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Rhoda Scott et son Lady All Stars au Parc Floral

Rhoda Scott et son Lady All Stars au Parc Floral

25 juillet 2022 | PAR Cloe Bouquet

Au jazz festival du Parc Floral de Paris, samedi 23 juillet, Rhoda Scott, l’organiste aux pieds nus, jouait avec ses All Stars : Anne Paceo, Julie Saury (batterie), Céline Bonacina (saxophone baryton), Sophie Alour (saxophone ténor), Julien Alour (bugle) qui remplaçait Airelle Besson,  Géraldine Laurent et Lisa Cat-Berro (saxophone alto). Un moment de joie pure.

 

Rhoda Scott, à 84 ans, joue avec une énergie impressionnante. Souriant, dansant, avec ses pieds nus qui se balancent selon la nécessité des pédales, elle m’a toujours fait penser à un enfant qui joue. « Quand j’étais enfant, je dessinais comme Raphaël mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant », disait Picasso. C’est sans doute cette candeur sans naïveté vers laquelle l’art tend, par la reconquête d’une « façon virginale de voir, d’entendre et de penser » (Bergson).

Rhoda est la star du show mais elle laisse la place aux musiciennes (+1) dont elle est entourée : elle présente d’abord les projets personnels de tout le monde, qui « méritent d’être connus ». Quelques morceaux plus tard, elle indique la ville d’origine de chacune et chacun, tous Français : « et moi, je pense que j’ai été française dans une autre vie », dit-elle avec humour.

L’humour, elle en fait preuve tout au long du spectacle : d’abord en nous racontant l’anecdote de la genèse d’un morceau du disque, juste avant de l’interpréter sur scène. Dans le groupe, chacune a participé à la composition des morceaux qui ont formé leurs CDs, le dernier étant « Lady All Stars ». Avant celui-ci, toutes y avaient déjà contribué sauf Julie Saury, à qui ses camarades réclamaient avec insistance une composition. « Mais laissez-moi, laissez-moi », leur répondait-elle. Quelques jours plus tard, elle revint finalement avec une composition. « Ca s’appelle laissez-moi », précisa-t-elle. Ses collègues et amies ont bien fait d’insister.

Puis vient « Golden Age », composition de Lisa Cat-Berro qui avait ouvert le concert avec « City of the Rising Sun ». « Ce soir, je joue sur un orgue vintage », dit Rhoda Scott, avant d’ajouter : « et moi aussi je suis vintage, donc on peut bien jouer « l’âge d’or ». C’est après le morceau qu’elle lance un « bon, je jette mon programme ». En effet, l’organiste ne fait que rarement des listes de morceaux pour ses concerts, ou alors pour ne pas les respecter : elle leur préfère la spontanéité. « On va jouer une composition de Sophie Alour », annonce-t-elle donc sous les regards interloqués de ses musiciennes, qui changent l’ordre de leurs partitions. « Hé oui, c’est moi qui décide, c’est moi le chef », dit-elle, espiègle. Le titre initial de cette composition était « I wanna move my body », explique-t-elle, mais a été étrangement censuré par leur producteur pour se raccourcir en « I wanna move »… en tout cas, la musique reste la même, heureusement, nous donne envie de bouger et fait la part belle, surtout au début, aux deux excellentes batteuses.

Dans un prochain morceau, Céline Bonacina nous emporte dans un solo où elle commence calmement, par quelques notes seulement, jouant davantage de la rythmique, pour arriver progressivement à une virtuosité véloce avec des sauts impressionnants entre graves et aigus, aigus étonnamment hauts pour son saxophone baryton.

Petit coup de coeur pour « les châteaux de sable » d’Anne Paceo et ses ambiances, dont l’introduction à la batterie solo hypnotise et figure le sable glissant.

Au moment du rappel, nous avons eu une belle surprise : un homme dans le public, en costume blanc, s’est mis à danser devant le premier rang, entraînant avec lui quelques individus sur le côté des rangées. La sécurité a eu l’air d’hésiter à intervenir et puis, eux-mêmes amusés, ils ont assisté avec nous à ce fabuleux déhanché.

« La musique apporte de l’énergie, du bien-être », disait Rhoda Scott dans une interview pour l’Avignon Jazz festival. « Quand on écoute Mozart, on a l’impression que tout va bien dans le meilleur des mondes. Les gens devraient écouter davantage de musique, je pense que ça leur ferait du bien. »

Son ambition est en effet, de son propre aveu, de communiquer un peu de joie qu’elle trouve dans la musique : c’est réussi.

 

Visuels : © CB

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