Musique

Rétrospective Musique : janvier 2011

06 février 2011 | PAR La Rédaction

Voici notre première rétrospective mensuelle de l’année 2011. Nous ne saurions prétendre à l’exhaustivité : n’y apparaissent pas, par exemple, l’excellent EP de Viva & the Diva, le nouvel album d’Iron & Wine, le premier album du mystérieux combo metal suédois Ghost, qui a fait couler beaucoup d’encre, ni le dernier The Decemberists ou encore l’album de Funeral Party The Gold Age of Nowhere, ou le dernier de Braids, Native Speakers. Peut-être nous faudra-t-il un peu de temps pour les bien digérer. Des concerts parisiens se profilant pour plusieurs d’entre eux, nous aurons l’occasion de vous en reparler. Pour l’heure, voici nos chroniques des sorties de janvier, essentiellement des coups de cœur.

ROCK / The Eighties Matchbox B-Line Disaster, Blood and Fire (Black Records)

S’il fallait envoyer chaque groupe en enfer pour qu’il nous revienne galvanisé sentant le souffre et la sueur avec une telle soif de résurrection qu’il ne pourrait qu’accoucher d’un chef-d’œuvre, alors je veux bien, fourche à la main, en pousser quelques-uns à aller lorgner là où le quintet de Brighton est allé chercher son Blood and Fire. Car de l’enfer, les Eighties Matchbox B-Line Disaster, ils en reviennent sûrement après nous avoir laissé avec l’excellentissime The Royal Society (2004), des cures de désintoxications à répétions, l’abandon du label et du management, une parenthèse cinématographique en Russie, des premières parties peu adaptées (System of a Down, Queens of the Stone Age…), trois changements de line-up et un penchant pour la méditation à grand renfort de substances en tout genre, ils ont su réunir les forces pour revenir avec ce très réussi troisième opus. Emmené par l’hallucinant et apocalyptique chanteur Guy McKnight, le groupe entre dans le vif du sujet avec l’entêtent et fédérateur « Love Turns to Hate ». Sur cette brûlante entrée en matière on s’attend à ne pas être déçu. Si l’on retrouve immédiatement la marque psychobilly et la voix caractéristique de McKnight très loin dès schémas établis du bien terne rock anglais de ces dernières années, on y trouve aussi la marque indéniable d’un sens de la mélodie (« So Long Goodnight », « Are You Living », « Homemade ») et des ambiances lourdes et pesantes (« I Hate the Blues », « Never Be the Same ») nous invitant à un road movie sous acide (« Mission from God », « Monsieur Cutts »). En majeure partie composé près de Limoges et enregistré avec un budget misérable avec maintenant Tristan McLenahan à la guitare (grandement responsable de la résurrection du groupe tant les choses semblaient évidentes lorsqu’il les a rejoints après la défection de Rich Fownes, appelé par Nine Inch Nails pour finalement ne même pas y jouer…), cette douzaine de titres lorgne aisément vers toutes les franges du rock, celui qui suinte et qui prend aux tripes (« Under My Chin », « Man for All Seasons ») comme celui qui nous balade dans les envolées psychédéliques de McKgnight (« Don’t Ask Me to Love You »), de quoi redonner le sourire à feu John Peel, en proie à quelques doutes quand à l’héritage qu’il a laissé à ses semblables. Comme la pochette du disque l’annonce, un phénix de lumière et de sang digne des pochettes les plus hallucinées de 13th Floor Elevators, on se languit déjà à l’idée de les voir ou de les revoir sur scène, tant leurs shows ne laissent pas indifférents. Sauf que les Eighties Matchbox sont aussi talentueux qu’imprévisibles et l’on apprenait en décembre que c’était de nouveau la fin. Une nouvelle dont on se serait bien passé tant ils font du bien à ce que l’on peut se mettre sous la dent en provenance de l’autre coté de la Manche. S’il est bon ton de ne garder que le meilleur des morts, ce n’est surement pas par charité que nous saluons The Eighties Matchbox B-Line Disaster, mais bien parce que ce Blood & Fire est splendide.

