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Rencontre avec le jeune violoniste Thomas Lefort

Rencontre avec le jeune violoniste Thomas Lefort

11 mars 2020 | PAR Victoria Okada

A 25 ans, Thomas Lefort est à l’aube d’une carrière prometteuse. Des rencontres avec des musiciens de premier plan – parmi lesquels Martha Argerich, Ivry Gitlis, Seiji Ozawa ou encore Salvatore Accardo -, ainsi que des prix à des concours internationaux, l’ont déjà marqué dans sa jeune vie d’interprète. Demi-finaliste au Concours Long-Thibaud-Crespin en 2018, il participe en 2019 au concert en hommage à Ivry Gitlis à la Philharmonie de Paris et donne un concert à la Folle Journée d’Ekaterinbourg avec l’orchestre philharmonique de l’Oural sous la direction de Dmitri Liss. Son premier disque (avec Pierre-Yves Hodique, une interview à venir) vient de sortir chez Mirare.


Nous avons rencontré le jeune homme sympathique, amical et passionné à Nantes, entre ses concerts.

Comment avez-vous commencé la musique et qu’est-ce qui vous a fait prendre la décision d’en faire votre métier ?

J’ai été baigné dans la musique depuis ma plus tendre enfance. Mon grand-père jouait du violoncelle, ma tante pianiste et ma mère violoniste toutes deux en amateur. Dès l’âge de 3 ans, je chantais beaucoup à la maison. Un jour, mon grand-père m’a fait tenir l’archet de son violoncelle et je trouvais cela fascinant. Cela m’a profondément marqué, je m’en rappelle encore comme si c’était hier. Je n’avais que 3 ans et demi. A 4 ans, lors de l’inscription au Conservatoire de la ville où j’ai grandi, on m’a présenté les instruments qu’on pouvait y apprendre. Le violon m’a beaucoup plus, par le son et le toucher sur l’instrument. Mes parents ont vu que je voulais faire du violon, et depuis cette date-là, je n’ai jamais arrêté !

J’ai suivi des cours à l’école normalement, je n’ai pas fait d’horaires aménagées ou de cursus particulier. Le violon s’est imposé à moi, finalement par lui-même ; il y a des «choses qui ont marché», par exemple, le fait que j’ai gagné des concours encore petit, que je donnais des concerts assez jeune avec des grands interprètes comme Martha Argerich ou Ivry Gitlis qui m’ont beaucoup inspiré… Ainsi, j’avais toujours envie d’être sur la scène et de jouer. Arrivé à 18 ans, j’ai choisi de rentrer au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dont j’ai obtenu le premier prix. Tout au long de ce parcours, l’envie de jouer du violon a toujours été plus forte que moi. La passion pour cet instrument est si présente chez moi que je ne peux pas le reléguer au second plan.

Vous l’avez déjà évoqué dans votre réponse à la première question, mais racontez-nous plus en détail vos rencontres déterminantes dans votre vie de musicien ?

Le jeune Thomas Lefort avec Ivry Gitlis © Thomas Lefort


Mes grandes rencontres, c’est d’abord Martha Argerich au festival de Lugano, et Ivry Gitlis qui est pour moi presque comme un grand-père. C’est quelqu’un de très proche et que j’admire profondément. J’ai rencontré Ivry par hasard, à un concert d’Itzhak Perlman. J’avais 11 ans, je crois, et je lui ai offert un petit CD de moi, que j’ai produit de façon amateur. Puis, une autre fois, je l’ai croisé par hasard à Paris, à Saint-Germain-des-Prés quand j’avais 12 ans. Il m’a dit : «Je vous ai déjà vu quelque part…» En fait, j’avais joué dans une émission de télé quelques mois
auparavant, et il m’a vu ! Il m’a alors dit de passer chez lui. J’étais complètement fasciné ! Vous vous rendez compte ? Quand on a cet âge-là et qu’on tombe sur une telle personne, une légende du violon – en tout cas pour moi c’était ainsi. C’était un des plus beaux jours de ma vie ! Il m’a donc invité chez lui et nous avons construit une amitié beaucoup plus étroite qu’un rapport entre professeur et élève. Il m’a permis de participer à des concerts et ses master classes… J’ai vécu beaucoup de choses avec lui. Et c’est lui qui m’a présenté à Martha Argerich, au Festival de Lugano.

Lors d’une master class d’Ivry, en 2009, Martha est venue m’écouter, puis elle est venue me voir après. Apparemment, mon interprétation l’avait marquée… Plus tard, je suis revenu à Lugano dans le cadre d’un concert avec Ivry et avec d’autres violonistes, en 2012 et 2014. Ce sont deux personnalités fortes qui vous marquent forcément. Auprès d’eux, j’ai pu voir comment ils mènent leur vie d’artiste.

Avez-vous d’autres personnes qui vous ont marqué ?

Je pense à mes professeurs, Frédéric Ladame avec qui j’ai commencé le violon et qui m’a transmis la passion pour cet instrument ; Suzanne Gessner, grande pédagogue du violon au Conservatoire de Paris… Ils m’ont tous deux apporté des éléments précieux. Il y a aussi une personnalité importante pour moi : Salvatore Accardo. Je l’ai rencontré en Italie, c’est un musicien exceptionnel. Je citerais également mes autres professeurs, Patrice Fantanarosa, Roland Daugareil, et actuellement Renaud Capuçon. Seiji Ozawa m’a aussi vraiment beaucoup marqué à l’Académie Ozawa, en Suisse. Nous avions joué un mouvement de Beethoven sous sa direction, et c’était un moment magique, sublime ! C’était si exceptionnel et si beau que tous les musiciens qui y participaient s’en souviennent encore ! C’était au-dessus de ce qu’on pourrait imaginer. Nous étions tous très émus, c’était fort ! C’est une académie avec de superbes professeurs, nous vivons et partageons ensemble la musique pendant trois semaines, dans une atmosphère véritablement sympathique.

© Pascal Assailly


C’est la première fois que vous venez jouer à La Folle Journée de Nantes. Que pensez-vous de cette folie ?

Oui, effectivement, c’est la première fois que je viens jouer à la Folle Journée de Nantes. Dès que je suis arrivé, j’ai vu un monde incroyable, le nombre de concerts impressionnant et surtout le nombre d’artistes ! Ce sont tous de formidables artistes ! Et un public très divers et nombreux, tout cela dans une ambiance très familiale, festive et conviviale. Cest tout ce qui me plaît !

Des projets à venir ?

Mon premier CD vient d’être publié (« Folk » chez Mirare), et j’aimerais bien enregistrer un autre disque. Je pense à des concours aussi, en perspective… Pour la musique de chambre, je vais probablement lancer un trio.

Cet été, je vais jouer au Festival Chopin à Nohant, le 21 juin. Auparavant, je donne un concert avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne le 9 juin dans le cadre de mon master de soliste que je termine à la Haute Ecole de Musique de Lausanne avec Renaud Capuçon.

Quel est votre rêve ou/et souhait en tant que musicien ?

Mon souhait le plus cher aujourd’hui est de vivre de ce que j’aime faire, c’est-à-dire de jouer sur scène, devant un public, et partager la musique avec d’autres artistes. En effet, je me sens bien sur scène devant un public à qui j’aime transmettre des émotions fortes ! Actuellement, je suis en immersion dans les œuvres de Robert Schumann pour des projets futurs.

Visuel : © Jean-Baptiste Millot

 

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Victoria Okada

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