Musique
Sandrine Piau songe au rêve

Sandrine Piau songe au rêve

16 mai 2011 | PAR Bérénice Clerc

 

Sandrine Piau, pur éclat de voix français, chanteuse simple à la technique sans faille et au charme pétillant, laisse l’école baroque pour tisser, avec Susan Manoff au piano, la partition des rêves et plonger ainsi au pays du romantisme où le songe, la contemplation et les belles mécaniques sont rois.

Harpiste de formation, sa rencontre avec William Christie est décisive, Sandrine Piau mettra tout son talent, sa force, sa fragilité, son éclat et sa pureté au service d’un instrument complexe, la voix.
Pari réussi, elle utilise son instrument avec intelligence et expressivité, sa nombreuse discographie et ses spectacles voyagent dans le monde entier et portent le chant français longtemps désœuvré loin de nos frontières.
« Après un rêve » doit son titre à Gabriel Fauré, ce dernier enregistrement démarre le voyage sur trois « Lieder » de Strauss cristallins et tendres. Susan Manoff et Sandrine Piau nous envoutent ensuite avec « Die Nacht » puis « Das Geheimnis » et « Morgen ! » déclamés avec une fantaisie poétique et une magie inclassable.
L’abandon nous quitte hélas à l’arrivée du français Fauré, l’articulation est très faible, les mots perdent leur forme dans les aigus, la musicalité prend le dessus sur le verbe, les délices vocaux mangent la langue natale de la chanteuse…
Sandrine Piau a pourtant l’étoffe d’une diseuse à la voix étincelante.
L’impétuosité mélancolique de Mendelssohn nous rattrape, « Neue Liebe » à l’écriture quasi instrumentale est une prouesse. L’univers du conte, le pays des sorcières d’ « Hexenlied » vibre avec joie et panache.
Le français Vincent Bouchot, pousse le romantique à son comble dans la langue de Goethe et mêle folklore et raffinement pour ouvrir les portes d’un monde imaginaire de boîtes à musiques déréglées. Loin des ambitions artistiques ou du manifeste esthétique, Bouchot offre à Sandrine Piau le rôle du clown ténébreux censé nous bercer.
Comme Fauré, Chausson et Poulenc souffrent d’un manque d’articulation flagrant malgré une construction et une facture musicale parfaite au niveau vocale.
Benjamin Britten aime comme Bouchot jongler avec le folklore et termine cet opus par trois merveilles inspirées et taillées finement dans la musicalité anglaise.

Le pays du rêve est agréable, le timbre irrésistible et naturel de Sandrine Piau en osmose avec la sensible, délicate et tendre Susan Manoff au piano nous entraine dans un ailleurs impalpable à la pureté irrésistible.
L’interprétation sensible fait couler les notes d’une mélancolie rare de nos jours.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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