temptation, AfroCubism, Interpol et Empire of the Sun…choix difficile) un programme à établir si je veux pouvoir vous causer du bar à oxygène, de la tente « Acropole » (discussions philosophiques), des stands d’escalade où je pour Toutelaculture.com je braverai le vide et la pesanteur (pensée pour Calogero), la tente spiritualité, l’espace ambient, l’espace lecture, la patinoire sur glace et tant et plus. Et sûrement aussi la tente mariage où j’ai à cœur d’embarquer ma belle pour un mariage devant des sosies au rabais de Marilyn et d’Elvis. Et tant pis pour celles à qui j’ai déjà promis le mariage : j’ai promis Las Vegas, pas Budapest.

A demain, les cocos.

 

PS – Les photos ce sera pour demain. Faut pas déconner.

Jérôme Sabbagh & Laurent Coq trio au Sunside: Fragments d’été
Interview du pianiste jazz Omer Klein
Mikaël Faujour

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