Rap / Hip-Hop
[Interview] Joke, « J’aimerais que les français comprennent pourquoi les immigrés sont arrivés ici »

[Interview] Joke, « J’aimerais que les français comprennent pourquoi les immigrés sont arrivés ici »

14 octobre 2014 | PAR Jean-Christophe Mary

Mais de quelle planète vient ce jeune rapper Montpelierain qui a déjà le savoir faire des grands ? La hop hop de Joke étonne par la qualité des compositions, frappe par la force et parfois la beauté crue de l’écriture. Nos premières impressions vite confirmées lorsque l’on rencontre celui qui se pose comme le chaînon manquant entre le hip hop et la chanson. Rencontre.

 

 

Le 21 décembre 2012, « le jour de la fin du monde », on vous découvrait pour la première fois sur la petite scène de la Maroquinerie, entouré de rappers du 113 entre autres. Ce jour là vous avez signé sur le label Def Jam. Quel souvenir gardez vous de cette fin du monde avortée ?
Cette journée était très longue. Ma signature était une formalité. Je suis parti signer, faire les répets, ca durait super longtemps, c’était une galère, mais le concert était un aboutissement des efforts. Mais le concert reste le meilleur moment de cette journée.
Vous étiez récemment en résidence à l’EMB de Sannois (95). Peut on savoir pourquoi ?
J’étais en résidence avec mon équipe pour préparer ma tournée. On part pour une quinzaine de dates. On sera le 06 novembre à la Cigale et la date est déjà complète. On joue aussi en Suisse et en Belgique.
Après avoir sorti le EP Kyoto et mini album « Tokyo » voici ATEYABA chez Def Jam. Sur la pochette, on vous voit dans une chaise de bébé. Vous aimez bien jouer avec les symboles, leur sens ?
J’aime bien jouer avec tout, symboles, images, mots, j’aime qu’il y ait plusieurs  degrés de compréhension que ça soit dans la finesse ou plus dans les choses crues. J’aime aussi jouer avec les clips, la musique, l’image.
« Ateyaba » le titre éponyme de l’album est aussi une chanson. Qu’est ce que cela veut dire Ateyaba ?
Ateyaba est le prénom de mon grand père, mon prénom, et le nom du village de mon grand père. Ateyaba est la, donc, pour rendre un hommage à mon grand père. Ateyaba veut dire « Le don de la Terre », et ce morceau là, c’est une référence à lui. C’est, aussi, pour exprimer une certaine haine que j’ai au fond de moi. Mon grand père maternel était du Togo et qui fût un ancien combattant. Je voulais lui rendre hommage et m’adresser aux jeunes issus de l’immigration qui ont eux aussi des parents qui se sont battus pour la France. Je trouve que le gouvernement français, mais aussi la population ne leur rend pas assez hommage. Les hommes politiques les mettent un peu de côté.
Votre grand père vous a raconté son histoire d’ancien combattant ?
Non je ne l’ai jamais connu j’ai appris son histoire par ma mère. C’est une façon de garder en mémoire ces combattants étrangers qui se sont battus pour la France. J’aimerais que les français comprennent pourquoi les immigrés sont arrivés ici, j’aimerais qu’ils regardent les étrangers d’une autre façon, qu’ils comprennent pourquoi les immigrés sont venus en France, ce qu’ils ont apporté à ce pays.

Certaines de vos précédentes chansons font référence au Japon. D’où vient cet attrait pour le pays ?
Le Japon m’est venu y a un p’tit moment, vers mes 16ans. Ce sont des marques japonsaises qui m’ont poussées à aller vers cette culture. J’avais l’impression que le Japon était une autre planète. Et c’est ce qui m’a attiré, ce côté futuriste.

Une voix fluette et une certaine  dureté sur des textes crus. Vous aimez jouer sur les contrastes, les oppositions ?
La voix « fluette », c’est pas moi qui l’ai choisie. Quand j’écris, c’est instantané. J’essaie pas de prendre une autre voix. C’est comme ca que je suis. Il m’arrive d’avoir des textes crus comme ça m’arrive d’en avoir des plus profonds. Mon personnage casse, lui même, l’image des rappeurs français, mais sans le vouloir .

Musicalement vous êtes porté sur la musique electro mais aussi sur le jazz comme on l’entend sur le titre « Paris ». Parlez nous un peu des différents producteurs qui vous ont aidé musicalement ?
Pour l’album, j’ai pas fais appel a un producteur à part, j’ai préféré prendre des instru de différents producteurs. Chaque prod a une perle. Donc cela permet d’avoir les meilleurs instrus En revanche, pour l’instru « Paris », c’est moi même qui l’ai produite. J’écoute du jazz et Miles Davis m’a énormément inspiré pour cette chanson. Une de ces musiques m’a particulièrement plu et cela m’a donné envie de la sampler. Je ne l’avais pas inclue en 1er sur mon album, mais par la suite j’ai décidé de l’insérer.

Côté textes vous faites le grand écart entre rimes crues insolentes et en même temps dans vos premiers titres vous citiez Balavoine, Jacques Prévert. Pas fréquent d’afficher de telles références dans le rap…

Je pense que le rap est un domaine de la musique qui est sous estimé, il ya des bons textes, mais pas avec les bons mots, ou alors des mots trop crus. Ceux qui ont pas l’habitude d’écouter du rap n’ont pas cette sensibilité pour reconnaître ce talent qu’ont certains rappeurs. J’écoute Souchon, et je vois qu’il a un talent. Si je reconnais le talent d’un Souchon, pourquoi les autres ne reconnaitraient pas le talent des rappeurs ? Je pense que le rap est un mélange des cultures.

Vous venez de Montpellier mais vous avez cette chanson « Paris » . Quel est votre quartier préféré à Paris ? Pouvez vous nous donner quelques adresses ? un restau, un bar, une rue ou vous revenez souvent ?
Quand je viens a Paris c’est surtout pour travailler, donc je n’ai pas de quartier préféré ou à part mais je me retrouve souvent à gare de l’est et gare du nord. Je viens souvent rue du faubourg St Denis, car mon studio se trouve a cet endroit. Je connais, aussi, un bon shawarma, le délice syrien, je mange mes sandwiches la- bas car les fallafels et les shawarma sont très bons.

Le 06 Novembre vous allez être sur la scène de la Cigale. La scène, vous aimez ça ?
Ouais je kiffe la scène ! La cigale est une grosse scène française, c’est une nouvelle étape que je franchis. Ce concert montre que je ne me suis pas accroché pour rien. Quand je pense à La cigale, ça me fait penser à un aboutissement de quelque chose d’extraordinaire.

Quel est votre meilleur ou votre souvenir de scène ? Avez-vous des anecdotes à nous raconter ?
Mon premier vrai concert, le 21 decembre 2012, j’etais en communion avec le public, c’etait fou ! Pour l’anecdocte, à Toulouse, 2 min avant un concert, je me suis endormi, mais heureusement on m’a réveillé a temps ! (rires).

A part la musique avez-vous d’autres passions ? Je sais que vous aimez les vêtements
J’aime bcp les vêtements (notamment APC pour les jeans, Supreme), la parfumerie (eau duelle de dyptique). Et J’aime l’art en général, sauf la danse (rires).

« Ateyaba » (Universl)


En concert le 06 NOVEMBRE à La Cigale.120, boulevard de Rochechouart, 18e.

Visuel : ©Ojoz

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Jean-Christophe Mary

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