Musique

Slipknot : (sicnesses) : Live at Download

10 octobre 2010 | PAR Mikaël Faujour

En une dizaine d’années, Slipknot a imposé son nom au sommet du metal US, au côté de Slayer ou Pantera. Captée le 13 juin 2009, lors du Download Festival, devant rien moins que 80 000 personnes, la performance live que documente (sicnesses) en apporte une nouvelle confirmation criante et éclaire le pourquoi d’un succès aussi mystérieux que leur univers est brutal.

Pour ceux qui seraient si éloignés du metal qu’ils n’auraient jamais entendu parler de Slipknot, résumons simplement : ce groupe venu de l’Iowa a, dès son 1er album (le 2e, diraient les puristes, mais Mate. Feed. Kill. Repeat. est davantage une démo) en 1999, rencontré un succès commercial très surprenant tant l’univers du groupe est extrême.

Sur le plan musical, un torrent chaotique et brutal de percussions puissantes et de riffs acides, d’atmosphères insanes et d’aboiements féroces. Quelque chose de menaçant et cependant irrésistible, comme peuvent l’être les meilleurs films d’horreur. Et ce rapprochement avec le cinéma d’horreur est d’ailleurs confirmé par l’aspect visuel du groupe, qui a digéré tout l’imaginaire américain dans son versant le plus atroce, et singulièrement les masques que portent les 9 membres. Références aux films d’horreur (Frankenstein, Le Silence des Agneaux, Halloween, Ça, Hellraiser) aussi bien qu’à de très réels tueurs en série américains (le clown rappelle John Wayne Gacy, le chanteur et son masque « leatherface » rappelle indirectement Ed Gein par citation de Massacre à la tronçonneuse).

Combinaison d’une musique extrême et d’un visuel spectaculaire et horrifique, Slipknot tient à la fois du death metal de Morbid Angel et du sens scénique d’Alice Cooper, dont il propose une vision moins ludique et grand-guignolesque, mais ressortissant davantage d’une féerie de la brutalité. Les 9 masqués font exploser musicalement et scéniquement le refoulé des sociétés pacifiées, dont ils agitent les monstres et les hantises : mort, suicide, guerre, cruauté, peur, violence, solitude – ce en quoi le groupe rejoint d’ailleurs une tradition des représentations masquées.

Blabla mis à part, et pour en revenir à ce qui nous excite (la musique, la mise en scène), (sic)nesses pourrait bien s’avérer l’un des meilleurs DVD musicaux de l’année. 80 000 persones. Un set de 18 titres, avec la plupart des meilleurs morceaux du groupe (on regrettera l’absence de l’imparable « Heretic Anthem »). 9 musiciens au sommet de leur art, à commencer bien sûr par l’époustouflant batteur Joey Jordison, du niveau d’un Dave Lombardo (Slayer). D’ailleurs, la comparaison avec Slayer vaut aussi pour la paire de guitaristes Mick Thomson / Jim Root, qui égale en brio Kerry King et Jeff Hanneman. Pyrotechnie, set de batterie surélevé et tournant sur lui-même à la verticale, percussions martelées à coup de battes de base-ball ou jetées en vrac sur scène, débauche de mouvement et d’énergie : Slipknot est une machine de guerre rodée par et pour la scène, et ce que seuls les Américains osent, avec leur sens de la démesure inégalé.

On signalera les quatre clips du dernier album, parmi lesquels se distinguent les remarquables et très troublants « Dead Memories » et « Snuff » (ce dernier étant réalisé par Shawn « Clown » Crahan, un making-of figurant d’ailleurs dans les bonus), ainsi que l’inutile pseudo-« documentaire » sur la tournée 2009 du groupe, qui constitue la matière principale du superfétatoire 2e DVD. Un collage d’images confuses et affligées d’un son désastreux ne mérite pas vraiment d’être qualifié de documentaire.

Mais ne boudons pas notre plaisir : (sicnesses) est hautement recommandable aux amoureux de metal et de Slipknot en particulier. Par son importance sur la scène metal d’abord, mais aussi par ce qu’il dit du monde actuel, Slipknot est clairement un groupe essentiel de ces dix dernières années.


Slipknot – (sicnesses) : Live at Download
Roadrunner, 2010

[A noter : (sic)nesses est dédié à la mémoire du bassiste Paul Gray, l’un des membres fondateurs du groupe en 1995, décédé le 24 mai 2010 d’une overdose. Le groupe devrait néanmoins poursuivre son histoire, avec un nouveau bassiste, donc.]

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