Musique
Rock in the Barnévole #2

Rock in the Barnévole #2

20 septembre 2022 | PAR Pierre Pouj

En août, nous vous racontions notre weekend près de Giverny pour aider des bénévoles à la préparation de Rock in the Barn. Ce petit festival indépendant de rock avait lieu ces 9 et 10 septembre. Voici le récit du festival, mais vu de l’intérieur.

Des quelque 130 bénévoles présent.es (sans compter la technique, l’orga..) nous ne connaîtrons pas tous les noms. Certains visages se découvrent même à l’heure du départ, après plusieurs jours d’un festival intense. Dès notre arrivée, Clarisse, référente du pôle bénévole, nous met à l’aise. Un petit speech savamment préparé, un rapide tour des lieux, on déballe notre tente dans l’espace bénévole et, sens du timing parfait, la dernière sardine plantée coïncide avec l’heure du repas. Nous voilà accoudé sur l’une des grandes tables du catering. On vous racontait ici la mise en place de cet espace stratégique pour tout.e bénévole durant un chaud weekend d’août, le voir en action relève d’une toute autre magie. Ces grandes tablées aux chaises baroques, remplies de monde, donnent un air de cantine tout droit sortie de Poudlard (désolé pour la référence, on n’a pas mieux). Service à table, entrée et plat avec option végé, fromage et dessert. Une chose est sûre, on mangera comme des rois et reines ce weekend. La discussion se lance avec le voisin de droite, rapidement coupée par une voisine qui raconte sa meilleure anecdote, l’ambiance est bonne enfant. Certain.es sont là depuis une semaine, d’autres depuis le matin. Les week ends comme celui dont nous contions les méandres se sont enchaînés, jusqu’à celui précédant le festival, où une grosse partie de l’équipe est arrivée et s’est depuis attelée au gros œuvre (les scènes, les lumières, les raccords électriques, les barnums, les bars..). Le temps d’un ultime verre de vin et nous voilà réquisitionné par Engin (à prononcer onéguine) à l’arrière d’un camion remplie de Heras, pour combler les dernières brèches. Ces grandes barrières, une tannée à manipuler et installer, servent à délimiter les espaces, créer des passages et condamner certaines parties de la ferme. Une fois, fait, retour à la case départ, où l’on fait connaissance avec nos voisin.es de tentes, et les copains des copines des copains, pour au final s’endormir dans le cocon de notre tente qui nous attendait sagement.

La météo vexine joue parfois des tours, et il faut savoir jongler entre le k-way et les lunettes de soleil sans se tromper, le port de bottes est d’ailleurs fortement recommandé. Cette incertitude nous suivra tout au long du weekend, chacun y allant de sa petite expertise personnelle « nan mais ça va tenir« , remplacé assez rapidement par un, un peu défait, « de toute façon, ça fait toujours du bien un peu de pluie« . Dans les derniers préparatifs de ce vendredi, avant l’ouverture des portes, prévue pour 16h, il faut répondre à l’urgence de l’imprévu. Le dôme où se trouve le merch (où se vendent T-shirts, vinyles et autres déclinaisons que proposent les artistes de leurs œuvres) fuit. Les regards se tournent vers Eliot, frère du directeur, qui fait office d’autorité compétente. « On a qu’à le mettre là, on va mettre des tables et ça ira », et, en un rien de temps, l’espace est aménagé. Les premiers festivaliers pointent le bout de leur nez, accueillis au parking par l’un des doyens surnommé Papy (on ne saura jamais son prénom) et l’équipe du parking, censé mettre de l’ordre dans le flot de véhicules qui s’annonce. La billetterie assure les derniers préparatifs, Léna, référente du pôle, se bat avec le peu de réseau dont elle dispose (la ferme se trouve dans une zone blanche), avant que Martin, le directeur, n’apporte une borne wifi. Engin joue au pierre feuille ciseaux l’autorisation des canettes dans le camping (au plus grand plaisir des festivalier.ères, il a perdu). Dans une joyeuse ambiance de vacances, les portes ouvrent.