Camille Jamain

POP / The Go! Team, Rolling Blackouts

4 ans après Proof of Youth, the Go! Team resurgit des caves de Brighton pour un troisième opus plus séduisant et plus mature, un peu plus incliné pop mais toujours aussi explosif et hétérodoxe. Rolling Blackouts, c’est tout d’abord une ouverture : « T.O.R.N.A.D.O. », à scander violemment, massif tube hip-hop, tout en fanfare déconstruite, est un superbe introductif à l’album et, à l’image de ce groupe spécialiste du contre-pied permanent, un avant-goût trompeur. Non que le collectif de Ian Pairton ait jeté aux orties sa délicieuse manie de faire cohabiter à l’intérieur d’une même chanson une très large gamme de genres et d’influences musicales. Dans Proof of Youth, on touchait parfois à la limite de ces mélanges diaboliques ; en se perdant dans les strates, on en voyait les faiblesses. Ici the Go ! Team s’est fait plus précis, plus synthétique dans ses arrangements, éliminant les enluminures un peu trop lourdes pour en parsemer plus à l’intérieur de l’album entier. Plus pop et moins hip-hop, Rolling Blackouts, s’il demeure globalement un album marqué par un savant foutoir, condense ses inspirations en les mettant plus clairement en avant, dans la lignée du premier album de The Go! Team, en identifiant certaines chansons plus précisément. « Buy Nothing Day » apparaît ainsi comme le pendant pop du tube rock « Huddle Formation » (issu de Thunder, Lightning, Striking, 2005), de la même manière que « Super Triangle », plus doucettement aérien, toutefois, que le vif « Everyone’s a V.IP. to Someone ». Creusant plus profondément son sillon, The Go! Team fait de chacune de ces treize chansons une inclinaison possible, une porte ouverte vers un imaginaire : « Ready to go steady », girl power spectorien, pour une route en Californie, fin des sixties ; virant MC5 au féminin à l’occasion d’un refrain de « Voice Yr Choice ». Beastie Boys de-ci-de-là, fanfare souvent. Le tropisme américain de the Go! Team les conduit des chants de cheerleaders de « Bust-out Brigades » à un récapitulatif psychédélique des thèmes du western dans le grandiose instrumental « Yosemite Theme » – comme un Dimitri Tiomkin sous acides. Si l’album est plus pop que les précédents, les mosaïques musicales de The Go! Team gardent leur hétérodoxie fondamentale. Au milieu d’un délire mieux organisé que dans les précédents albums, toujours un petit bout de piste à savourer, une trompette, un refrain, un thème sous-jacent et insolite. « Hip-hop technicolor » dixit Ian Pairton, comme une Amérique qui vire des routes californiennes aux lycées en passant par le désert, vers Brooklyn et, traversant l’Atlantique les studios d’une des cités balnéaires les plus tristes d’Angleterre, ce troisième The Go! Team réussira encore à faire danser les plus indolents. Pas un mince exploit.

Raphaël Czarny

CHANSON / Flow, Larmes Blanches (Wagram)

