Rap / Hip-Hop
Lala&Ce nous offre toute son énergie pour une fin de tournée en beauté

Lala&Ce nous offre toute son énergie pour une fin de tournée en beauté

13 décembre 2021 | PAR Chloe Boyer

Après avoir rempli la salle de La Cigale le 27 novembre dernier, Lala&Ce offre à ses fans une date de plus, le samedi 4 décembre à l’EMB de Sannois. Toute la Culture, qui l’avait découverte avec le spectacle « Baiser Mortel » le 20 octobre à la Bourse de Commerce, a eu la chance d’assister à ce concert énergique en petit comité.

Le rassemblement des fidèles

Une petite queue s’amasse devant la salle de concert de l’EMB de Sannois dans le Val d’Oise, un refuge chaleureux pour les artistes et leurs admirateurs. Une fois arrivés au bar, pas de doutes : on est bien là pour un concert de rap. La playlist a été choisie pour installer l’ambiance et l’on sent que tout le monde est détendu… Mais bien déterminé à rencontrer l’artiste lyonnaise qui achève ce soir sa tournée « ET Tour ». Lala est aujourd’hui celle qui détourne tous les codes, l’air de dire : du langage au genre, à quoi bon se mettre des barrières ? Forte de ses origines ivoiriennes, de ses années passées à Londres et de sa vie parisienne, Lala incarne la diversité, l’originalité et la créativité tant recherchées dans le rap actuel.

Avant de pouvoir l’admirer, nous profitons d’une première partie assurée par Timothée Joly, producteur et compositeur parisien qui nous a interprété son quatrième et dernier projet Plastique, paru en avril dernier. Piochant dans la chanson française et le rock, sa musique est souvent qualifiée de pop existentielle. Après une heure de show, il est temps pour lui de quitter la salle déjà bien échauffée pour laisser place à la rappeuse. À l’entracte, chacun tend l’oreille ; après tout, Lala n’est jamais bien loin…

Il est 22h lorsque les lumières s’éteignent une seconde fois, plongeant la salle dans un silence impatient. Lala fait son entrée sur « Parapluie », un single qu’elle avait interprété en live studio pour la chaîne Colorshow. Déjà, les néons rosés inondent la salle tandis qu’une danseuse tourne autour de la rappeuse. Arborant un sweat sobre et un jogging baggie, Lala mise tout sur ses lunettes vision 3D futuristes, renforçant son style sportwear. Ses cheveux sont retenus par une visière de tennis, petit clin d’œil à son sport favori, à qui elle doit le « &Ce » de son nom de scène, en référence à un service gagnant. Le décor est posé : la DJ indique la cadence tandis que Lala passe des graves aux aigus avec aisance, les basses grondant dans le fond. Si elle a choisi de débuter par un morceau tout en douceur, ceux qui suivent rivalisent de tonicité, impulsés par l’autotune. Elle nous gâte de bangers et de drips aux tonalités trap et drill, sur lesquels elle place sa voix si particulière ; emplie d’une sensualité infinie, parfois rocailleuse, toujours dans les temps. Et le public suit : le mélange des langages et l’absence parfois totale d’articulation n’arrêtent pas les fans qui hurlent les paroles. « Vous me faîtes plaisir, je ne m’attendais pas à ce que même ici, au find fond du 95, vous soyez aussi nombreux et aussi motivés », lâche-t ’elle en nous gratifiant de son plus beau sourire. Il faut dire que ceux qui se sont rendus à l’EMB de Sannois sont de fervents admirateurs, presque des fidèles, qui, pour la plupart, l’ont suivie à travers sa tournée en France.

Près d’1 an de succès pour l’album ET

Everything Tasteful, paru le 27 janvier dernier, a été l’album déterminant pour Lala. Ce projet riche d’influences culturelles multiples l’a propulsé sur le devant de la scène alternative française. Si elle avait déjà attiré quelques curieux avec Le Son d’après (2019) portés par les titres « Wet-Drippin’ » et « Amen », c’est avec ce nouvel album, centré autour de l’amour lesbien, qu’elle a fait sensation. La nonchalance qui la caractérise n’enlève rien à son ambition, elle qui est passée des showcases lyonnais aux salles parisiennes bondées en l’espace d’1 an. En s’entourant d’un producteur différent pour chaque titre et en misant sur l’autotune à la manière de son idole Lil-Wayne, elle a su répondre aux espoirs placés en elle, notamment ceux du collectif de musique « 667 », qui a forgé Lala&ce, mais aussi le rappeur français Freeze Corleone. Elle le dit en interview : le monde du commerce artistique n’a plus de secret pour elle après 5 ans à étudier le marketing musical à Londres. Elle a tous les ingrédients pour la recette miracle, et l’a bien montré avec des morceaux tantôt planants comme « Sous tes lèvres » (la perle de l’album selon nous !), tantôt dynamiques, comme « In Luv Again », hit aux sonorités latines.

Mais le petit plus de l’album réside surtout dans l’esprit d’équipe dont Lala fait preuve en s’entourant d’artistes talentueux pour 6 featurings réussis. On retient en particulier « Laisse ça », morceau très trap avec Ghenda, le compositeur et interprète qui a reçu le disque de platine pour ses collaborations avec Aya Nakamura ; ensemble, ils revisitent la musique afro pour un rendu très rythmé. C’est lorsqu’elle invite un artiste que Lala est au sommet de son art : sa capacité d’adaptation permet à chacun d’apporter sa touche, pour mieux créer un univers à deux.

Le collectif &CeRecless à l’honneur sur scène

Pour rendre justice à cet album plein de featurings, elle invite tous ses amis à la rejoindre sur scène. On assiste à un défilé des artistes hypes du moment, tous très proches de Lala&Ce et ravis de se déplacer pour l’occasion. Elle n’y est pas pour rien dans leur succès ; elle a monté son propre Label « &ce Recless » et commence à produire des artistes qu’elle repère. C’est le cas de Le Diouck, rappeur excentrique à la perruque verte. La voix basse et rauque, il rappe avec un phrasé bien à lui, un précieux mélange de wolof, de français et d’anglais. C’est le premier artiste que Lala produit, et elle est en fière, ce qu’elle nous a montré en le laissant mettre le feu sur scène avec elle pendant 30 min. Chanceux, nous l’étions, car ce sont aussi le rappeur Rad Cartier, originaire d’Orléans et connu pour son univers rétro et coloré, et Pucci Jr, l’acolyte londonien de Lala, rappeur influencé par la trap sénégalaise, qui nous ont fait l’honneur de leur présence.

Le collectif &CeRecless, très soudé, nous offre un spectacle harmonieux ; si chacun joue dans sa catégorie, c’est ensemble qu’ils sortent du lot, excellant sur des morceaux raps et zouk. La complicité est contagieuse : dans la salle aussi, la proximité se ressent, avec une majorité de filles ici par passion.

Et puisque toutes les belles histoires ont une fin, Lala interprète son dernier morceau en date, « Toxic », que la fosse connaît déjà parfaitement, avant de nous crier qu’elle nous aime et qu’elle ne serait rien sans nous. Alors, elle se dirige vers les coulisses, non sans avoir répandu une belle dose d’amour et de sororité dans le cœur de ses fans.

Visuel © Pochette de l’album Everything Tasteful

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