Rap / Hip-Hop
« Alright » de Kendrick Lamar, nouvel hymne des Noirs Américains ?

« Alright » de Kendrick Lamar, nouvel hymne des Noirs Américains ?

06 août 2015 | PAR Elodie Schwartz

Alors que les violences policières envers les Noirs se font de plus en plus nombreuses aux Etats-Unis, des étudiants de Cleveland ont décidé de descendre dans les rues afin de manifester et ont repris le nouveau single du rappeur. Serait-il considéré comme la nouvelle figure de proue de la communauté noire américaine…

Affaire Michael Brown à Ferguson en 2014, fusillade de Charleston en juin dernier, les bavures policières envers les Noirs d’Amérique se font de plus en plus nombreuses. La dernière en date, relatée par ABC News 5, qui indiquait qu’un jeune homme noir de 14 ans avait été frappé au sol par des policiers, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et celle qui a suscité une nouvelle vague d’indignation chez la communauté noire américaine.

Comme le rapporte le journal RadioVL, des universitaires de la ville de Cleveland qui auraient assisté à la scène, sont donc descendus dans la rue afin de manifester contre la maltraitance qu’a subit le jeune homme et plus particulièrement contre la violence des interventions de polices et l’injustice des procédures judiciaires. Un événement se tenant en même temps que d’autres manifestations baptisées pour l’occasion « Black Life Matters ». Pour marquer les esprits et appeler à la solidarité, les manifestants ont repris en cœur le dernier son de Kendrick Lamar intitulé « Alright » (Ca va aller), issu de son troisième album, To Pimp a Butterfly, sorti en mars dernier.

Dans cette chanson, le rappeur américain de 28 ans revient sur l’apartheid, la discrimination et l’abus de pouvoir des institutions américaines envers le peuple Noir. Dès lors, pourrait-on croire que ce morceau soit le nouvel hymne des Noirs Américains ? Tout porte à croire que oui puisque, de manière générale, la musique noire américaine se veut refléter le style de vie de cette communauté et que beaucoup de classiques, dont « Strange fruit » de Billie holiday, les hymnes de Bob Dylan ou encore de Joan Baez, ont accompagné le mouvement des Droits Civiques. « We shall overcome » de Guy Carawan reste d’ailleurs considéré comme l’hymne officieux du mouvement.

Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’avec « Alright », K-Dot s’inscrit dans la même lignée que ces chansons contestatrices. Rassembleur de foules, le rappeur, en chantant « Nigga ca va aller, Hein ? Ca va aller, tu m’entends, tu me sens ? », tente de délivrer un message à priori pacifique à une génération gagnée par la haine raciale.

A priori car à la vision du clip,  son message apparaît beaucoup plus flou. En somme, il pourrait bien être le miroir d’une société engluée dans ses contradictions. Message qui plus est a été largement repris sur les réseaux sociaux. Si l’on ajoute à cela la visibilité toujours grandissante du hip hop qui est sorti pré carré en s’ouvrant à des publics plus large, ce nouvel opus du natif de Compton peut prétendre à l’étendard de la lutte pour les Noirs.

Pour autant un certain nombre de raisons tendent à réduire l’impact de ce potentiel hit. S’il est un habitué des tubes, « Alright » paraît en déça de ses presques déjà classiques (« Swimming pools, King kunta » pour ne citer que ceux la). L’origine du rappeur (Compton, banlieue de Los Angeles) ne joue pas non plus en sa faveur de l’autre côté des Etats Unis. En effet de par la rivalité East Coast/ West Coast toujours existante, bien que moins flagrante que dans les années 90, il y aura toujours une certaine réticence dans les milieux de la East Coast à s’approprier son message.

Le nombre de visualisations sur Youtube du clip vidéo vont d’ailleurs dans ce sens. Avec 14 millions de vues en un mois, on ne peut certes pas sous estimer le succès de « Alright » mais on reste bien en dessous des plus grands hits musicaux. Enfin, si le hip hop s’est largement démocratisé, réduire la communauté noire à la seule écoute d’un genre musical est risqué et peut conduire aisément à des raccourcis douteux.

Gageons qu’il s’agira là au mieux d’un digne successeur des « The Message » de Grand Master Flash, « Change » de 2Pac ou encore « Fight the power » de Public Enemy, au pire d’une piste agréable sur un album équilibré et de qualité.

Pour aller plus loin et voire le rôle de la musique dans la société (noire) américaine : http://www.greatblackmusic.fr/

Visuel : © Wikipédia

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Elodie Schwartz

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