A la première écoute la voix rauque de Florence Vaillant résonne comme celle de Mano Solo ou de Tracy Chapman, un trouble vous saisit, est-ce un homme, une femme… ? Peu importe, la voix est entraînante, enivrante et emporte dans son univers mélancolique, généreux, réaliste et positif. Quel bonheur d’entendre des textes recherchés non pour leurs rimes pauvres mais pour le plaisir de partager, de transmettre, mêler les mots pour soulager peut-être les maux. La musique n’est pas en reste : du piano, du rythme, de l’électrique bien maîtrisé, enfin autre chose que le couple guitare /voix sans relief. La poésie brut de Flow touche parfois le fond de la peine, à l’image du titre « Passé » ; « Les sens à l’usure » donne à entendre une blessure béante ; « Les Anges » montre la vie violente, l’âme meurtrie, mais la vie, l’espoir sont intacts. « Le sourire d’un môme », « Les Arbres » ou « Rouge » dévoilent un univers joyeux, rock, flamenco, sans pour autant laisser de côté l’engagement des textes. Dans la lignée du Renaud des années 80 ou d’un Gainsbourg, les textes s’engagent sur le terrain politique, parlent aux citoyens, dénoncent, informent comme le titre « Citoyen », en forme de Marseillaise sans outrage au drapeau. « Dégénère » et « Les Petites figures » sont faites du même bois. L’originalité, la richesse, le niveau d’écriture des textes, la multiplicité des musiques placent Flow dans la cour des grands, loin des chanteuses commerciales à hauts talons et gros seins livrées sans cerveau ni charisme. Ancien grand reporter, Florence Vaillant grave aujourd’hui les peines du monde sur le papier et tisse des chants pour les donner à entendre. A l’écoute de cet album, la première envie est de voir Flow sur scène, de vibrer avec le groupe, de se laisser emporter par la musique des mots.

Bérénice Clerc

ROCK / Pearl Jam, Live on Ten Legs (Monkeywrench/Universal)

En 1998, la bande à Eddie Vedder sortait un Live on Two Legs (titre en forme de clin d’œil au « Death on Two Legs » de Queen), premier album live. Treize ans plus tard – et après 5 nouveaux live (sans compter les innombrables « bootlegs officiels »), voici donc Live on Ten Legs, compilation de morceaux enregistrés en concert sur une période de 7 ans (2003-2010). L’album débute avec le très rock’n’roll « Arms Aloft » de Joe Strummer & the Mescaleros, l’une des deux reprises de l’album (l’autre étant « Public Image » de Public Image Ltd). Balayant assez largement le vaste répertoire de Pearl Jam jusqu’au dernier album Backspacer (« Got Some », « The Fixer » et le magnifique « Just Breathe », un des plus beaux morceaux du groupe toutes périodes confondues), cet enregistrement a ce qu’il faut d’exaltation et de nerfs pour s’écouter avec joie et pour enchanter tout fan du groupe et de rock enlevé. Cela n’en fait pas un disque indispensable, mais il mérite l’écoute. « Got Some », « State of Love and Trust », « Spin the Black Circle », « Nothing As It Seems » sont particulièrement exaltants – et bien sûr, le splendide « Just Breathe ».

BLUES / T-Model Ford & GravelRoad, Taledragger (Fat Possum)

Dans la descendance de John Lee Hooker, le doyen T-Model Ford, qui approche l’âge canonique de 90 ans (et dont la carrière discographique semble n’avoir débuté qu’en 1997 après une vie de galères, d’un meurtre et d’un long séjour carcéral), déroule un blues électrique dans ce qu’il peut avoir de plus étourdissant, de plus obsédant, tant il est hypnotique jusqu’au psychédélisme – ce en quoi il a quelque parenté avec un Buddy Guy. Une production soignée, où la guitare est reine partout, le chant – de cette voix émouvante et impérieusement placide qu’on ne connaît qu’aux très grands bluesmen dans l’automne de l’âge – flottant dans les éthers de sa réverb’, basse changeante, ronde ou grasse, batterie sans exubérance, métronomique. Recueil de huit chansons superbes,  nonchalantes ou enlevées, tapissées de frémissements de Hammond B3, ponctuées de piano électrique (l’implacable titre d’ouverture « Same Old Train ») ou d’un sax rauque en liberté (« I’m Coming Home »). Mention spéciale au fabuleux « How Many More Years », blues psychédélique, dont les gras riffs de basse ronronnent à 100 pieds sous une guitare en royauté dans ses éthers de wah-wah lascive. Si T-Model Ford n’est pas un géant du blues, Taledragger est en tout cas un bel album de blues, solide, par instants captivant. C’est déjà beaucoup.