Le festival est divisé en trois espaces. une première scène se trouve dans une prairie, attenante à la grange (n’est pas Rock in The Barn qui veut) où se trouve la seconde, qu’on traverse pour atteindre la troisième, scène principale, dans la cour de la ferme. Le premier concert s’annonce à 18h45, Dye Crap ouvre le bal d’un weekend qui s’annonce intense. Et c’est peu dire. Il faut souligner la qualité impressionnante de la programmation qui s’est jouée pour le bonheur des festivalier.ères durant ces deux jours magiques. Sans rentrer dans une liste longue, détaillée, et barbante, le lecteur ou la lectrice amateur.ice de guitar music se doit de jeter une oreille attentive aux différents noms à l’affiche de cette 13ème édition de Rock in the Barn. Des artistes excellent.es qui, sauf rares exceptions, n’ont été que magnifié.es sur l’une des trois scènes du festival. Côté bénévole, personne ne chôme. A coup de 3 heures de travail puis 3 de pause (« pas plus de 12 heures de travail dans le weekend, j’y tiens » nous disait Clarisse) chacun.e s’affère à sa tâche. Le parking, la billetterie, le camping, les bars, le merch, le cashless, l’accueil d’artistes, gérer leurs loges, les runs (aller chercher/déposer les artistes à leur avion, train, logement, etc..), le catering.. bref, les postes ne manquent pas. Tout cela roule parfaitement dans une ambiance chaleureuse, où, entre deux rushs, on fait la connaissance de nos camarades du weekend. Les amitiés se créent, se consolident, se nourrissent d’une expérience inédite et franchement agréable. L’ambiance est chaleureuse, bienveillante, les festivalier.ères, heureux.ses d’être là, le font sentir, le weekend est une merveilleuse communion de passionné.es de musique.

Les premiers rayons du soleil de ce dimanche matin côtoient les adieux de la Pleine Lune qui nous a suivi tout le weekend. La brume se dissipe sur les quelques bénévoles encore debout, la fête de fin de festival s’est éternisée jusqu’à très tard, ou tôt, question de point de vue. Quelques heures de sommeil plus tard, rendez-vous est pris au catering, où l’on organise le démontage. Les premier.es bénévoles quittent déjà la ferme, celles et ceux qui restent tentent tant bien que mal de mettre du leur pour aider à l’immensité qui s’annonce. Il s’agit de démonter, nettoyer, ranger tout un festival en quelques jours seulement. Nous voilà de retour à croiser le fer avec nos pires ennemies, les Heras et leurs plots. Au moins, le soleil est de notre côté, ce qui semble remonter le moral des troupes. Les équipes se forment, un œil sur la montre, guettant l’ouverture du catering. Jusqu’au soir, les bénévoles les plus téméraires seront au four et au moulin. Un événement est prévu pour la trentaine de volontaires encore présent.es. Dustin Hamman, qui a assuré l’un des premiers concert du samedi -Seb, un bénévole, nous confiait à propos dudit concert « il s’est passé un truc, vraiment« -, et en partance pour Berlin le lendemain, a donné, en guise de remerciements, un magnifique concert au creux de la grange du catering. Au sortir de ce moment comme de son concert de la veille, la parole est unanime. Cet étatsunien d’une cinquantaine d’années, seul avec sa petite guitare éventrée, a le don de bouleverser son audience. Finalement, tout ce petit monde se retrouvera autour d’un feu, luttant contre la fatigue, pour profiter d’un dernier instant de communion avant d’aller rejoindre sa tente, et s’endormir, un goût désagréable de fin de vacances dans la bouche.

Quand on pose la question de pourquoi être bénévole à Rock in the Barn, les récidivistes répondent tous d’une même voix « l’ambiance« . Robin, qui était fidèle festivalier depuis plusieurs années avant de passer le cap du bénévolat pour la précédente édition, nous disait « tu trouveras jamais ça autre part« . Le mot famille, lui aussi largement cité, correspond assez aisément à l’esprit qui règne ici. Les nouveaux et nouvelles, à peu près la moitié de l’effectif selon Clarisse, donnent le même son de cloche. Maximilien, au parking avec Papy pour sa première édition en tant que bénévole, voulait « passer le pas, après 10 ans à faire des festivals« . Il nous quitte ce lundi après-midi avec un « à l’année prochaine » chaleureux. Clarisse abonde : « Tu vois, tous les gens à qui j’ai dit au revoir m’ont dit à l’année prochaine. J’imagine que c’est parce qu’ils se sont sentis bien accueillis, qu’ils ont aimé leur expérience« . C’est en tout cas le sentiment qui prédomine lors de nos propres au-revoir. Sur le quai de la gare, un rendez-vous est pris pour se revoir, des numéros sont échangés, et l’on s’affale sur un siège du TER, rincé. Retour à la vie réelle, retour au quotidien.

On ne le dira qu’une dernière fois, Rock in the Barn vit grâce à ses bénévoles. Mais celles et ceux de ce magnifique petit festival indépendant ne sont peut-être pas comme les autres. Une bande de jeunes et moins jeunes, de profils atypiques et baroques, d’histoires et d’anecdotes, une joyeuse famille réunie, le temps d’un weekend, pour faire vivre, à leur façon, à leur échelle, ce qu’ils et elles aiment, la musique. Le rendez-vous est pris pour l’année prochaine, et déjà celle d’après.

Crédit photo : affiche de Rock in the Barn #13

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