Classique
Requiem de Mozart : Une odeur d’encens enveloppe la Philharmonie

Requiem de Mozart : Une odeur d’encens enveloppe la Philharmonie

10 mai 2022 | PAR Pascal Gauzes

Le temps d’une soirée exceptionnelle, la Philharmonie de Paris prend des airs de lieu de culte pour un Requiem de Mozart interprété avec brio par le Concert des Nations et la Capela Nacional de Catalunya dirigés par Jordi Savall.

Une mise en condition jupitérienne

Attaquer une soirée par un Kyrie n’est pas chose aisée. Aussi pour offrir un zone tampon, le programme propose la Symphonie N°41 en ut majeur dite « Jupiter » de Mozart, permettant ainsi de faire connaissance avec Le Concert des Nations et son chef Jordi Savall. Le violoniste, chef de chœur et chef d’orchestre espagnol, en activité depuis plus de 50 ans a créé en 1989 avec Monserrat Figueras le Concert des Nations pour interpréter avec la plus grande fidélité les œuvres allant de 1600 à 1850. D’une grande richesse, cette symphonie est particulièrement remarquable pour son final, dont on ressent l’intensité aussi bien dans le rythme qu’elle nous offre que par les gouttes de sueur que le pourtant très placide Savall est obligé d’éponger au dernier coup de baguette. Si les bois, particulièrement la flûte, dialoguent avec des cuivres très présents, c’est la complicité des deux plus jeunes violons qui attire l’attention, volant presque la vedette au reste de l’orchestre, donnant une image délicieusement humaine et chaleureuse à cet Orchestre des Nations.

Un chœur mis à l’honneur à la hauteur des espérances

Après une pause, l’orchestre revient accompagné du chœur, La Capella Nacional de Catalunya, créé à la même époque sur le Concert des Nations par Jordi Savall. Si le requiem est la forme de musique sacrée mettant le plus en avant le chœur, celui de Mozart est également rythmé par quatre voix de solistes. Dans cette version du requiem on apprécie la précision. Alors qu’il l’a enregistré dès 1991, le Requiem de Mozart est un classique pour le Concert des Nation qui surprend toujours en en proposant une version majestueuse et apaisée. La dimension sacrée est parfaitement illustrée par un chœur dont les visages sont graves sans être sombres. Vingt-et-un choristes (6 sopranos et les autres tonalités à parité) élèvent à l’unisson leur voix pour accompagner le défunt vers d’autres cieux : le Rex Tremedae est scandé avec une netteté telle qu’elle laisse penser que le divin n’est pas loin. Évidemment, la palette des émotions par lesquelles l’auditoire d’une messe de requiem est censé passer est parfaitement exposée, à tel point que par effet synesthésique on pourrait presque sentir l’odeur de l’encens, traditionnel de ces cérémonies religieuses.

Une solennité quasi parfaite

Si le chœur est irréprochable, on peut regretter le choix d’un baryton (Manuel Walser), plutôt que d’une basse, qui, malgré une excellente tenue vocale, manque de profondeur. Le ténor (Mingjie Lei) est particulièrement puissant dans son interprétation, mais on regrette qu’une certaine désinvolture quand il ne chante plus ne casse avec le solennel de la messe. De son côté, Marianne Beate Kielland minaude lors de ses passages vocaux, donnant un côté trop baroque. Ainsi, seule Rachel Redmond, offre une performance irréprochable aussi bien vocalement que corporellement. Le requiem se termine dans un Communio alliant puissance et beauté, offrant une vertigineuse esthétisation de la mort. En cinquante minutes, le tempo est soutenu, et nous pourrions en rester là, l’âme en paix.

Un bis en prière de paix

Jordi Savall prend alors le micro après une première salve d’applaudissements intenses, indiquant que le bis n’a pas de sens après un tel requiem, mais décide de faire une exception ce bis une prière pour un accord entre Russie et Occident afin de mettre fin au conflit. Ce sont alors deux minutes d’une incroyable intensité qui marquent la reprise du Lacrimosa. Que dire de plus… Standing ovation… Une soirée divine que nous a proposé la Philharmonie avec cet ensemble espagnol, clin d’œil en ce lundi 9 mai à la journée de l’Europe.

 

Visuel : © Pascal Gauze

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