FOLK / Lia Ices, Grown Unknown
(Jagjaguwar)

Ou bien on prend Grown Unknown tel qu’il est en oubliant tout le reste ; ou bien on empile les comparaisons pour en réduire l’intérêt. En l’espèce, il faut reconnaître que les compositions, sans manquer ni de charme ni d’idées, évoluent dans un territoire très balisé ces dernières années (grosso modo, le folk « arrangé », comme on dirait « rhum arrangé »). Immanquablement, les rapprochements ne manquent pas de venir à l’esprit – Cat Power et Feist pour les plus évidentes, voire Joanna Newsom (« Lilac »), Olivia Pedroli (« Ice Wine ») ou Florence & the Machine pour des parentés plus lointaines. Mais pour peu qu’on délaisse l’absurde réflexe consistant à minorer par comparaison, on découvre une artiste de talent, aux compositions raffinées, à l’image du single « Daphne » (à télécharger ici), sur lequel Justin Vernon (Bon Iver) vient pousser la voix. Autour de la voix et des arpèges de guitare acoustique, entrent d’abord des arrangements de cordes délicats, puis un dodelinement de piano, puis le rimmel d’une guitare électrique. À mesure qu’avance l’album, on se laisse oublier les références et comparaisons, pour se laisser emporter par des chansons douces, graciles, à la beauté éthérée, rehaussées d’arrangements variés (orgue, piano, cordes, trombone, mellotron…) jamais écrasants, mais qui transportent plutôt, à l’image du somptueux « Ice Wine ». Grown Unknown est possiblement de ces albums qui d’abord laissent circonspect et dont la séduction est lente mais, d’écoute en écoute, irrémédiable.

METAL / Times of Grace, The Hymn of a Broken Man (Roadrunner)

Formé par le guitariste et l’ex-chanteur de Killswitch Engage, respectivement Adam Dutkiewicz et Jesse Leach, Times of Grace sortait ce mois-ci son premier album chez Roadrunner. À la clé, un album metal assez typiquement américain, puissant, lourd et mélodique. On est, pourtant, assez rarement proche du son de Neurosis, auquel le nom du groupe semble faire référence (Times of Grace, sorti en 1999, est un des meilleurs albums de ce séminal combo californien), hormis sur le bouillonnant « The End of Eternity ». Quelques réminiscences mélodiques rappellent le son de Göteborg, a fortiori In Flames (et, par ce biais, Iron Maiden), voire les élans lyriques d’Opeth, mais le chanteur Jesse Leach, malgré des incursions dans le death metal, privilégie nettement les élans mélodiques et aériens. Les compositions se font volontiers progressives. On remarque aussi cette guitare carillonnante façon post-rock (« Fight for Life », « Until the End of the Days », « The End of Eternity »…), broderie sonore du meilleur effet, dont on regrette que le groupe n’ait pas tiré davantage profit. Times of Grace livre un premier album superbe, sans guère de temps mort, solide du début jusqu’au très beau titre final « Fall from Grace ». Un album qui sait alterner des respirations mélodiques ou accalmies aux passages les plus bouillonnants et qui brasse de façon décomplexée sonorités post-rock, sens mélodique hérité de la scène de Göteborg, voire blues (sur la jolie ballade « The Forgotten One »). Lourd et aérien, mélodique ici et là tempétueux, Times of Grace emprunte un sentier qui pourrait le conduire à une vision personnelle du post-metal. Des titres comme « Until the End of the Days » ou « Hope Remains » laissent augurer du meilleur, combinant la puissance du metal et le dramatisme du post rock.

