Rap / Hip-Hop

[Interview] Vitaa, c’est « Ici et Maintenant »

[Interview] Vitaa, c’est « Ici et Maintenant »

16 décembre 2013 | PAR Sonia Hamdi

VitaaVitaa est de ces artistes qui ont trouvé leur vocation assez tôt, comme une évidence. Elle commence à chanter à l’âge de onze ans. Première artiste signée du label Motown France, elle sort son premier album en 2007,À Fleur de toi, véritable succès puisqu’il se hisse directement au top des ventes.Celle que je voissort en 2009, un album aux titres qui reflètent son univers personnel, entre force et fragilité, entre certitudes et doutes. À l’occasion de son nouvel album Ici et Maintenant Vitaa,de son vrai nom Charlotte Gonin, nous livre les secrets de sa sphère musicale. Elle nous explique ses choix et ses influences, dans l’enceinte des studios d’Universal. Rencontre avec une artiste, une femme et une mère accomplie.

Le premier morceau de tes albums commence toujours par un titre éponyme de l’album, ou un titre qui reprend les thèmes abordés dans celui-ci : comment expliques-tu ce choix ?

Vitaa : J’aime beaucoup les intro. Un album c’est comme un livre, et le premier titre en est la première page. Mes albums sont composés de sons inspirés de ma vie, c’est aussi pourquoi je prends du temps pour écrire, j’aime qu’ils soient profonds. À chaque fois, il s’agit d’une histoire à raconter. Quoi de mieux qu’installer une ambiance avec l’intro ? Sur cet album-là, le premier titre est celui que j’ai écrit en dernier, sans savoir encore comment s’intitulerait l’album. J’avais l’intuition que tout allait découler de l’enregistrement de ce dernier son. J’ai voulu faire un condensé de tout ce qui s’est passé pendant mon absence. Le titre est venu en l’écrivant… Ici et maintenant.

Ici et maintenant… Cela signifie que tu étais prête à revenir, départie de tes doutes, et plus motivée que jamais ?

Vitaa : Le soir où j’ai écrit mon dernier son, j’étais vraiment dans une ambiance particulière, entre l’excitation d’un album qui se terminait et le stress à la pensée que mes fans m’attendaient. Beaucoup pensaient que j’avais arrêté la musique, alors que je bossais énormément en studio, que j’écrivais toujours. En même temps, j’ai eu mon petit garçon, Liham (un des titres de l’album lui est consacré, ndlr). Pour eux, j’avais disparu. Et j’avais envie d’expliquer à mon public tout ce qui s’était passé. Tout se jouait Ici et maintenant. Je suis une artiste, et malgré le confort de ces deux dernières années entre ma petite vie de famille et le studio, on a toujours besoin de ce contact avec la scène, avec le public. Ici et maintenant signifie que j’y retourne, que je suis prête et que j’ai besoin d’eux.

Dans ton précédent album, une phrase m’avait interpellée : « Et si la lumière s’éteint, je m’attends au pire. Je chante pour les miens comme je respire ». La couleur de cet album-ci était emprunt de tes doutes d’artiste. Cet album-là n’évoque-t-il pas ton affirmation en tant que telle ?

Vitaa : Oui, c’est vrai que cela s’entend dans les titres de ce nouvel album. Le fait d’avoir eu un enfant, de m’être mariée, cela m’a fait grandir. Il y a une maturité dans cet album, dans les thèmes, dans les textes. Mais la thématique du doute est toujours présente. Je suis toujours entre deux facettes de ma personnalité : celle de l’artiste qui s’affirme sur scène, qui a besoin de chanter, et ce doute sur la perception qu’ont les gens de mon art.

Dans Ici et Maintenant, il semble que chaque chanson a sa couleur propre. Dans « Comment faire », tu es plutôt mélancolique. Mais tu sais parfois être très directe, comme pour le son « Déterminée ». Dans chaque album, il y a une couleur dominante ; y en a-t-il une pour ce nouvel opus ?

