Musique

« Powaqqatsi », second volet de la trilogie Glass à la Philharmonie

« Powaqqatsi », second volet de la trilogie Glass à la Philharmonie

08 décembre 2019 | PAR Didier Duplenne

Ce samedi 7 décembre, La Philharmonie de Paris proposait, en ciné-concert, Powaqqatsi le deuxième opus de la Trilogie Qatsi, la série de films réalisés par Godfrey Reggio sur une musique de Philip Glass.

Réalisé en 1988, 6 ans après Konyaanisqatsi qui était tourné entièrement aux États-Unis (des paysages encore sauvages aux grandes villes), Powaqqatsi nous emmène dans ce que l’on appelait encore à l’époque les « pays en voie de développement » : L’inde, la Chine, le Kenya, le Brésil… Son titre, tiré d’un mot Hopi (une langue américaine, si riche, rare et complexe qu’elle fut utilisée comme code durant la seconde guerre mondiale), signifie « une entité qui se nourrit des forces vives d’autrui », poursuivant la prophétie qui clôturait le film précédent « si l’on extrait des choses précieuses de la terre, on invite le désastre ». Godfrey Reggio poursuit ainsi son plaidoyer cinématographique. L’homme surexploitant la nature, surexploitant ses congénères est en passe de détruire des cultures ancestrales, des écosystèmes humains : propos d’une formidable actualité. Le film s’ouvre sur la mine d’or à ciel ouvert de Serra Pelada, où des milliers d’hommes, couverts de boue, tel des fourmis, travaillent à creuser et transporter la terre sur leur dos, à flanc de montagne. On voit alors un homme blessé transporté sur leurs épaules par ses camarades, figurant une terrible Pietà du bout du monde. Ces scènes sont d’autant plus saisissantes que la musique qui les accompagne est une joyeuse chorale d’enfants rythmée par des sifflets. La musique de Philip Glass est une partie constitutive du film, le caméraman l’écoutait au casque pendant ses prises de vue, et le compositeur est crédité au générique comme Consultant Dramaturgique. En plus des claviers, des instruments à vent et des voix, il incorpore pour ce 2ème mouvement des percussions, et ce sont elles qui mènent la bande-son, parfois légères, tantôt tonitruantes, toujours intenses. Il intègre aussi, grande nouveauté, des boucles clairement plus mélodiques que par le passé. Les trois brillants développements de ‘New Cities in Ancient Lands’ sont une œuvre à part entière et méritent d’être jouée seules en concert, sortis de leur contexte, et l’air de l’introduction est une vraie chanson. Les images de Godfrey Reggio impriment la rétine : tournées sur trois continents, alternant foules pressées, presque menaçantes, dans les rues de Nairobi ou Calcutta et gros plants de visages qui fixent la camera, regards inquiets, intrigués ou amusés, soudain si proches et si familiers malgré les distances physiques et culturelles. Powaqqatsi est comme une messe œcuménique ou une ode à l’unité de l’espèce humaine, et de pouvoir y assister sous la forme d’une projection accompagnée d’un orchestre live lui donne toute sa force, un peu comme celle d’un opéra. Un regret néanmoins : que le chant choral si puissant de l’ouverture n’ai pas été interprété par un vrai ensemble vocal mais ai juste été extrait de la bande originale du film.

Visuel : ©W. Beaucardet

 

 

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