ROCK / Royal Republic, We Are the Royal (Roadrunner)

Rock jubilant et énergique, à mi-chemin du garage et de la pop, le premier album des Suédois Royal Republic est une réussite totale. Sorti en 2010 au pays de Bergman et en ce mois de janvier 2011 pour ce qui nous concerne, We Are the Royal enchaîne les perles de rock déglingo et joyeux et guère cérébral, dans la droite ligne de leurs compatriotes The Hives  ou des Écossais Franz Ferdinand. Pour ses trois singles d’excellence (« All Because of You », « Tommy Gun » ou « Underwear »), l’album vaudrait déjà tout l’intérêt de l’auditeur. Mais c’est en fait un album globalement très solide, frénétiquement dansant, bêtement joyeux, qui offre une belle enfilade de tubes potentiels – le très Franz Ferdinand-esque « Full Steam Space Machine » ou encore l’imparable « Walking Down the Line ». Un groupe à suivre. Ils seront d’ailleurs à la Maroquinerie ce samedi 5 février.

FOLK / Smoke Fairies, Through Low Light and Trees (V2/Cooperative Music)

Album de folk brumeux, éthéré, plus nettement britannique (tendance Fairport Convention) qu’américain, Through Low Light and Trees révèle un duo féminin en pleine possession de ses capacités. Recueil de compositions entêtantes et capiteuses, dominées par le lacis hypnotique des voix de Katherine Blamire et Jessica Davies, cet album éclaire assez nettement pourquoi Jack White ou Richard Hawley ont craqué sur ces musiciennes. Malgré une dominante de folk rock éthéré jusqu’au psychédélisme (le single « Hotel Room », notamment), au chant réverbéré et parfois tapissé d’orgue Hammond, ce premier album (les deux Anglaises avaient sorti au printemps dernier une compilation) s’aventure aussi bien en territoire blues avec le crépusculaire single « Strange Moon Rising », de toute beauté, que dans des ballades splendides (« Summer Fades », « Devil In My Mind »). Un très bel album, qui ravira tant les amoureux de british folk (et donc ceux conquis par le pastoral folk rock du dernier album de Midlake qui en faisait son miel), que ceux des atmosphères brumeuses de Mazzy Star, ou des harmonies vocales enchanteresses de School of Seven Bells.

ROCK / Crocodiles, Sleep Forever (Fat Possum)

Sleep Forever débute avec une fausse piste, « Mirrors », excitante rencontre de Neu ! (rythmique métronomique implacable et riff de synthé) et The Jesus & Mary Chain (décharges de guitare électrique & refrain pop irrésistible). La suite délaisse tout à fait l’aspect krautrock pour une noisy pop fort bien gaulée et rehaussée d’orgue Hammond du meilleur effet. « Stoned to Death » ou « Billy Speed » sont étourdissants, les mélodies nageant dans la saturation grinçante. Sur « Hollow Hollow Eyes », une basse distordue scandant une rythmique réminiscente de « Have Love Will Travel » (The Sonics) et l’orgue étincelle sur les refrains en envolées psychédéliques. Avec « Girl in Black », le groupe lève le pied, pour quelques instants d’absolue douceur en flottaison dans les éthers, entre post-rock et drone. « Hearts of Love » est un bel hommage au Jesus & Mary Chain, que les mauvaises langues qualifieront de plagiat et les bonnes oreilles de pur plaisir. Cascades d’effets (fuzz, feedback, wah-wah, réverb), atmosphère capiteuse, merveilleuses mélodies pop, rythmiques lancinantes et Hammond en liberté : Crocodiles livre avec ce deuxième album un disque shoegaze  (ou noisy pop ou psychédélique ou tout ce que vous voudrez) tout à fait excitant. Si deux ou trois morceaux sont plus faibles, l’album recèle suffisamment de tubes rock potentiels pour s’avérer, au fil des écoutes, franchement addictif.