Vitaa : Il y a deux manières de procéder quand tu composes un album : il y a ceux qui ont une veine et dont tu suis le sillon. Il y a les autres, où il y a plein de couleurs. En tant qu’artiste, j’ai toujours été partagée entre la pop, le RnB, le hip-hop. Dans mes albums précédents, je suivais un fil conducteur. Dans celui-ci, j’ai eu envie de prendre des risques. Il y a des morceaux comme « J’aimerais te dire » que j’ai eu du mal à placer dans le track-listing, car j’avais peur que les gens en soient choqués. C’est là toute la prise de risque. C’est toujours du « Vitaa », on entend les pianos, la richesse des mélodies : la musicalité reste la même. Mais les différentes couleurs se trouvent dans les différents thèmes que j’ai voulu aborder, comme celles des différentes facettes de la vie. Il y a néanmoins cette dominante pop qui fait que l’album se démarque de mes albums précédents.

Tu y abordes d’ailleurs des thèmes un peu plus sociaux, comme dans « Je veux vire », où tu évoques la vie d’une jeune femme dont le mari est en prison…

Vitaa : Je me suis également inspirée de mon entourage pour cet album, il ne s’agit pas d’une histoire personnelle. C’est une histoire qui m’a touchée. Dans cet album il y a également le son « Surmonter ça » qui est inspiré de choses que j’ai vu autour de moi. Même en racontant l’histoire d’un autre j’ai besoin de me l’approprier par le « je ». C’est la première fois que dans un album, il y a des thèmes qui m’ont été inspirés par les gens autour de moi. J’ai voulu être percutante dans l’écriture en me mettant à la place du narrateur, afin de dénoncer un peu ce qu’elles ont ressenti.

http://www.youtube.com/watch?v=aFATGdqVprU

Tout à l’heure tu me parlais de pop. Quelles sont tes influences musicales ?

Vitaa : J’ai appris à chanter en écoutant les chanteuses soul des années 90. Mariah Carey est une de mes références, car c’est une chanteuse que j’aime énormément et que j’admire. Musicalement, je la trouve incomparable. Il y a également Aalyah, Déborah Cox, Alicia Keys… Dans les artistes actuels, il y a des artistes un peu plus pop, comme Bruno Mars. Mais également de la chanson française, le hip-hop aussi. Ma musique est un mélange de toutes ces influences. Il y a même des choses que j’aime dans le rock. Je suis surtout sensible à la musicalité. Si une mélodie me plaît, je vais écouter le son, peut importe le registre. Étant une hyper-sensible de la musique, être ouverte et éclectique me semble important.

Sur cet album, tu n’as pas été l’unique créatrice de tes mélodies…

Vitaa : Non, sur cet album j’ai travaillé avec Kareen, une de mes références, que j’écoute depuis que je suis plus jeune. J’ai commencé à chanter en l’écoutant ! (rires) Il y a deux titres composés entièrement de ses mélodies. Elle me les a proposés et j’ai écrit. C’était la première fois que je faisais ça et j’ai adoré. Je trouve que ça se ressent dans l’album, car elle m’a emmenée mélodiquement encore plus loin, poussée dans mes retranchements. Elle a également fait un travail de coach vocal sur certains titres en modifiant quelques-unes de mes mélodies (« Juste un peu de temps » & « Je rêve », ndlr), elle m’a emmenée dans un univers où je rêvais d’aller sans savoir comment y accéder. Je pense que ça s’entend dans cet album que je chante différemment, je suis mieux placée techniquement.

Tu as également collaboré avec des Américains pour cet album…

Vitaa : Oui, ce fut le cas notamment pour « Comment faire » et « Si j’étais elle », où j’ai collaboré avec MJ et Goodwill, qui ont également travaillé avec d’autres artistes comme J.LO. Je m’en suis inspirée pour certains passages de mes mélodies, que j’ai personnalisées par la suite. Je pense que ça a contribué à enrichir l’album.