Mikaël Faujour

ROCK / Wire, Red Barked Tree (Cooperative Music)

Plus de trente ans après la formation du groupe au collège de Watford, Wire nous présente son onzième album avec le même line-up qu’à sa formation (Colin Newman, Graham Lewis et Robert Grey). L’album s’ouvre sur un « Please Take » au contraste surprenant, où les paroles de Newman (« Please take your knife out of my back ») viennent s’opposer à ces mélodies aériennes et langoureuses. Les trois premiers titres plongent dans une ambiance indécise. Vers quoi tend l’album ? Pourquoi cette alternance entre le rapide « Now Was » et le calme « Adapt » ? Soudainement arrive ce magnifique « Two Minutes », envoûtant, énergique, corporel, où un  dialogue s’installe entre les voix derrière ce riff diabolique. On croit alors que l’album va réellement décoller. Patience ! Il prend son envol, comme une préparation à la suite.  On commence juste à comprendre la capacité du groupe à créer des chansons sombres, mélancoliques, d’une excellente construction. A la fois pop, punk et plus encore, sur « Clay » et « Bad Worn Thing », le disque atteint son point culminant avec un « Moreover » hargneux, terriblement efficace, qui insiste à trois reprises pour finir en vague tiraillante, rappelant les débuts du groupe. « A Flat Tent » achève l’auditeur définitivement. Actuel, inclassable, inexplicable. Tout s’enchaîne ensuite très rapidement. Jouant sur les contrastes entre les titres dans la première partie de l’album, les 5 dernières chansons entraînent dans l’obscurité, vers un Wire sombre pour conduire à un « Down to This » rappelant toute la maîtrise mélodique et atmosphérique du début de l’album. Les enchaînements étranges à la première écoute, qui empêchent d’étiqueter l’album, se transforment inévitablement en une richesse incroyable. Aucun titre à jeter tant la surprise que suscite leur succession est efficace. L’album s’achève sur un « Red Barked Trees » au lyrisme incroyable. Une démonstration en 11 titres : une musique subtile que l’on s’approprie, qui demande un effort d’écoute tout en paraissant simple, accessible. Un album pour se rappeler qu’il y a des groupes qui travaillent au-delà des seuls titres, sur des albums ; des groupes comme Wire qui pensent à l’interaction entre les chansons, ce qui dans le cas présent, est d’une jouissance incroyable. Du bonheur !

François-Xavier Delaby

SOUL / Charles Bradley, No Time for Dreaming (Dunham Records/Differ Ant)

La voix de Charles Bradley bénéficie d’un écrin musical clairement à la hauteur de son talent. Des compositions ciselées de main de maître, soutenues par une production vintage aux petits oignons qui capte l’essence même du genre. Section rythmique au cordeau (mention spéciale aux lignes de basse groovy à souhait), guitares cocottes aux accents funky, cuivres chaleureux, touches d’orgue Hammond, tout y passe. Un son qui trouve ses racines dans les références en la matière, les légendaires Stax et Motown, même si No Time for Dreaming est plus proche des productions « Deep Soul » que des arrangements parfois sirupeux et aseptisés du célèbre label de Detroit. L’album est d’une grande homogénéité, mais s’en dégagent quand même quelques titres. On pense en premier lieu au single et titre d’ouverture « The World (Is Going Up in Flames), au groove imparable, ou à « Golden Rule » qui semble tout droit sorti d’une BO de film Blaxploitation des années 70. On succombe à la voix déchirante sur « Lovin You Baby », hymne soul à l’amour ou sur « Why Is It So Hard », vision désenchantée du Rêve américain. Et que dire de « How Long » et son tempo lent et lourd qui rappelle immédiatement le « I Put a Spell on You » du fou furieux Screamin’ Jay Hawkins. No Time for Dreaming est un disque enflammé, vibrant, sensuel, qui annonce l’aube d’une carrière à surveiller de près. Ce Charles Bradley est en tout cas un bon moyen de croire encore très longtemps en l’avenir de ce style musical. Le vétéran sera d’ailleurs en concert à la Maroquinerie le 17 février accompagné de son backing band The Menahan Street Band. Il y partagera l’affiche avec le très classe et très funky Lee Fields & The Expressions.

[Lire ici le texte intégral de la chronique]

Vincent Brunelin

5 et 6 février : Le Maghreb des livres à Paris
Et cependant, mis en scène par Sylvie Baillon au Théâtre Dunois
La Rédaction

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