Toi qui composais seule tes mélodies, comment expliques-tu ce choix ? Est-ce une évolution en tant qu’artiste ?

Vitaa : La musique évolue, on entend de plus en plus de sons pop. Pour mon deuxième album, la phase de création a mis beaucoup de temps car la prod’ partait dans tous les sens. Dans ce troisième album, on a voulu travailler plus efficacement, quitte à travailler sur des prod’ qui étaient déjà finalisées.

Toi qui n’avais invité personne sur tes anciens album (sauf Diam’s), comment as-tu choisi tes feat sur celui-ci ?

Vitaa : J’aime beaucoup Amel Bent. Si j’avais dû en choisir une, c’eût été elle. Comment ça s’est fait ? (rires) Par Twitter ! Les gens nous demandaient souvent si nous avions des projets communs, et si nous allions faire un titre ensemble. Une fois, j’ai répondu que cela me ferait vraiment plaisir. Elle a tout de suite répondu favorablement. Je ne savais pas si elle allait vraiment tenter l’aventure. Son manager étant mon producteur, on s’est relancées, elle m’a laissé carte blanche, j’ai choisi le titre et écrit. En l’écoutant, elle a tout de suite adhérer, elle a posé. Je nous voyais vraiment sur une ballade comme celle de « Avant toi ». C’est un titre qui nous ressemble et qui mêle nos voix avec harmonie, donc j’en suis plus que satisfaite. C’était un challenge pour moi de chanter avec elle car elle a beaucoup de puissance.

Pour Maître Gim’s, ça fait trois ans que je veux travailler avec lui ! J’ai tout fait pour. Pour moi, il a du génie artistique : en 1 heure il peut pondre trois schémas de morceaux. Ses mélodies sont riches et il rappe aussi bien qu’il chante. On a bossé sur « J’aimerais te dire ». En écoutant sa banque de son, je suis tombée sur le titre « Game Over », et je me suis dit que j’allais lui répondre ; j’ai écrit un couplet qu’il a beaucoup aimé, et c’était parti. Aujourd’hui je suis heureuse et agréablement surprise du succès de ce son.

Le fait que tu t’ouvres à des feat alors qu’avant tu étais plus dans ton univers, cela ne veut pas dire que tu t’es affirmée artistiquement justement?

Vitaa : Oui, sûrement. En même temps, pour les feat, j’ai toujours eu besoin de me dire que si j’invitais des personnes ce serait parce qu’il y a un sens. J’ai pas envie de travailler avec des artistes juste parce qu’ils font le buzz. Et c’est ce que j’ai beaucoup entendu par rapport à Maître Gim’s. Ce n’était pourtant pas le but. Comme je l’ai dit, ça fait trois ans que j’ai envie de travailler avec lui parce que j’étais très sensible à ses mélodies. Là, il s’agissait de feat qui avaient un sens pour moi. En plus, il s’agit de mon troisième album, j’avais envie de prendre du plaisir, de prendre des risques, de m’ouvrir plus, artistiquement parlant. C’est chose faite.

Pour terminer, une question m’interpelle : est-ce difficile de concilier une vie de femme, d’artiste et de jeune maman ?!

Vitaa : (rires) C’est une bonne question ! Je pense que c’est l’organisation qui prime avant tout. Dans mes précédents albums, je ne me posais pas cette question. Mais je l’ai voulue, cette vie-là, alors je ne vais pas m’en plaindre. C’est dans l’adversité qu’on sait puiser sa force (sourire). C’est une force qui est propre aux femmes (rires). Cela m’a permis de me renforcer et de relativiser d’éventuels échecs. Aujourd’hui j’ai ma famille et cela compte plus que tout.

Visuel : (c) pochette de Ici et Maintenant de Vitaa

 

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